Il faudrait bien arrêter de se le cacher : le principal problème de la France aujourd’hui c’est la gestion de son passé colonial et la revendication de cette idéologie assimilationniste – source de totalitarisme, violence faite à l’identité individuelle, véritable meurtre - qui structure sa vision républicaine. Tout est là, et continuera à être là. Ne pas le voir et ne pas s’en occuper de toute urgence, c’est s’exposer à devenir au mieux le chien qui se mord la queue, c’est sûrement se préparer des lendemains tragiques.
Hier je me suis rendu à la Caf – traduire : « Caisse d’allocations familiales ». Il y a bien longtemps que je n'y avais mis les pieds. Voilà pourtant qui vaut le détour. Un monde multicolore m’y attendait. J’en ai été impressionné, ému jusqu’aux larmes, de voir ainsi défiler cinq siècles d’histoire de France et du monde. A toucher de ses doigts. J’avais devant les yeux et sous une tension palpable un concentré de cette humanité longtemps asservie, violée, pillée : le produit de l’empire colonial français. Me fixaient de leurs regards inquiets, hagards, tous ces enfants illégitimes, au placenta détourné, venus des quatre coins de la planète lécher le bord de l’écuelle d’argent, le coude prompt à se lever pour se protéger des louches de crachats. Et c’est alors que m’est venu ce mot du poète Walt Whitman : « Je me contredis ? Oui, je me contredis. Je suis vaste, je contiens des multitudes. » L’empire français est ainsi vaste, la France en est fière, et nombre de Français veulent le beurre et l’argent du beurre, le tonneau plein et la femme ivre, l’immigré dehors et l’émigré dedans. Quelle tristesse !
Marcel Zang
Carte de tout l’Empire colonial Français (1534-2015)
En vert foncé, le 1er Empire colonial. En vert clair, le 2eme Empire colonial