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Billet de blog 13 avr. 2020

Le Dr Daniel Zagury dans l’impasse

Ces douze derniers mois ont été bien difficiles pour le psychiatre Dr Daniel Zagury. Ses compétences et son expertise ont été malmenées dans l’affaire Halimi. Non seulement plusieurs experts de renom ont contesté ses conclusions, mais la Cour d’appel lui a donné tort et a conclu à l’irresponsabilité pénale de Kobili Traoré.

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Ce que l’avocat Me Francis Szpiner et le Dr Daniel Zagury, son ami de longue date, voulaient présenter comme un meurtre antisémite a été considéré comme l’action d’un homme n’étant pas maître de ses actes puisqu’en pleine « bouffée délirante aiguë ». Certains politiques, journalistes, et même le Président Emmanuel Macron, ont trouvé normal d’intervenir, d’outrepasser leurs prérogatives, et de contester une décision de justice. L’accusation d’antisémitisme va pourtant totalement à l’encontre des conclusions de la médecine et de la psychiatrie dans le dossier.

Le Dr Daniel Zagury a prêté le flanc à cette grave dérive et il a même mis son nom, sa réputation et son expertise sur la balance d’un jugement plus idéologique que scientifique. Ses pairs ne l’ont pas suivi, ni la justice qui a tranché raisonnablement, et pour la justice.

De Halimi à Ramadan

Or, voilà que son nom réapparaît dans une nouvelle affaire très médiatique, comme le Dr Zagury semble les rechercher. Avec, à nouveau, le couple Me Francis Szpiner et le Dr Daniel Zagury, auxquels il faut ajouter Me Eric Morain (ami du père et du fils Zagury). Les trois juges d’instruction, Mme Camille Guillermet, Mme Camille Palluel et M. Cyril Paquaux ont demandé au Dr Zagury de se prononcer sur la notion « d’emprise » dans l’affaire Ramadan. Ce choix a été fait en septembre 2019, avant la décision du 19 décembre 2019, donnant tort à Me Szpiner et Dr Zagury dans l’affaire Halimi. Le choix de cet expert est pourtant choquant à plus d’un titre.

Pourquoi le choisir, lui, parmi les centaines de psychiatres qui ont autant d’expertise, voire davantage, que le Dr Zagury sur la question ? Pourquoi un ami des avocats des parties civiles ? Pourquoi un psychiatre fortement impliqué sur les questions de l’islam, de la radicalisation, et dont certaines réflexions flirtent avec le propos islamophobe ? Pourquoi enfin un psychiatre qui est membre du comité scientifique d’une association franco-israélienne, Schibboleth, dont plus de seize membres connus ont publiquement écrit contre Tariq Ramadan en le traitant d’intégriste, d’extrémiste, d’antisémite, d’« islamo-nazi » et de porte-parole de « l’organisation islamiste et fasciste des Frères Musulmans » ?

L’association Schibboleth elle-même ne cache pas son positionnement idéologique fondateur, auquel adhèrent forcément tous ses membres (même s’ils peuvent être en désaccord sur telle ou telle question particulière). C’est bien troublant. S’agit-il d’un choix scientifique ou d’un choix idéologique ? Les juges cherchent-ils la vérité du droit ou désirent-ils obtenir la culpabilité de Ramadan, même innocent? Contre les bonnes règles de la procédure, il existerait des preuves que des contacts préalables, directs et indirects, ont eu lieu entre certains magistrats et l’expert et ce avant que son mandat lui soit officiellement signifié. Nous ne sommes pas au bout de nos surprises, c’est certain.

Instrumentalisation de concepts psychologiques à des fins politiques

Ce qui est plus grave et incompréhensible est l’attitude du Dr Daniel Zagury lui-même. Comment a-t-il pu accepter ce mandat ? Il connaît ses propres positions sur l’islam, les musulmans et « l’islamisme », il se sait membre d’une association dont Ramadan est l’ennemi idéologique par excellence. Lui-même le considère comme tel d’ailleurs, ainsi que ses amis Me Szpiner et Me Morain. Il sait tout cela et accepte de s’impliquer dans cette affaire en tant qu’« expert », « psychiatre », « scientifique » en faisant mine de pouvoir dépasser, ou d’occulter, son parti pris idéologique. Pourtant la loi prévoit que l’expert mandaté pour un dossier dans lequel il ne peut être neutre, le fasse savoir et refuse la mission. Le psychiatre Zagury, au contraire, n’a rien dit de l’idéologie et du parti pris qui l’opposent à Tariq Ramadan. Est-ce l’inconscience ou un sentiment de toute puissance qui l’en ont persuadé ? L’intime assurance que, lorsqu’il s’agit de Tariq Ramadan ou des musulmans, tout est permis, même de ne plus être objectif, d’utiliser la psychiatrie à des fins idéologiques et politiques ? L’attitude du Dr Zagury laisse perplexe et il s’est lui-même engagé dans une impasse. Sa fin de carrière pourrait bien être définitivement troublée et abimée, entre les affaires Halimi et Ramadan.

En se plongeant dans le dossier et en étudiant le profil des plaignantes (avec des éléments sélectionnés pour lui par les juges et Me Morain) va-t-il oser affirmer qu’il y avait « emprise » comme on semble l’attendre de lui ? Ces femmes qui se connaissent depuis des années, ont toutes menti comme l’a prouvé la brigade criminelle. L’une d’elle n’a même pas rencontré Tariq Ramadan, les trois autres ont toutes évoqué leur désir de piéger Tariq Ramadan, pour certaines « sexuellement » dans « une chambre d’hôtel avec l’aide d’un paparazzi ». « Brigitte » et « Christelle », deux des plaignantes parlent de le piéger depuis dix ans, avant même de le rencontrer, sur des blogs retrouvés depuis, dont certaines ont monnayé leur témoignage (preuves à l’appui). Elles sont toutes en contact avec Jean-Claude Elfassi (qui, par hasard, partage la même idéologie politique que le Dr Zagury et qui vomit Ramadan), qui ont toutes d’abord contacté les ennemis de Ramadan (Fourest, Hamel, Zeguendi, etc.) sans jamais se rendre à la police, avant d’exploiter le mouvement #MeToo. Certaines accusent même Elfassi et Szpiner de les avoir manipulées dans le but de « détruire Ramadan ».

Quel psychiatre sérieux oserait poser l’hypothèse de l’emprise dans un dossier où les femmes ont eu très peu de contact avec Tariq Ramadan, où leurs récits ont été totalement infirmés par la brigade criminelle et où leurs liens (avec les opposants, mais aussi entres elles) ont été mensongèrement cachés à la police ? L’une d’elle, « Christelle », a envoyé à Ramadan en mai 2010 (elle qui disait avoir été violée le 9 octobre 2009 et n'avoir gardé aucun contact avec lui ), un e-mail où l'ont voit non seulement qu'elle a menti sur le viol mais aussi sur la nature du lien qu'elle a continué à entretenir avec Tariq Ramadan après leur unique rencontre.

Une impasse

Le Dr Daniel Zagury, en acceptant cette mission, s’est lui-même engagé dans une impasse dont il aura de la peine à sortir indemne. Car enfin, soit il réalise un travail d’expert sérieux et indépendant et il parvient à la seule conclusion scientifique possible, à savoir que la notion d’emprise est inopérante dans ce dossier… et alors il se met à dos tous ceux qui ont un intérêt idéologique à faire tomber Ramadan. Soit, pour contenter ces derniers, il passe outre les faits objectifs et les évidences, et conclut à l’existence d’une « emprise ». Comment pourra-t-il justifier sa position lorsque l'on voit cela entre autre ?

Capture d'écran d'un message FB envoyé à Tariq Ramadan par "Christelle" le 1 avril 2010
Capture d'écran de Soumia Rabbouj envoyé à Tariq Ramadan au sujet de Mounia Rabbouj
Tweet de Mounia Rabbouj au sujet de Henda Ayari et du dossier (2018)

La psychiatrie ne s’utilise pas pour détruire celui qui gêne. Il risque alors de s’aliéner nombre de ses confrères dont certains (parmi eux un ancien de Schibboleth) ont déjà exprimé leur stupéfaction quant au choix des juges de nommer le Dr Zagury. Il est certain que le temps des contre-expertises, au cas où le Dr Zagury renouvellerait ses approximations idéologico-scientifiques, comme ce fut le cas dans le dossier Halimi, offrira son lot de véhémentes critiques de psychiatres spécialisés à l’égard de l’expertise du Dr Zagury.

Une fin de carrière très abîmée

Une fin de carrière pour le moins agitée. Le Dr Daniel Zagury avait, avant ces derniers mois, construit l’image d’un expert de haute compétence. Ses contradictions idéologiques et ses propres choix ont égratigné son image professionnelle et médiatique. Avec l’affaire Ramadan, il s’est lui-même engagé dans une voie sans-issue qui résume à elle seule le dilemme d’une vie : d’un côté, faire le choix de la neutralité scientifique que son métier et la justice exigent ; ou, de l’autre côté, mener un combat idéologique (comme ceux qui l’ont mandaté semblent l’attendre de lui), sous couvert d’une expertise orientée à des fins politiques afin de rester fidèle, contre le bon sens, à son parti pris idéologique.

Un choix simple : servir la justice ou l’idéologie. L’Histoire retient le nom des courageux : ceux qui font le choix de la vérité et de la justice, quitte à sacrifier l’idéologie et/ou la politique quand elles incitent au mensonge et à la manipulation.

Constance Agostino

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