Tariq Ramadan: lynchage médiatique au désert intellectuel de pseudos ‘…logues’

Face à l’incarcération ostensible du Pr Tariq Ramadan, face au déni du droit à la présomption d’innocence, face à la provocation du médiatiquement correct, face à la stigmatisation d’une frange de la société civile, face aux manipulations subordonnées de certains, face aux propos irresponsables de politiques politiciennes, il s’agit de dire haut et fort: non!

 

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Lorsqu’un être malveillant possède une liberté de ton, il lui est alors facile de s’obstiner et de construire sur la base d’une rumeur ou d’un propos non avéré, ou même d’un mensonge caractérisé, de graves accusations.

Il est aussi facile de juger un être, de le condamner, et de lui jeter la première pierre, en se dressant comme un bon samaritain.

Ce procédé est catalyseur d’un égo maladif arrogant, et d’un esprit dénudé de toute probité intellectuelle, qui rapidement crie au scandale, et revendique la justice, en voulant priver autrui de liberté, et en lui entachant sa dignité.

Il est facile aujourd’hui de véhiculer et d’entretenir médiatiquement un mensonge répété, pour se rassurer de sa propre manipulation, tel le mythomane qui, persuadé de son mensonge, finit par douter de l’honnêteté de celui qui ne croirait pas à ses fabulations. Ainsi, certains journalistes fabriquent de l’émotion sur mesure, appropriée aux politiques politiciennes, par un choix sélectif et caricatural, pour aborder une pensée avec angoisse. Ils tentent de provoquer la manipulation de masses pour engendrer de la démesure, par le transfert de compétences, vers une forme de « chalgoumisation de l’islam », selon la formule de François Burgat. Et, ils font la promotion de personnes qui sont dans le compromis sans cesse, et qui de surcroit, sont incapables d’élaborer une réflexion, voire de l’articuler adéquatement. Sont-ils achromates jusqu’à ne pas voir les couleurs, ou daltoniens, jusqu’à les confondre ?

Leur entreprise malveillante a pour objectif de paternaliser l’esprit du citoyen, principalement musulman, qui ne penserait, ni politiquement, ni médiatiquement correct.

Surfer sur l’épreuve que passe le Pr Tariq Ramadan aujourd’hui, leur donne un appui pour se profiler un nom sur la scène publique. Quand un être refuse de se compromettre, décide de rester fidèle à ses valeurs, et d’être cohérent dans son discours, il devient un manipulateur, au regard de ces nouveaux pseudos spécialistes « -logues... » tel les nomme le Pr Yahya Michot.

Quand un être assume ses idées sans éviter le débat critique contradictoire, et refuse de faire des concessions par envie de plaire ou par peur de déplaire, il est taxé alors, par ces égos maladifs à la mauvaise foi qui souffrent de surdité et d’absence de clairvoyance, de tenir ‘un double discours’. En crise de légitimité académique, et en chute de visibilité médiatique, certains ‘…logues’ se complaisent dans des idées partisanes. Inspirer par l’audace du petit moi, ils projettent sur autrui leurs frustrations. Angoissés de voir la parole portée par une pensée élaborée être entendue, ces ‘…logues’ repentis, proches d’hier, se laissent crescendo, de fond en comble, corrompre aujourd’hui.

Il ne s’agit pas ici de s’inscrire dans la victimologie, ou de crier au complot politico-médiatique, contre le Pr Tariq Ramadan, ni même de prétendre voir une négligence caractérisée.

Au contraire, il s’agit de « ni rire ni pleurer mais comprendre », tel le disait Baruch Spinoza (+ 1677), de comprendre cette logique de culture contestataire des pseudos ‘…logues’, tâchée par une beauté dans l’éphémère, paraissant séduisante par son effet artifice et stylée par la légèreté de sa substance, en vue de cerner les enjeux liés à l’instrumentalisation de cette affaire. Leur analyse d’amateurisme, leur corruption sur la base de trafic d’influence, leur chantage affectif, leur excitation médiatique, tout ceci est symptomatique d’une délinquance intellectuelle qui trahit les principes humains et solde à vil prix les repères volés en éclats. Rentrer en rupture par la transgression, voilà l’arme de la douleur de leur défaite. Paraissant sobres dans leurs postures, raffinés dans leurs propos, élégants dans leurs engagements, ils nourrissent l’escroquerie sentimentale sous couverture d’angélisme prédateur, qui éradique la pacification par l’effacement de tout éthique au profit de la discorde ; une brutalité radicale sans nuance. Ce narcissisme, trait pathologique de la personnalité contemporaine, est issu, selon la formule de Marcel Gauchet: 

  • l’adhérence à soi-même », de la prétention à la suffisance, de l’arrogante ignorance, et de l’orgeuil du moi ambitieux. Quelle détestable faille narcissique traumatisante !
  •  Chaque humain a son propre point de rupture, un moment d’humilité qui lui permet de se réinventer, en vue d’une constante introspection. Si le plaisir de certains est de se réjouir de la peine d’autrui, le malheureux est alors celui qui reste inconscient que lorsqu’il donne des coups bas, il doit être taillé pour en recevoir ; « l’aube n’est-elle pas proche ? » souligne le Coran, sourate Hûd, XI, verset 81, qui par ailleurs stipule , tout en forgeant l’humain face aux épreuves 
  •  Et ces jours-là, Nous les faisons déplacer parmi les hommes », sourate Âl ‘Imrân, III, verset De la portée de ce verset, par une approche allégorique du récit historique, disait l’Imam

Sadek Charaf (+ 1993), sainteté sur son âme : « le déplacement des jours est le laboratoire de la foi ». Sans aucn doute, le déclin de l’entreprise de ces nouveaux ‘…logues’ va s’amorcer après avoir été le détonateur d’une dynamique mafieuse. Ces coqueluches médiatiques nourrissent la mise en scène du fantasme de la criminalisation, par un effet annonce d’un artifice rhétorique au service des éléments de la dictature, utilisés comme outils de la ‘démocratie’. Et ce, lorsqu’ils éprouvent une crise de légitimité, en tant que journaliste, politicien, intellectuel ou académicien, en chute de visibilité médiatique. Les qualités de la fidélité et de la reconnaissance s’opposent à la trahison et à l’ingratitude. Que Dieu vous aide, chers ‘…logues’, à soigner votre cupidité, et à entrevoir dans cet évènement, le nécessaire apprentissage des précautions. Votre avidité n’est autre chose qu’un crime, et si errare humanum est, prenez conscience que perseverare diabolicum. Continuer à convoiter tant le médiatiquement, que le politiquement ou encore l’académiquement correct, mais prenez surtout conscience des opportunistes que vous êtes, comme le dit Henriette, dans Les Femmes savantes de Molière (+ 1673) :

Un amant fait sa cour où s’attache son cœur,

Il veut de tout le monde y gagner la faveur,

Et pour n’avoir personne à sa flamme contraire,

Jusqu’au chien du logis il s’efforce de plaire. ».

Inapte à débattre objectivement de manière lucide, en stigmatisant un adversaire, ces ‘…logues’ s’éloignent des vrais idéaux. Ils ont choisi de « fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve », comme chantait Serge Gainsbourg (+ 1991), par crainte d’être tâchés de qualificatifs en ‘istes’. Habités par une psychose islamophobe pour certains, et par une paranoïa de voir celui qui est écouté centraliser des mérites, pour d’autres, ils adoptent alors la stratégie du déni et lancent le discrédit sur tout antagoniste, surtout quand le péché du Pr Tariq Ramadan est celui de dénoncer les injustices et les défaillances de notre société, et de refuser de se laisser acheter ou effrayer.

Chacun s’indigne en se cantonnant dans son camp. S’il s’agit pour vous de l’avidité de paraître, tel un maquillage idéologique sur votre visage ; et il s’agit pour l’être lucide et pauvre de liberté, d’une dignité limpide en aspirant à la justice. Le devoir de résistance devant ces ‘…logues’, aux

  •  clôtures dogmatiques » selon l’expression de Mohamed Arkoun (+ 2010), que Dieu lui fasse miséricorde, (dont ils aiment se réclamer), est un nouvel horizon cadré par des règles rationnelles, et nourrit d’un élan spirituel, pour ne pas se laisser dilapider l’espérance. Si, à la manière de Guy de Maupassant (+ 1893) qui dans Au Soleil écrit : « Qui dit arabe dit voleur sans exception », pour ces ‘…logues’, qui dit musulman engagé, dit manipulateur sans exception. Ainsi, dans leur vocifération paralysante, il y a un déficit de droit à la dignité face à toute résistance inscrite dans

La logique d’une citoyenneté spirituelle, à savoir, un engagement responsable façonné par le cheminement de la foi, surtout lorsque l’intellectuel musulman engagé ne s’inscrit pas dans la logique relativiste de l’usage frénétique de la pensée unique, ni même de la prétention à la suffisance, et qu’il n’a pour péché, que d’avoir refusé la démagogie, et de ne pas avoir surfé sur la sémantique à la place de la diplomatie. Voilà le péché du Pr Tariq Ramadan.

Sachez, chers ‘…logues’, que le respect et la garantie des valeurs est une ardente obligation morale et civile. Avez-vous, une décence éthique et humaniste face à l’essoufflement du système ? Ou alors restez-vous des esprits totalitaires coiffés en pseudos démocrates ? Vue votre collaboration populiste désastreuse et digne de poncepilatisme, l’on prend conscience qu’il ne faut pas se fier à l’auréole de la sacralité de la démocratie que vous semblez tant chérir, alors que vous la mettez en sursis. Vous approuvez, cautionnez et encensez une telle posture au lieu de dénoncer la dénature de l’éthique et le fiasco du système qui minent le civilisationnel. Où êtes-vous en tant que défenseurs de la liberté face à l’essentialisation des citoyens musulmans ? Par votre silence vous êtes devenus les théoriciens de la peur, et légitimez le déni, la stigmatisation et l’exclusion. Votre effacement justifie la xénophobie. Pourquoi taisez-vous vos voix face aux durcissements des législations à l’encontre des musulmans ? Pourquoi acceptez-vous les entorses faites aux libertés fondamentales ? Comment pouvez-vous être sélectifs dans vos combats ?

Permettez-moi de constater que sans aucune humilité, élément nécessaire à l’intelligence, votre arrogance n’est que rituel de votre audatieuse maladresse. Vous êtes dans l’incapacité d’entretenir un échange direct, et il est alors simpliste pour vous d’user d’un moyen indigne pour discréditer indirectement la dignité d’un intellectuel qui ne se situe pas dans le politiquement correct. Ainsi, vous tentez de souillier le fondement de son engagement, de sa cohérence et de sa fidélité aux principes. Votre entreprise malveillante de mise en scène d’une criminalisation en douce, face à une arrestation spectaculaire, ne peut que nous indigner, surtout de l’emballement médiatique qui statue sur la culpabilité avant même que la justice ne fasse son travail, relativisant ainsi le droit élémentaire à la présomption d’innocence. Quand on se laisse guider par des aprioris, l’on revient

 

  • produire de l’injustice et de l’exclusion. Et quand certains moyens de communication font révérence à quelques autorités ingrates, la confusion règne alors dans la médiatisation d’un évènement politisé. Ce blanchiment d’informations est une posture qui engendre un mécanisme de défense en guise de relai d’un lobby qui, sur la base d’un colmatage par coup de ‘com’ dévoile un chaos organisé, la résonnance de la malhonnêteté qui fait passer l’accusé pour un brigand. Tel est le fer de lance de votre lutte pour la banalisation de la dignité humaine. Vous alimentez une accusation qui devient sentence, pour mener à la déshumanisation de la personne qui, jusqu’ici, est présumée innocente. N’est-ce pas là le signe de votre grotesque délinquante frustration ?

Voilà votre pôle de savoir et votre référent intellectuel. Votre logique scénariste n’est que de l’hypothèse basée sur de la narration de substitution qui appuye votre fantasme, en tant que cristallisateur de la malhonnêteté. Vous vous êtes aventurés sur le terrain de la polémique, armés de dépit pour en tirer gloriole, par haine, envie et jalousie. Il s’agit là d’une névrotique obsession dévorante de l’ingratitude, animée par une vexation narcissique. Il serait temps pour vous de consulter un psychiatre, chers ‘…logues’, car de par votre arrogance idéologique, vous confondez débat d’idées et attaque, jusqu’à instrumentaliser parfois même le corpus idéologique sous couvert religieux, afin de faire entendre un discours en apesanteur et sans aucun ancrage historico-théologique, ni même scientifique, qui ne prenne en compte le décalage culturel.

Maladif, votre art discursif est atteint du symptôme d’une espérance collective, un nouveau contrat social essentialisant. Quelle hystérique expression de folie de pureté mortifère !

Votre discours, Pr Tariq Ramadan, propose quant à lui, des clefs permettant de sortir de l’isolement religieux, social et culturel.

Il mobilise en vue de l’éveil tant rationnel que spirituel, invitant le citoyen musulman à se réapproprier les sources scripturaires, en vue de coopérer et de tisser des initiatives, d’abord sur la base d’un processus d’émancipation personnelle, ensuite en prenant part à la vie sociale réformée, et enfin en s’affranchissant des contraintes pour appréhender l’évolution de sa propre identité. Tel est le projet de renouveau ramadanien, au service d’un réformisme de transformation et non pas d’adaptation. Vous enseignez avec une teneur infatigable, comment rechercher la vérité au risque d’y perdre ses convictions dans l’interrogation de ses propres certitudes, et vous incitez à contribuer, loin de tout enfermement communautariste, considérant que divers univers de sens peuvent entrer en concurrence, sans aucune rupture mémorielle, en toute autonomie, face aux manipulations politiciennes. Voilà l’indice de votre infraction. Quelle noblesse !

Face à l’incarcération ostensible du Pr Tariq Ramadan, face au déni du droit à la présomption d’innocence, face à la provocation du médiatiquement correct, face à la stigmatisation d’une frange de la société civile, face aux manipulations subordonnées de certains, face aux propos irresponsables de politiques politiciennes, il s’agit de dire haut et fort, non à une nouvelle affaire Dreyfus, non à un emprisonnement politique sous couverture de placement en détention préventive, non aux prédateurs de la dignité sur la base d’affabulations, de mensonges, de malhonnêteté intellectuelle et de haine, non à cette tentative d’assassinat social, non à cette dépossession systématique et au pillage de droit à la dignité. Allons-nous vers un avenir à reculons par cette mise en scène ? Veut-on ériger en infraction une certaine conception du monde et de l’homme, car elle est le produit d’un intellectuel musulman engagé ? La libération immédiate du Pr Tariq Ramadan n’est que celle de la dignité, du droit, et de la justice libre. Elle ne pourra être qu’un « mécontentement créatif » au service d’un « changement créateur » pour parler comme Jiddu krishnamurti (+ 1986).

Le refus de toute pensée sans l’histoire de l’être tel le sujet et l’acteur de son destin, sans référence au patrimoine de la tradition comme outil, et sans fidélité au texte comme méthode, est notre ‘théologie de témoignage’, une rationalisation de l’expérience religieuse. Le navire continuera et sera un cordon sanitaire de sursaut spirituel, la condition sine qua non de toute résistance. Ainsi, le ressentit d’anéantissement chez celui qui se confine dans une posture de victime, n’aura point raison de nous. Que ces ‘…logues’ qui bafouent les principes, puissent revenir à plus d’éthique, de moralisation de la scène publique, de devoir d’exemplarité, et de bonne gouvernance de l’égo. Qu’ils sachent que l’épreuve est à valeur initiatique, tel l’enseigne le Prophète Mohamed (+ 632), sur lui et sa sainte famille la paix : « l’être est éprouvé en fonction du degré de son élan spirituel ». Quel est alors l’élan de la quête de sens de ces ‘…logues’ ?

Enfin, cette tension ne doit nullement empêcher le citoyen de rester fidèle aux principes et valeurs humanistes, ni même de puiser son inspiration dans le courage, pour dynamiser une résistance qui soit un état d’esprit, un élément de civilisation, face à la barbarie « jahiliyya », cette « culture du non-sens », comme la qualifiait le Pr Roger Garaudy (+ 2012), que Dieu lui fasse miséricorde. Pour ce faire, notre éventail du possible serait de transformer l’épreuve et de l’investir en atout, en vue de faire émerger l’opportunité à donner du sens, celui d’un nouvel espoir qui offrirait un sursaut spirituel pour questionner nos souffrances. Cette épreuve éveille en nous une tonalité tournée vers l’intériorité, par un silence éloquent, une obscurité éclairante, une solitude peuplée par la prière, le recueillement et la communion avec Dieu, et tel le disent les Maitres soufis « la voie ne s’ouvre pas à celui qui a précédé, mais à celui qui est habillé de sincérité ». Inshâ Allâh !

Quant à vous, cher grand frère et Pr Tariq Ramadan, votre isolement forcé est un cas d’école, dont la qualité exacerbée de l’ennemi rendra la victoire plus belle. Cela ne peut que vous inspirer,

 

  • la manière du vécu ‘josephien’, d’opérer un repli stratégique et non pas un renoncement. Face au destin et sans résignation, il faut de la lucidité, de la patience, de l’endurance, de la constance et de la persévérance, sans exaspération aucune. Ne vous laissez point faire percer votre nouvel horizon, ni même faire dilapider l’espérance. Et, que vous puissiez trouver de l’ inspiration dans la sagesse du courage que vous nous transmettez constamment. Il reste la meilleure réponse de résistance face à l’hostilité, à l’humiliation, à la colère et à l’angoisse. Amen !

 

Yacob MAHI

Théologien et islamologue

Bruxelles

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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