Du mépris à la méprise, la révolte des confinés par les idées

Le gouvernement à la dérive, l’Hôtel de Ville mergitur grave, Paris Musées sombre dans un clair-obscur digne du radeau de la méduse. Délaissés par une direction prostrée, les agents n’ont qu’une alternative : s’organiser !

Paris le 16 avril 2020

 

Le Conditionnement : Un État en déliquescence ?

L’épidémie est partie de Chine en novembre dernier. Les alertes se sont multipliées, mais ont été ignorées par un gouvernement préoccupé par la mise au pas d’un mouvement social hautement déterminé. L’ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn a même osé affirmer dans les colonnes du « Monde », tout en abandonnant son ministère pour faire campagne à Paris, qu’elle en avait pleuré d’inquiétude … avant de ravaler la bile de sa mauvaise conscience, car elle avait un goût de sévères sentences pénales futures. Les citoyens de ce pays ne pouvaient pas anticiper l’ampleur de l’épidémie, mais Macron et son gouvernement avaient tous les moyens de la prévoir. Alors que l’Italie se préparait au confinement le 9 mars, Macron choisissait d’aller au théâtre, et le premier tour des élections municipales a été maintenu le dimanche 15 : il y a eu latence dans les mesures d’endiguement, et les conséquences de ce retard se comptent en centaines et milliers de morts.

Il devrait y avoir un débat démocratique autour de la situation actuelle, sur les moyens alloués, quant aux alternatives qui existent. En lieu et place, la situation d’urgence et de panique qu’Emmanuel Macron a lui-même créées servent de prétexte à la rupture de l’équilibre des pouvoirs, au profit d’un exécutif décérébré. Nous avons un Président qui se prétend « en guerre » mais n’a aucune stratégie, qui flatte les soignants applaudis par la population mais ne leur donne aucun moyen, et qui multiplie les annonces au doigt mouillé, et au mépris des consensus scientifiques nationaux et internationaux.

La date du 11 mai (2020) est sortie de son chapeau de magicien, le même chapeau dont jaillit « de l’argent magique » sur les entreprises, qui sera notre dette de demain. Rien ne la soutient scientifiquement, ce n’est qu’un chapitre de plus dans l’histoire d’une gestion de pénurie. L’arrogance de la « start-up nation » est sans limite, elle tente de faire croire à la population qu’elle est la principale responsable de la situation épidémique. Le préfet récemment nommé à Paris affirmait il y a peu, que les personnes qui étaient entre la vie et la mort étaient ceux « qui n’ont pas respecté le confinement », avant de se rétracter piteusement devant le tollé.

Le Confinement : Delphine Lévy, de la « méthode Coué » à la passivité totale

Une grande partie des travailleurs poursuivent leur activité sur leur lieu de travail. Les plus précaires sont « confinés dehors ». L’épidémie continue de se répandre, en vitesse lente, sans que les moyens de protection ni de dépistage soient déployés. Où sont les masques ? Où sont les tests ? Où sont les respirateurs ? Où sont les médicaments ? Comment se fait-il que les réquisitions ou les nationalisations – un temps envisagées – des moyens de production essentiels n'aient pas été suivies d’effet ? Comment se fait-il que les moyens supplémentaires aient été alloués aux entreprises, et pas aux hôpitaux ni aux gens qui sont dans les situations les plus précaires ? Devant une telle absurdité qui confine à l’obscénité, les agents de Paris Musées étaient en droit d’attendre une attitude responsable, en totale démarcation, de la part de leurs directions, à commencer par la direction générale, et de l’exécutif municipal. Hélas … !

La CGT s’est saisie des questions de sécurité au travail et de protection de la santé et a procédé à de nombreuses alertes : dès le 3 mars 2020 aux Catacombes, suivi le 4 mars par l’usage du droit de retrait par les agents, nous obligions les cadres à mettre en place les mesures de protection sans délai. Après la fermeture des musées (13 mars), une nouvelle procédure de droit d’alerte obligeait la direction à réduire le nombre de PCS en activité. Face aux tergiversations persistantes dans les grands musées, la CGT a contraint la direction à appliquer un roulement strict (2 agents par PCS depuis avril) en maintenant la rémunération des agents.

A chaque fois la CGT a porté ses préconisations par la voie du dialogue, lesquelles étaient ignorées, ou prises en compte bien tardivement, quand les directives du gouvernement ne résistaient plus aux évidences et aux injonctions des hommes et femmes de science. Entre temps, plusieurs agents sont tombés malades. C’est pourquoi nous avons dû sortir l’artillerie réglementaire – le seul langage qui fut entendu – à maintes reprises.

La CGT a également alerté la direction des conditions de télétravail dégradées des agents qui poursuivent leur activité à domicile, et des problèmes posés par le confinement pour tous les agents, qui résident en région parisienne, dans des espaces qui sont souvent contraints (isolement, promiscuité, charge parentale). Contrairement à ce que croit la direction, les agents ont bien conscience de ne pas « être en vacances ! »

Christophe Girard, aux abonnés absents pendant 5 semaines (le CHSCT ne mérite visiblement pas l’honneur de sa présidence) a fini par nous écrire en son nom le 9 avril au dernier signalement … sans répondre aux questions soulevées, dans le mépris total de nos propositions, avec pour toute préconisation d’attendre sagement sans sortir du rang … même son légendaire sens du spectacle avait disparu.

Le Déconfinement : Pour une reprise, mais à nos conditions !

Nous pouvons prédire sans trop de risque d'erreur que la direction de Paris Musées restera dans la continuité de sa béatitude, qu’elle ne fera donc que suivre les directives générales lors du déconfinement, et qu’elle ne mènera pas la réflexion approfondie, qui permettrait de mettre en œuvre une politique de prévention des risques spécifique et ambitieuse. Sans test, pourvus de nos seuls « masques grand public » tricotés au coin du feu, il paraît impossible d’éviter un rebond brutal dans les semaines suivant la reprise générale d’activité, « à partir du 11 mai » et devant s’étaler jusqu’au 14 juillet.

La Maire de Paris a adressé un courrier au 1er ministre, qu’elle n’a pas daigné porter à notre connaissance. Elle y critiquerait les modalités du confinement et y produirait des propositions un peu hâtives sur le déconfinement. Par exemple, l’« attestation d’immunité », alors que les conclusions en matière d’immunologie sont incertaines et provisoires : un malade guéri pourrait rechuter rapidement. Mais jusqu’ici, la Maire a suivi les consignes gouvernementales, et Paris Musées a emboîté le pas de l’Hôtel de Ville, aveuglément : pour Delphine Levy, diriger, c’est exécuter, décalquer, reproduire … mais jamais réfléchir, innover, améliorer.

Comment se fait-il que la mairie et la direction mettent en œuvre des mesures dont elles reconnaissent l’absurdité ? Aucune réponse originale n’est apportée, cette passivité est inexplicable. Le moment serait pourtant venu d’anticiper une meilleure protection des agents, qui poursuivront ou reprendront leur activité, les problèmes que posera le déconfinement et la réouverture des établissements accueillant du public.

Les agents de Paris Musées connaissent mieux que personne leur poste et leur environnement de travail. Ils et elles sont les plus à même d’analyser ces problématiques et de déterminer des solutions. Aussi la CGT met tous ses moyens syndicaux à la disposition des agents de Paris Musées, pour élaborer cette réflexion ensemble. Les réunions sur les heures mensuelles d’information syndicales se poursuivront par conférence téléphonique. Les inscriptions pour les formations syndicales démarreront dès la fin de semaine. Un préavis de grève est envisagé pour permettre aux agents de parer les coups fourrés prévisibles des managers trop zélés. La CGT est à l’écoute de vos propositions : on peut imaginer une infinité moyens de recréer du collectif, pendant tout le temps que durera le confinement et le déconfinement, pour éviter un retour à l’anormal que constitue la normalité néolibérale à laquelle les musées ont goûté depuis la création de l’EP.

Entre nous, cette préparation autogérée au cœur des musées est la seule façon de lever le doute sur les risques sanitaires et de réfléchir concrètement à des modifications organisationnelles, qui vont dans le sens de ce que nous voulons : Quel est le calendrier de déconfinement le plus souhaitable ? Comment doit s’organiser la reprise des activités ? A partir de quel moment pouvons-nous envisager, collectivement, que les musées soient rouverts au public ? Comment les campagnes de tests (sérologiques et de dépistage) doivent-elles être organisées ? Quels équipements individuels de protection sont les plus adéquats, et quelles modifications doivent être apportées aux environnements de travail, selon les postes et les sites ? Que voulons-nous laisser dans le monde d’hier, et que voulons-nous apporter dans le monde demain ?

Organisons-nous dès maintenant pour résister à l’application absurde et dangereuse des mesures gouvernementales, et pour être en mesure d’imposer, le moment venu, une reprise à nos conditions !

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