Que justice soit faite !

En pleines campagnes #MeToo et #BalanceTonPorc (que je soutiens), Tariq Ramadan est accusé de deux viols. C’est un choc, car j’ai assisté à quelques unes de ses conférences.

justi
Je ne partage pas toujours ses points de vue, mais je trouve que son discours est plutôt progressiste sur la question des femmes (égalité salariale, participation des femmes à la vie citoyenne, lutte contre les mariages forcés etc.).

J’ai de la peine à croire qu’un homme s’engageant aux cotés des femmes depuis plusieurs années puisse commettre un viol! Mais après tout, tout est possible. Et s’il a commis de tels actes, il faut que justice soit faite.

 A l’affût de la moindre information, je suis très vite mal à l’aise avec le traitement médiatique de l’affaire. Sans aucune preuve, alors que l’enquête n’a pas encore démarré, Tariq Ramadan est déjà considéré coupable par tous les médias mis à part Médiapart, qui a tenté d’apporter une nuance au lynchage général, avant de se rallier à la curie. Je ne comprends pas le positionnement des médias qui en dehors de toute déontologie se substituent à la justice.

 J’attends comme tout le monde que Tariq Ramadan se présente à sa convocation, que l’on puisse enfin avoir sa version des faits. Je suis loin d’imaginer la suite, car a priori j’ai plutôt confiance dans le système judiciaire, sans être totalement naïve non plus. Je sais bien que Tariq Ramadan dérange par certains de ses propos, que certaines personnes ne l’aiment pas,  « m’enfin nous sommes en démocratie et tout le monde a droit à ses idées », me dis-je.

 Or, à partir de ce moment, la machine judiciaire va s’emballer, au-delà de tout ce qui est imaginable.

Bien qu’il nie catégoriquement les faits, Tariq Ramadan est immédiatement incarcéré, ce qui n’est arrivé à aucune personnalité dans la même situation. Il est placé à l’isolement. Il ne peut pas recevoir de visites pendant 45 jours, ne reçoit pas de courrier, sa maladie est niée.

 En glanant des informations auprès d’avocats de mon entourage, j’apprends que tout cela est possible et qu’il n’ y a rien d’exceptionnel dans ce traitement, bien qu’il puisse être considéré comme sévère. Je me dis que les juges ont tous les éléments pour prendre leurs décisions.

 Et puis une troisième plainte tombe. Immédiatement, elle me semble totalement farfelue car je ne peux imaginer une femme se faisant violer 8 fois dans différents pays et je commence à avoir de sérieuses interrogations sur toute cette affaire. Mais la justice ne retient pas cette plainte. Je me dis qu’elle fait son travail, bien qu’en l’occurrence elle n’a pas le choix tellement les faits sont sans fondement. Mais alors pourquoi une femme accuse-t-elle Tariq Ramadan  de pareils actes ? Tout cela m’interpelle.

 Le temps de la justice n’est pas très rapide et Tariq Ramadan est incarcéré depuis presque 6 mois quand les confrontations sont agendées. « Christelle » ne se présente pas. Déception. Puis, le lendemain, le cas Ayari s’écroule dans un rocambolesque imbrolio de versions qui changent au gré des résultats de l’enquête rendant les versions précédentes impossibles.

 Je me dis ça y est, ils vont le libérer : deux viols sur trois ne tiennent pas la route !

De plus les juges ne peuvent ignorer que « Christelle » fait partie de mouvements d’extrême-droite hostiles à Tariq Ramadan, qu’elle a créé des faux comptes afin de ternir sa réputation et qu’elle était en contact, dès 2009, avec l’une de ses ennemis de longue date, Caroline Fourest.

 Mais non, à ma grande surprise, Tariq Ramadan reste en détention préventive et les juges ignorent les éléments à décharge qui s’accumulent.

 La justice est-elle vraiment libre de ses décisions ? Pourquoi, alors que les accusations s’effondrent, les jugent ne libèrent-ils pas Tariq Ramadan ?

Y a-t-il des pressions politiques ? Le contexte médiatique serait-il à même d’influencer des juges ? La société française serait-elle à ce point crispée autour de personnalités en lien avec l’islam ?

Toutes ces interrogations sont aujourd’hui légitimes.

 Cela est particulièrement inquiétant pour la suite de cette affaire. Si tous les éléments amenés par la défense sont inutiles, qu’on nous le dise clairement et que l’on cesse cette parodie de justice.  Nous saurons alors dans quel pays de non-droit nous vivons.  

Tariq Ramadan en sera la victime comme d’autres avant lui et la liste est tristement interminable.

 

Que justice soit faite !

 

Monique Dumas

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.