Démocratie en feu

"Ne pas décider, c'est laisser les autres le faire à sa place..."

election-presidentielles-2017-1
Je quitte le Bas-Rhin qui a voté majoritairement Marine Le Pen, au premier tour des présidentielles, pour déménager dans l’Hérault où l’on a également majoritairement opté pour Le Pen !

Certes, je peux me consoler en me disant que j’emménage dans un village, Saint-Bauzille-de-la-Sylve, où Jean-Luc Mélenchon est arrivé confortablement devant… Marine Le Pen (évidemment), mais comment me réjouir dans la conjoncture actuelle ? Je n’y arrive pas alors que le pire est à notre porte, à portée de voix… électorales.

Bien sûr, pas plus que des millions de Français, a priori, je n’ai vraiment envie d’introniser Emmanuel Macron et son libéralisme démocrate « pour nantis qui oublient les plus précaires », en lui confiant les clés de l’Élysée pour les cinq prochaines années. Mais j’ai encore moins envie d’y voir l’extrême droite, son racisme, son incompétence et sa veulerie fascisante. Or, c’est pourtant le risque que sont prêts à prendre les abstentionnistes et les adeptes du vote blanc. Or, ne pas décider, c’est laisser les autres le faire à notre place, ce qui, dans cette période tumultueuse, peut être très dangereux pour notre démocratie et les valeurs humanistes, d’égalité et de justice dont elle est porteuse. Nous sommes responsables, chacun à son niveau, de notre pays, particulièrement quand ce sont la liberté, l’amour de la liberté et de son prochain qui sont gravement en danger.

D’où mon choix sans équivoque en faveur d’un vote de raison plutôt qu’émotionnel. En effet, parce que le danger n’a jamais été aussi grand, entre deux maux, je préfère choisir le moindre, le plus supportable, à mes yeux et à l’aune de mon expérience, c’est-à-dire Macron. Ce qui n’empêche pas que c’est un crève-cœur. Quoique, c’est peut-être un peu « plus facile » de faire des choix douloureux quand on a derrière soi une vie avec un handicap truffée de tels dilemmes pour s’en sortir, pour éviter le pire ?

Cependant, c’est terrible d’être amené à choisir entre deux maux le moindre. Je n’ai jamais connu une telle situation depuis que je suis en âge de voter. D’autant que Macron ne facilite pas ce choix, en ne montrant aucun signe d’ouverture ou d’assouplissement programmatique dans ses interventions, alors qu’il dit être conscient de l’état de déréliction, de désespoir, de précarité et de révolte d’une frange de plus en plus conséquente de la population – une frange qu’il sous-estime ou ignore (sciemment ?) dans son programme initial de « golden boy », faisant ainsi le jeu de sa concurrente.

Et ce constat est bien plus inquiétant, à mon sens.

Pour gouverner, il faut parfois savoir infléchir sa politique, surtout si l’on prétend entendre et comprendre ces voix provenant du champ endémique de la précarité et de la pauvreté. À quoi sert d’entendre si, dans le même temps, à part des paroles lénifiantes et creuses, tout tend à démontrer que l’on s’en fout puisque l’on n’a absolument pas l’intention de changer un iota, une virgule, dans son programme car, à l’instar de tant d’autres politiciens, l’on est persuadé de détenir la vérité et qu’il faut montrer que l’on a du caractère, que l’on sait garder un cap contre vents et marées, être inflexible pour rester crédible, « droit dans ses bottes » disait Juppé… et l’on sait ce qu’il est devenu ?

Emmanuel Macron a la possibilité de redonner de l’espoir, un nouveau souffle, une nouvelle dynamique à un peuple au bout du rouleau, désabusé, écœuré même par des années d’indigence et de duperies politicardes. Mais aura-t-il l’intelligence, le bon sens et la lucidité pour adapter sa politique, introduire davantage de social, de justice sociale et mieux protégé les travailleurs, afin de répondre à la misère actuelle et au désabusement ambiant et prégnant ?

Dans tous les cas, il est dans son intérêt – et il en est parfaitement conscient – de ne pas oublier qu’il y a les législatives en juin. Car, si les électeurs restent fidèles à leur objectif de « dégagisme » de la caste politique, ils sont tout à fait capables de continuer à rebattre les cartes, contraignant Emmanuel Macron à une cohabitation qui risque de remettre tout son échafaudage en question. C’est bien pourquoi, tant qu’à faire, il préférerait cohabiter avec la droite, Les Républicains, le MoDem et l’UDI. Tout sauf Mélenchon et Hamon ! Alors que nombre de Français en rêve déjà très probablement. Le suspense n’est pas fini, et c’est tant mieux, c’est rafraîchissant.

 

À moins que Macron ne préfère jouer à la roulette russe prendre le risque que tout lui saute à la figure…

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.