Les tribunaux médiatiques sont de retour dans l'affaire Tariq Ramadan

Une présentation de l’affaire majoritairement axée sur la culpabilité de Mr Ramadan et une invisibilité de son statut de présumé innocent.

Tariq Ramadan Tariq Ramadan

 

 

 

 

 

 Un non-respect de la dignité.

Il a été observé un injuste traitement pour Mr Ramadan dans les médias français et un non-respect de sa dignité depuis le début de cette affaire.

Une présentation de l’affaire majoritairement axée sur la culpabilité de Mr Ramadan et une invisibilité de son statut de présumé innocent. On a observé également dans la presse française des messages calomnieux et donc loin d’une vérité. Pourquoi ce traitement ? Doit-on rappeler la déontologie des journalistes sur le respect de la dignité et donc de se garder d’orienter son public vers un jugement ?

Le danger de ces médias c’est leur volonté de détruire un homme, de détruire ses idées en passant par des choses futiles et intimes. La démarche est tellement flagrante et habituelle de la part des journaux qu’il n y a que eux qui ne voient pas ou refusent de voir qu’il s’agit d’une volonté de nuire publiquement.

Toute opinion publique qui se transforme en tribunal, n’est pas crédible, démontre un manque d’objectivité et de professionnalisme.

Colportage sans preuve

Veut-on couvrir le contenu principal de l’accusation de viol en faveur d’un colportage d’histoire personnelle et intime sans preuve?

Tomber dans cette polémique est digne de petits journaux qui recherchent à colporter sans fond. Veut-on décrédibiliser Tariq Ramadan par des fuites sur sa vie personnelle, c’est une spécialité en France. Lorsqu’il s’agit des politiques et personnalités influentes, le monde est plus attentif à ce qu’il se passe dans l’intimité d’une personne que ces idées : une déviance perverse du voyeurisme ?

« Libération »

« Si la double vie de Ramadan est établie et reconnue, nous espérons que cela va aider à libérer la parole des femmes», espère l’un des avocats du collectif de femmes. – paru dans libération.

Ce que ce passage voudrait faire comprendre c’est que la parole des femmes menant une relation intime devrait être exposée lorsqu’ il s’agit de Tariq Ramadan ? On ne parle pas de viol mais de ce qui est appelé ici  « double vie » de Tariq Ramadan en référence à des supposées relations intimes et personnelles. C’est insensé et sans objectivité de mettre à jour ce genre d’informations et est une preuve de la volonté de nuire à Mr Ramadan. Nous sommes dans de l’information bas de gamme de journaux people ou à scandale voulant polémiquer par tous les moyens sur quelque chose qui ne concerne plus l’affaire principale.

Une division volontaire ?

Encore une fois, la dangerosité de pointer du doigt un représentant de l’islam en train de «  fauter » servira sûrement aux journaux de « consommation rapide » de jouer de manière implicite sur l’image de l’islam en France. Ce qui n’ouvrira bien sûr aucun débat car l’origine de cette affaire ne concerne pas l’islam mais un individu comme vous et moi et qui bien sûr n’est à l’abri de rien.

Le message véhiculé est que le traitement d’une personne représentant l’islam sera différent de celui qui ne représente pas les religions. Ce message que tous perçoit implicitement, divise la France et crée des camps où certains se perçoivent rejetés d’une société variable.

Une amputation des droits fondamentaux.

Des droits bafoués malgré la bonne volonté de Mr Ramadan à se présenter volontairement à la police dès le début de l’enquête. Ni visite, ni appel, ni courrier et des conditions questionnables sur la compatibilité de sa sclérose en plaque confirmée par plusieurs médecins et cela depuis des années.

Cette maladie qui a été affirmée après 79 jours de détention, dont de nombreux en hospitalisation, par les médecins ordonnancés qui continuent de contredire les avis des précédents médecins sur la compatibilité de sa maladie avec les conditions de la détention.

Si c’est de cette manière que la justice française traite les présumés innocents, il y a de quoi se questionner sur son application. Ou est-ce un traitement spécial pour Mr Ramadan ? Nous n’avons pas vu ce traitement auprès des politiciens accusés de viol ou autre. (Rappel que Mr Sarkozy a effectué une demi-garde à vue depuis sa résidence).

Des incohérences

Depuis l'accès au dossier par LePoint nous avons un aperçu des incohérences dans les témoignages des plaignantes.

Pourtant cela n'empêche pas les médias de sous-entendre d’un changement de la défense et d’« une relation » non définie avec l’une des plaignantes « Christelle » dont le témoignage se contredit avec les investigations :

  • Christelle insiste sur un autre point : « Je me souviens qu'il y avait un couple dans une chambre qui s'engueulait. J'en suis sûre. » Les investigations menées par la police prouvent pourtant que les deux chambres voisines étaient inoccupées
  • C'est vers 5 heures du matin que Christelle aurait retrouvé ses vêtements et pris la fuite. Selon sa version des faits, elle traverse le hall, passe devant le personnel de la réception et prend un bus. Problème, comme viennent de le révéler les investigations : aucun des six chauffeurs en service ce jour-là, interrogés par la justice, ne se souvient d'une femme meurtrie, un talon manquant à une chaussure et demandant à voyager gratuitement puisqu'elle n'a pas de titre de transport.
  • Devant la magistrate, elle peine à établir la chronologie exacte de cette période : « Je buvais du rhum à ce moment, je vous le dis franco, donc il ne faut pas me demander des dates », assume-t-elle
  • Elle n'ira voir un médecin qu'un mois plus tard, qui lui prescrira un calmant contre les hémorroïdes. Sur le rapport médical, que nous avons pu consulter, le médecin urgentiste écrit que Christelle lui a fait part d'une « agression sexuelle ».

 

Dans une société où l’on veut avoir accès au plus vite à des réponses et où l’on prend l’habitude d’en faire un acquis, on se perd et on émet des conclusions hatives. La phrase : le temps judiciaire n’est pas celui des médias, est très juste. Patience et utilisons le bon sens pour ne pas être dans le jugement, ne pas s’appuyer sur des médias et articles de consommation de masse et prendre du recul lorsque tout est supposition.

Kevin Allagapen

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