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Billet de blog 30 avril 2011

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Vincent Fries est un militant « handicapé » belge. Il œuvre notamment en faveur de la reconnaissance de l'accompagnement sexuel.Vincent, suite à l'annonce de ma démission de mes différentes fonctions bénévoles associatives, m'a envoyé le courriel ci-dessous :« Mon cher Marcel,J'espère que tu vas bien.J'ai eu l'occasion de lire ton article concernant les nouveaux choix de ta vie. Je peux les comprendre tout à fait. Il y a quelques années, j'avais une amie journaliste qui avait écrit, dans un travail que j'avais été présenté en communication sociale la phrase suivante : «vous voulez qu’on vous regarde en face, et pas seulement comme une canne blanche, une chaise roulante ou un appareil auditif, il faudra vous battre pour rester des individus à part entière. Vous battre? Encore! Mais pas tout seuls. Et pas entre handicapés. La seule véritable intégration qui permettra aux personnes non valides d’avoir droit à la parole est d’accepter de rencontrer les personnes non handicapées et d’échanger des expériences. Expérience « baroque » en quelque sorte que cet échange avec un décrochage par rapport à la norme, qui vous la fait vivre sans la routine.A tous ceux tentés par la rencontre, entre personnes valides et handicapées, je tiens à leur faire savoir qu’il ne s’agit pas d’une grande aventure hollywoodienne. Il est question d’ouverture d’esprit de part et d’autre, de rupture de schémas parfois trop rapidement installés. »Ce qu'Isabelle avait écrit à l'époque, je le reprends pour moi, pour le combat associatif au quotidien. Je comprends tout à fait la démarche qui est la tienne. On donne beaucoup mais malheureusement, tout donner n'est pas forcément suffire. À la longue, c'est usant car nous sommes, toi et moi, notamment, des personnes à part entière qui ne sont pas des égoïstes. Moi aussi, à un certain moment, j'ai envie de tout laisser tomber pour retrouver qui je suis en tant que personne à part entière, accessoirement handicapée. Mais pour trouver qui on est vraiment, on doit trouver la femme… Car c'est aussi cela qui se cache derrière notre combat. Bien sur la sexualité est un droit humain fondamental qu'il faut continuer à défendre. Ce combat, quelque soit la méthode qui convienne à chacun, individuellement, ne doit pas mettre de côté les chances affectives, érotiques, sensuelles, de l'ordre de la rencontre privée qui fait grandir la personne.Le professionnalisme des gens qui nous entourent au quotidien en tant que personne handicapée ne doit pas exclure, du simple fait de notre statut de personne handicapée, toute possibilité de rencontre amoureuse ou autre. Ce serait créé une nouvelle discrimination, une de plus. Notre statut de personne handicapée est lourd à porter car les pouvoirs publics interviennent trop dans ce qui est de l'ordre du strictement privé et qui ne regarde personne, quel que soit les personnes.En France, les positions de Roselyne Bachelot ne tiennent pas la route. Au minimum, elle a de très mauvais conseillers ! Au pire, c'est une personne qui n'est pas à sa place et qui impose une morale qui ne correspond pas aux attentes du peuple. Il y a donc risque de dictature ! Cela, il faut le combattre, que cela soit en France, en Belgique, dans tous les autres pays aussi. Les personnes qui remettent en cause un système souvent sclérosé par des années d'immobilisme et de non créativité du possible, sont toujours « amicalement accueillies » mais ne sont jamais écoutées et respectées dans leurs spécificités propres. Je pense à toi, à moi, à Charles Valenza par exemple… Pourtant, parfois, des rencontres fondamentales font que l'on avance, personnellement dans un premier temps, sans doute aussi pour prendre un peu de recul, pour pouvoir, après, revenir un peu plus fort avec un autre regard et une autre force par rapport aux combats fondamentaux que nous défendons.Personnellement, au niveau associatif, je me sens bien seul malgré les apparences… Et puis, il y a le reste… De l'ordre du privé, de l'émotionnel, de l'érotique et du sensuel. Je pense que c'est une reconnaissance fondamentale et structurante du moi qui conditionne sans doute la force pour tout le reste. Mais pour cela il faut être deux… À un niveau purement privé mais aussi social, je tiens le coup parce que je me dis que le plus beau reste à venir… Tout cela, pour dire que je comprends la démarche que tu viens de prendre par rapport au travail associatif.On aura de toute façon, je l'espère bien, l'occasion de participer ensemble, autrement, à ce combat fondamental de la reconnaissance des personnes autrement valides dans notre société. Le jour où nous aurons une société véritablement égalitaire, c'est-à-dire dans le respect de l'égalité des chances totales, de toutes les chances, celle qui nous gardent en vie, alors nous aurons gagné la reconnaissance dont nous avons tant besoin pour vivre pour le meilleur… Porte-toi bien Marcel… Bien à toi Vincent Fries »Il m'a semblé important de partager ce message et de faire entendre cette parole qui n'a besoin d'aucun commentaire pour être comprise. Elle est claire, vibrante et vitale. Je la dédie à certains malentendants intégristes. Et je remercie Vincent pour tout ce qu'il fait depuis des années.J'aimerais en profiter pour rassurer celles et ceux qui craignent que je vais oublier mes investissements passés. Prendre de la distance par rapport aux associations, aux engagements associatifs, afin de me consacrer à des projets et des envies qui me tiennent à cœur, de me consacrer à moi-même et à la femme que j'aime, à nos projets, cela ne signifie pas que je fais une croix sur ces engagements que j'ai portés et défendus au plus profond de moi pendant des années, mais que je vais les aborder plus librement.Je reprends ma liberté d'électron libre autant pour mon bonheur personnel que pour la bonne cause.J'ai entre autres l'intention de me rapprocher des mouvements de défense des travailleurs et travailleuses du sexe. Car il faut que cette intolérance et cette morale surannées qui étouffent et oppriment l'humanité, une certaine humanité, par des dogmes totalement sourds et désincarnés, soient dénoncés et battus en brèche pour faire entendre une autre réalité et une autre vérité qui ne sont pas moins justes et surtout pas plus condamnables que d'autres. Il n'y a pas une vérité ni une réalité. C'est la cohabitation des réalités et des vérités qui fait une démocratie. Roselyne Bachelot, et beaucoup d'autres, ont trop tendance à l'oublier. On ne « sauve » pas quelqu'un contre son gré, mais on l'accompagne dans son chemin de vie et/ou on respecte son choix de vie. À moins d'avoir une définition très étroite d'esprit de la liberté d'être…Je revendique une société bien plus égalitaire et intégratrice qu'elle ne l'est, bien plus ouverte sur l'autre et bien plus respectueuse des libertés de chacun, tant qu'elles n'empiètent pas ou ne dérangent pas celles du voisin.Qu'on arrête de s'occuper du cul d'autrui à tort et à travers pour mieux cacher l'immoralité d'une société où l'argent, le rapport à l'argent, les perversions constantes de l'argent, aux dépens des plus pauvres, des moins bien lotis, sont bien plus condamnables. Mais comme l'État est complice de cette dérive inégalitaire, il ne va pas se condamner lui-même. Évidemment.

Quoi qu'il en soit, je suis convaincu, aujourd'hui, que la cause de l'accompagnement sexuel ne peut être gagnée qu'en s'alliant, entre autres, avec les travailleurs et travailleuses du sexe, avec tous ceux et toutes celles qui sont pour le respect de la liberté dans le respect d'autrui..

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