«Les Ambassadeurs»: Goutte d'or hier, Goutte d'or aujourd'hui - 18 octobre

C'est un film qui a été sélectionné à Cannes. Il parle d'immigration, de racisme, de violences policières. Il a été tourné dans la Goutte d'or. C'était au milieu des années 1970. Mais fiction d'hier, ça nous parle d'aujourd'hui. Le film sera projeté le 18 octobre en présence du fils du réalisateur. Ci-dessous un texte de 1976 d'Ignacio Ramonet sur le film.

 

 Le film s’inspire notamment d’un crime raciste qui a eu lieu en 1971 quand Djellali un jeune de 15 ans a été tué. Il parle également d’immigration, de logement et de violences policières.

Mais il s’inspire aussi des luttes qui ont eu lieu sur ce quartier. Un comité Djellali s’était formé qui se réunissait à la Salle St Bruno.

Ce film c’est la mémoire de notre quartier. Mais il parle aussi de son présent. Il doit nous servir à construire son avenir.

ambassadeurs-3-2

 

Projection Jeudi 18 octobre – 19H30 – Salle St Bruno

9 rue St Bruno – métro Barbès ou La Chapelle

Entrée libre

 

Texte d'Ignacio Ramonet dans le Monde Diplomatique de juin 1976 sur le film :

Les autorités de certains pays exportateurs de main-d’œuvre qualifient parfois d’ « ambassadeurs » ceux de leurs ressortissants qui s’expatrient pour fuir le chômage ; elles leur conseillent aussi de surveiller leur comportement, pour ne pas donner prise à des critiques qui rejailliraient sur l’ensemble de la communauté nationale.

L’ironie grotesque de ces propos trahit une méconnaissance probable de l’univers d’humiliation que supportent d’ordinaire les travailleurs immigrés. C’est pour l’édification de ces autorités locales, souvent peu soucieuses de s’informer sur la réalité quotidienne des hommes qu’elles envoient loin du pays (dont elles ne convoitent souvent que les mandats mensuels en devises), et, d’autre part, pour brocarder après d’autres cinéastes, comme Ali Ghallem (Mektoub), Med Hondo (les Bicots-Nègres vos voisins), Ahmed Rachedi (le Doigt dans l’engrenage), et Sidney Sokhona (Nationalité : Immigré), le racisme anti-arabe, dominant aujourd’hui en France, que le réalisateur tunisien Naceur Ktari a réalisé, sur un ton très retenu, les Ambassadeurs, œuvre de réflexion sur les rouages du mépris.

Situé dans le quartier parisien de la Goutte-d’Or, à Barbès, le film se présente comme un carnet de notes sur une série de personnages dont les itinéraires s’entrecroisent et qu’il importe de saisir dans leur détermination au racisme ambiant. Le psychologisme est écarté ; la tentation humaniste aussi.

La rue, l’école, le chantier, l’immeuble, le bistrot, autant de lieux où les regards, les paroles, les gestes, témoignent d’une méfiance, d’un mépris, d’une crainte qui tissent lentement l’image du froid racisme quotidien.

Les nouveaux venus, frais débarqués du rivage sud de la Méditerranée, comprennent mal les signes du dédain, s’insurgent, interrogent ; d’autres, plus anciens, ont appris à s’en accommoder, ils se sont organisé une vie, ont parfois épousé une Française ; d’autres encore, de la deuxième génération, nés en France, refusent de relever ces petits gestes qui désignent leur différence et témoignent d’un refus. Tous seront victimes.

Ni l’humour, ni l’indifférence ne protègent du racisme, rappelle le réalisateur ; seule une action collective, avec les travailleurs de toutes les nationalités, pourrait arrêter le bras des racistes dont le film établit, avec fiel, la galerie de portraits minables, tous en retard d’une guerre d’Algérie.

Ce qui dérange le plus dans le film de Naceur Ktari, c’est cette banalité meurtrière du petit racisme français ; incommodés, les divers jurys du Festival de Cannes ont vite écarté, comme un mauvais fantasme, ce témoignage obstiné.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.