Cahier de confinement. Petit exercice sur la fin de crise

La crise épidémique du Covid-19 provoque également une crise économique de grande ampleur. En tenant compte d’un certain nombre d’éléments rationnels, quelle perspective pouvons-nous raisonnablement avoir sur la façon dont notre gouvernement va gérer la sortie de cette crise ?

Alors que la période de confinement s’installe dans la durée, fleurissent sur les réseaux solutions et initiatives pour meubler son temps et se distraire un peu. Souhaitant contribuer à cet effort national de dé-questcequejemefaischierisation, voici en manière de passe-temps, un peu comme les cahiers de devoirs de vacances, un petit problème à résoudre, vous savez, comme quand on était à l’école, ces fameux problèmes aux énoncés parfois si improbables qu’ils en prenaient une teinte de poésie un peu surréaliste. En voici donc l’énoncé :

Sachant que la crise du Covid-19 provoque un ralentissement très important de l’activité économique du monde et de la France, et que par conséquent cela impliquera des recettes de l’Etat bien inférieures à ce qui était attendu pour 2020,

Sachant que l’État a engagé des sommes d’argent considérables pour soutenir l’économie française en cette période de crise, déséquilibrant ainsi fortement un budget déjà chroniquement déficitaire,

Sachant que le gouvernement est néolibéral et qu’il fonctionne dans un monde néolibéral dont une des logiques majeures est d’instrumentaliser l’argument de l’équilibre budgétaire des états en le focalisant sur la réduction des dépenses publiques, donc le démantèlement du service public, tout en négligeant soigneusement d’intégrer le fait que s’il y a un déficit, c’est surtout parce que les recettes de l’État sont extraordinairement diminuées par l’évasion et la fraude fiscales, qui coûtent environ 1000 milliards !!! d’euros par an à l’Europe, 30 à 60 milliards à la France, (à mettre en regard du déficit du budget 2019 de 108,7 milliards d’euros).

Sachant qu’avec la crise de 2008 nous avons un exemple récent de la façon dont ce système néolibéral gère une crise économique, en permettant que le monde de la finance suce comme un vampire les budgets des États (qu’en temps normal ils évitent le plus possible d’alimenter), pour que très vite les actionnaires renouent avec des dividendes indécents pendant que les États ainsi exsangues massacrent leurs services publics et plongent leurs populations dans des cures d’austérité plus ou moins longues et plus ou moins sévères,

Estimez la probabilité que notre gouvernement augmente les dépenses publiques en 2021 et les années suivantes pour, entre autres urgences de société, remettre à flot l’hôpital et la recherche publics. Question subsidiaire : si vous estimez cette probabilité faible ou nulle, sachant qu’alors la recherche et l’hôpital public resteront dans l’état de déliquescence où la crise du Covid-19 les a trouvés, estimez la probabilité que la prochaine fois qu’il y aura une crise épidémique, c’est à dire la prochaine fois, elle ne soit pas mieux gérée que celle-ci. Vous avez jusqu’à la fin du confinement. Le gouvernement vous donnera la réponse avec le vote de son budget 2021.

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