Unef, Comité Adama, Sans-Papiers: y a-t-il encore besoin de faire un dessin?

La réalité c’est que nous n’étions « que » 5000 à manifester à Paris samedi contre le racisme et les violences policières. C’est aussi cela qui laisse les coudées franches pour des offensives qui nous visent toutes et tous. Parce que les choses deviennent claires non ? Et sales.

La veille de la manifestation Le Figaro faisait plusieurs pages contre l’Unef en demandant sa dissolution pour organisation de réunions « non-mixtes » de raciséEs. Puis, lundi, le quotidien demande la même chose pour le Comité Adama suite à une intervention dans la manifestation «invité par la Marche de Solidarités». L’inénarrable Valeurs Actuelles a renchéri : « La Marche des Solidarités, soutenue par Médiapart, a laissé place de nouveau à des discours de haine envers les autorités, samedi 20 mars. Organisée pour « stopper l’impunité policière, régulariser les sans-papiers, contre l’islamophobie, le racisme et le fascisme », elle avait invité le comité Adama. »

Rappelons au Figaro et à Valeurs Actuelles que le Comité Adama n’était pas « invité » à cette manifestation mais, aux côtés des autres comités de familles victimes des violences policières, de la Marche des Solidarités et des Collectifs de Sans-Papiers, il faisait partie des organisateurs de cette manifestation.

Et cela avait un sens, qui a sans doute « échappé » à tous les autres médias qui ont passé sous silence – encore une fois -  la présence des Collectifs de Sans-Papiers – et leurs revendications d’égalité et de régularisation pour touTEs – comme celles de la Marche des Solidarités, contre le racisme, le fascisme et l’islamophobie.

Cela avait un sens car, en ce qui concerne les violences policières, comme en ce qui concerne l’islamophobie ou les politiques anti-migratoires, le racisme systémique est structurant, sert de légitimation et, en gagnant en audience, ouvre grand les attaques contre toutes et tous.

Il y a un an, pour le 21 mars, l’appel de la Marche des Solidarités (voir ci-dessous) reprenait la logique de la citation célèbre du pasteur Niemöller en 1946 : « Quand ils sont venus chercher les juifs je n’ai rien dit. Je n’étais pas juif. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes je n’ai rien dit. Je n’étais pas syndicaliste. (…) Quand ils sont venus me chercher il n’y avait plus personne pour me défendre. »

Hier ce pouvoir fermait des mosquées et interdisait des associations musulmanes. Il n’y a pas eu de mobilisations d’ampleur pour s’opposer à cette attaque. Puis les ministres du gouvernement se sont attaqués au milieu universitaire. Désormais ce sont l’Unef et le Comité Adama qui sont menacés. A St Denis des syndicalistes enseignants sont menacés de sanctions pour avoir laissé des lycéennes avec un foulard dans le lycée.

Pendant ce temps on nous présente comme symbole de vitalité démocratique un débat télévisé entre Darmanin et Le Pen qui font la course à l’échalotte sur qui sera le plus raciste et sécuritaire ! La liberté d'expression n'existe semble-t-il que quand il s'agit d'humilier et de stigmatiser les musulmanEs et les Sans-Papiers.

Notre camarade du Comité Adama est attaqué pour avoir dit que la majorité des policiers sont racistes ? Qui peut contester cela quand des études ont montré que les policiers votent à plus de 50% pour le Rassemblement national ? Comment imaginer que la police dont la fonction – de violence et de répression – est d’imposer un ordre de plus en plus inégalitaire et raciste pourrait – au-delà des individus qui la composent - ne pas l’être ? Interrogé sur le contenu des discussions lors d’un déjeuner avec Darmanin, Brice Hortefeux a répondu aux journalistes : « De quoi discutent un ministre et un ex-ministre de l’intérieur ? En entrée c’est délinquance dans les quartiers, en plat de résistance c’est immigration et en dessert élections »

Nous étions plusieurs milliers dans les rues de Paris ce samedi 20 mars dont un imposant cortège de collectifs de Sans-Papiers. Et des manifestations ont eu lieu dans de nombreuses villes. Nous rappelons que ces derniers mois les Sans-Papiers ont été à l’avant-garde des luttes, organisant les plus grosses manifestations depuis un an, malgré la crise sanitaire, celle du 30 mai, celles du 20 juin dans toute la France, celle du 17 octobre à Paris arrivée de marches qui ont traversé toute la France, celles du 18 décembre, malgré le couvre-feu. Tout cela dans un silence politique et médiatique quasi-total.

Malgré cela, malgré le dégueuloir raciste et sécuritaire venant des plus hautes sphères du pouvoir squattant les plateaux télé, nous relevons qu’un sondage paru ce week-end indique que 60% des sondéEs sont favorables à la régularisation des travailleurs sans-papiers.

Un vieux slogan disait « le fascisme c’est la gangrène, on l’élimine ou on en crève ». En ces temps de pandémie ça devrait percuter, non ? Le terreau premier du fascisme qui vient c’est le racisme.

Notre solidarité est totale, sans mais, envers l’Unef et envers le Comité Adama comme envers les associations musulmanes attaquées. Cela devrait être une évidence, une exigence et se traduire en actes de la part de tout le mouvement social.

Les débats au sein du mouvement sur nos stratégies de luttes communes n’en seront pas affaiblis. C’est notre conception, sans concession, de la vitalité démocratique.

A l’encontre de celles et ceux qui légitiment le racisme et le fascisme tout en invoquant la démocratie.

Intervention de la Marche des Solidarités le 20 mars contre le racisme et les violences policières

- Appel du 21 mars 2020

 

« Quand des milliers de migrantEs sont mortEs chaque année, noyéEs, électrocutéEs, asphyxiéEs sur les routes de la migration à cause du système des frontières et des politiques anti-migratoires je n’ai rien dit. Je n’étais pas migrantE.

Quand les sans-papiers ont été enferméEs dans des centres de rétention je n’ai rien dit. Je n’étais pas sans-papier.

Quand des campements de Rroms ont été expulsés ou attaqués je n’ai rien dit. Je n’étais pas Rrom.

Quand les foyers de travailleurs immigrés ont été détruits, leurs salles collectives fermées, je n’ai rien dit. Je n’étais pas travailleur immigré.

Quand des jeunes des quartiers populaires ont été tués par la police je n’ai rien dit. Je n’étais pas noir ou arabe.

Quand un père de famille chinois a été tué chez lui par la police je n’ai rien dit. Je n’étais pas asiatique.

Quand des jeunes musulmanes ont été exclues de l’école, agressées dans les rues à cause de leur foulard je n’ai rien dit. Je n’étais pas musulmanE.

Quand des mosquées et des synagogues ont été attaquées je n’ai rien dit. Je n’étais ni musulmanE ni juif/juive.

Quand ils s’en sont pris aux Gilets Jaunes et aux grévistes je ne les ai pas soutenuEs. Quand la police a mutilé des manifestantEs, je n’ai rien dit. Je n’étais pas en grève.

Quand la société est devenue invivable et que les fascistes ont pris le pouvoir je n’ai rien pu faire. Il n’y avait plus personne pour résister. »

JAMAIS ÇA !

 

- Texte de l’intervention de Anthioumane pour tous les Collectifs de Sans-Papiers et la Marche des Solidarités ce samedi 20 mars :

Nous les collectifs de Sans Papiers unis dans la Marche des Solidarités manifestons ce samedi 20 mars contre le racisme. Regroupés dans un front associant nos différents collectifs depuis les manifestations du 30 mai, du 20 juin et la grande Marche Nationale des Sans-Papiers, il nous semble aujourd’hui essentiel de nous battre aux côtés des familles victimes de violences policières, des associations antiracistes et de l’ensemble des organisations agissant contre les lois dites sécurité globale et séparatisme. Nous sommes toutes et tous concerné.es par ce racisme d’Etat.

Nous, les collectifs de Sans Papiers, voulons mettre un terme à ces frontières meurtrières. Les gouvernements européens n’ont aucun scrupule à puiser les richesses de nos pays, nous conduisant à les quitter. Et pourtant, des murs toujours plus meurtriers sont hissés à l’encontre des migrants et des migrantes. Depuis 2014, plus de 20 000 de nos frères, de nos sœurs et de nos enfants sont mort.E.s en Méditerranée. En 2020, l’Agence Frontex a vu son budget augmenté à plus de 100 millions d’euros, pour coordonner les forces de police et réprimer les migrants aux frontières de l’Europe.

En 2019, 54 000 personnes ont été déportées vers leur pays d’origine. En 2020, la France a multiplié les placements en Centre de Rétention et les déportations malgré la crise du Coronavirus. Aujourd’hui, des personnes refusant d’être testées avant leur expulsion se retrouvent condamnées à de la prison ferme.

Nous, les collectifs de Sans Papiers, voulons résister à la guerre menée par le pouvoir. Alors que de nombreux pays ont procédé à des régularisations de personnes sans papier durant les premiers temps de l’épidémie, le gouvernement ne cesse de déployer la violence de sa police contre nous. Partout se multiplient des contrôles aux faciès, les campements à Calais ou Place de la République sont sans cesse démontés par la brutalité policière. À tout instant, le pouvoir cherche à démanteler nos droits : les rendez-vous deviennent inaccessibles en préfecture, tous les acquis de nos luttes passées sont remis en cause, le droit médical est perpétuellement attaqué, nos foyers sont restructurés en résidences sociales, soumises à la surveillance des bailleurs sociaux.

Ces persécutions ont une logique, celle de souder une communauté nationale contre notre existence. Pour cette raison, il y a urgence à s’unir !

Nous, les collectifs de Sans Papiers, voulons nous unir à l’ensemble des combats contre le racisme. C’est en liant notre combat aux familles de victime des violences policières que nous avancerons. La police humilie, mutile et tue les jeunes issus de l’immigration dans les quartiers populaires. Alors que sur la dernière année 29 personnes sont mortes à la suite d’une intervention policière, un constat devrait être une évidence : se regrouper pour lutter ensemble contre les discriminations racistes.

Nous, les collectifs de Sans Papiers, voulons mettre un terme à l’offensive islamophobe.

En France, chaque tragique attentat est instrumentalisé par le gouvernement pour s’attaquer aux immigrés. Après l’attentat de Samuel Patty, dans la bouche du ministère de l’intérieur, tous les sans-papiers étaient devenus des terroristes, tout musulman était un intégriste. La traduction en acte a été la loi contre le séparatisme. L’islam est considéré comme le nouvel « ennemi intérieur », contre lequel devraient être défendus « les principes républicains », alors même que cette République est née dans le racisme. Le gouvernement va même plus loin dans les médias en accusant les syndicats, organisations et allié.e.s de la lutte contre l’islamophobie.

Saïd Bouamama disait, « le racisme divise ceux qui devraient être unis et unit ceux qui devraient être divisés ». À l’heure où les hôpitaux ne sont plus capables de soigner les patients suite aux fermetures de lits, à l’heure où les licenciements s’abattent dans les entreprises, à l’heure où l’on réduit les droits au chômage, le racisme réduit le choix des possibilités entre un gouvernement liberticide et Marine Le Pen. Nous invitons l’ensemble du mouvement social et la population française à rejoindre le camp du combat antiraciste. Sans ce combat nécessaire, c’est l’ensemble des acquis sociaux que l’on étouffera. 

Plus que jamais, nous manifestons aujourd’hui pour :

La liberté de circulation et d’installation. La régularisation des sans-papiers.

La protection automatique, dès leur arrivée, des jeunes étranger-ère-s isolé-e-s

La fermeture des centres de rétention.

L’égalité des droits pour touTes dans tous les domaines (travail, logement, santé, éducation…).

Le droit de vote des étrangerEs.

La fin des contrôles au faciès et des violences policières.

Vérité et Justice pour les familles de victimes. Abrogation de la loi sécurité globale.

L’abrogation de la loi séparatisme.

La fin des discours stigmatisants.

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