La construction médiatique d’un coupable idéal

Tariq Ramadan est un personnage public depuis de nombreuses années et la plupart des médias français lui ont construit une image stéréotypée, souvent négative.

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Il est décrit à travers ses origines : égyptien et petit-fils du fondateur des frères musulmans. Par ces éléments, le décor est planté. Il est l’arabe avec son cortège de préjugés : fourberie, duplicité, hypocrisie. De surcroit, il est ontologiquement rattaché à un mouvement suspecté de fondamentalisme et d’ambitions politiques. Pourtant, ces éléments ne disent absolument rien de qui est et  ce que pense Tariq Ramadan. Il est né et a grandi à Genève. Son éducation se fait à travers l’enseignement des grands textes philosophiques et cela aura, comme ses origines,  un impact déterminant sur toute sa construction intellectuelle. Il se construit une identité plurielle à un carrefour culturel, il ose la synthèse.

 A ce début de portrait s’ajoute la suspicion concernant ses idées, car il ne choisit pas son camp, cherchant à analyser la complexité du monde. Ainsi, les mots dans sa bouche n’ont aucune valeur puisqu’immanquablement il est accusé de tenir un double discours qui cacherait des intentions extrémistes floues et sulfureuses. Ce qu’il  dit devient inaudible.  Il est à noter que ce portrait n’a cours que dans les médias français dans lesquels il est petit à petit ostracisé.

Par conséquent, quand les accusations de viols tombent en octobre 2017, Tariq Ramadan est déjà le coupable idéal. Le plaisir que prennent certains à décrire la chute du « prédicateur » est évident. De personnage ambigu, les médias le transforment en véritable démon au fil des révélations sordides de ses prétendues agressions.

 En face, nous avons l’apparition successive de deux femmes.

 D’abord Henda Ayari, la salafiste repentie qui s’étale, livre à l’appui, sur son enfer au côté d’un mari islamiste. Les médias lui construisent une image de parfaite victime, image qu’ils reprennent évidemment quand elle porte plainte. Sans aucune prise de distance, sans vérifications ni recherches, ils lui ouvrent leurs plateaux et lui déroulent leur tapis rouge afin de recueillir sa parole dans un cadre plus proche du show que de la réelle diffusion d’information : la mise à mort de Tariq Ramadan a commencé.

 

Mais qui est vraiment Henda Ayari ?

 Son personnage est-il une réalité ou une construction opportuniste ? Est-elle manipulée ou manipulatrice ? Victime ou bourreau ? Au fil des investigations de la police et des dépositions des témoins, même de ceux dont elle demande l’audition pour la soutenir, elle est décrite comme une femme mythomane, assoiffée de notoriété et dont le profil psychologique montre qu’elle ne peut s’empêcher de sexualiser son rapport aux hommes. Malgré tout, certains continuent de fermer les yeux, prêts à tous les aveuglements pour s’accrocher à leur thèse initiale.

 Le terrain est prêt pour « Christelle ». L’handicapée. Sa condition va intensifier l‘aversion pour Tariq Ramadan. Comment un homme peut-il s’en prendre à une femme diminuée physiquement ? La description abjecte de l’agression ajoute le dégoût à la révolte. « Christelle » devient la victime ultime, salie, brisée face à l’homme répugnant. Comme pour Henda Ayari, aucune information n’est recherchée sur cette plaignante, aucune question n’est posée. Sa parole est mise en scène à travers un long témoignage repris en boucle sur tous les médias.

 

Mais qui est vraiment « Christelle » ?

 Etait-elle handicapée au moment de l’agression présumée ? Quand elle partage avec son amie Denise sa volonté de piéger Tariq Ramadan, qui est la victime, elle ou Tariq Ramadan ? Pourquoi déclare-t-elle à la police ne pas connaître  Henda Ayari ?

L’enquête révèlera des éléments plus que troublants. Elle a des liens avec l’extrême droite hostile à Tariq Ramadan. Elle a créé des faux comptes au nom de Tariq Ramadan pour salir sa réputation. Elle connaît Henda Ayari depuis 2012 et elles ont quatre numéros de téléphone en commun. Mais rien ne vient remettre en question son statut de victime, car le cas Tariq Ramadan a d’ores et déjà été pesé et emballé ! Avec « Christelle », on glisse de l’image de l’arabe violent à celle du sadique pervers sans aucune difficulté.

 On crée de Tariq Ramadan une image de diable personnifié  et les deux plaignantes sont quant à elles décrites comme de pures victimes innocentes. Or, heureusement, des voix, de plus en plus nombreuses se lèvent pour questionner, dénoncer, se rebeller face au traitement partial et inégalitaire que subit Tariq Ramadan, des personnes qui ne sont pas des soutiens aveugles sous emprise ou encore des personnes inhumaines incapables d’entendre la souffrance des femmes.

 La rhétorique de cette affaire est loin d’être le fruit du hasard. Elle participe d’une volonté de détruire un homme et son discours. Elle tente de museler tout soutien ou possibilité de réagir face aux disfonctionnements de l’enquête.  Elle pollue le traitement judiciaire de l’affaire. Elle justifie la prise de décision d’incarcérer Tariq Ramadan en détention provisoire, malgré le fait qu’il nie catégoriquement les faits et qu’aucune preuve n’est amenée par les plaignantes.  Elle permet aux magistrats de le maintenir en détention malgré les éléments à décharge qui s’accumulent. Elle autorise la plus grande complaisance vis-à-vis de Henda Ayari qui ment à deux reprises sur le lieu et la date du viol présumé. Elle permet à Christelle de ne pas se présenter à sa confrontation sans que personne ne s’étonne.

 La puissance du 4ème pouvoir et des représentations qu’il crée rend acceptable le traitement inégal, inhumain et disproportionné d’un homme innocent jusqu’à preuve du contraire et ceci avec l’absolution d’une partie de l’opinion publique (parfois même à son insu) et d’une part malheureusement importante de la classe politique qui tient son coupable idéal.

Comme nous l’avions vu dans l’affaire Outreau, le rôle délétère des médias a eu une influence déterminante sur le traitement de l’affaire et entraîné l’incarcération d’un innocent !

 Tariq Ramadan a droit à la présomption d’innocence et à un traitement médiatique qui respecte la déontologie journalistique, si les médias français savent encore ce que cela veut dire.

 

 

 

 

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