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Billet de blog 21 mars 2022

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La vie des Irakiens vaut-elle moins que celle des Ukrainiens ?

Plus de 650 000 personnes sont mortes en Irak à la suite de l'invasion décidée par les États-Unis et le Royaume Uni en 2003. En 2014, les forces américaines ont largué des bombes au phosphore blanc contre la population de Fallouja. Pourquoi les États-Unis et le Royaume-Uni n'ont-ils pas reçu le même traitement que la Russie aujourd'hui ?

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Le 20 mars 2003, les États-Unis et le Royaume-Uni, à la tête d'une "coalition de volontaires", ont lancé une attaque aérienne massive contre l'Irak. Dans les premières 48 heures, 3 000 bombes ont été larguées sur Bagdad, une ville densément peuplée de 5,6 millions d'habitants. 

Une enquête de Johns Hopkins, achevée en juin 2006 et publiée quatre mois plus tard dans The Lancet, estimait à l'époque que 650 000 personnes mourraient en Irak du fait de la guerre. Il convient de noter que cet article du Lancet, comme d'autres, se fonde sur des études réalisées en Irak au plus fort de la violence liée à la guerre (2006). Les combats à grande échelle ont en fait continué pendant une année supplémentaire et se sont lentement calmés l'année suivante. Ces estimations ne représentent donc qu'une fraction du total causé par la guerre. Les estimations du nombre de personnes déplacées (à l'intérieur de l'Irak) et de réfugiés (principalement en Jordanie et en Syrie) directement imputables à la guerre vont de 3,5 millions à 5 millions ou plus. Selon la Brown University, de 2003 au retrait officiel des forces de combat américaines en 2011, 4 500 militaires américains ont perdu la vie et plus de 600 000 anciens combattants ont été enregistrés comme handicapés, 40 000 sont devenus des sans abri. 


Les forces militaires américaines, afin de réprimer la résistance à Falloujah en 2004, ont largué des bombes au phosphore blanc sur la ville irakienne, causant la mort atroce de centaines de femmes et d'enfants. Le phosphore blanc dégage une telle énergie thermique que les personnes qui y sont exposées meurent brûlées ou souffrent de brûlures incurables. L'utilisation de cette arme est interdite par la Convention de Genève. Dans la prison irakienne d'Abu Ghraib, de nombreux prisonniers irakiens ont été soumis à des tortures innommables par des soldats américains. 

Nous savons maintenant, grâce au rapport de John Chilcot, président de la commission d'enquête britannique, que l'intervention militaire américaine de 2003 en Irak, chaudement soutenue par Tony Blair, était fondée sur de faux rapports. Le Premier ministre de l'époque, Tony Blair, a "délibérément exagéré" le danger des menaces en provenance d'Irak en convenant avec le président américain George W. Bush qu'il le soutiendrait "par tous les moyens possibles". C'est pourquoi il aurait soumis au Parlement un rapport dans lequel il exagérait les menaces en provenance d'Irak, davantage sur la base de sa propre perception que sur les informations reçues des services de renseignement.

Aujourd'hui, 19 ans plus tard, alors que de lourdes sanctions sont imposées à juste titre à la Russie et que Poutine est qualifié de "criminel de guerre", ni les États-Unis ni la Grande-Bretagne n'ont jamais payé pour les massacres ou reçu la moindre sanction internationale, et ni Bush ni Blair, qui ont causé la mort de centaines de milliers de civils et provoqué le déplacement des millions de personnes, n'ont jamais été convoqués à une audience de la Cour pénale internationale pour avoir commis des crimes de guerre en Irak. 

N'oublions pas que la guerre craint toujours, mais surtout ne nous laissons pas donner des leçons faciles et rhétoriques de pacifisme par ceux qui ont impitoyablement massacré et bombardé des familles et des enfants sans défense avec l'approbation de la communauté internationale.

@marco_cesario

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