Affaire Tariq Ramadan : La désinformation continue à propos du rapport genevois

Le rapport genevois diligenté par le conseil d’Etat de la République et du canton de Genève conclut qu’aucun élément objectif ne permet de soupçonner Tariq Ramadan des accusations anonymes proférées à son encontre. Comme à leur habitude dans cette affaire, certains médias travestissent volontairement les faits et relayent de fausses informations.

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Dans une ambiance de lynchage médiatique et d’acharnement judiciaire contre le  Professeur Tariq Ramadan, et suite à quatre accusations anonymes publiées dans le journal La Tribune de Genève, en novembre 2017, un rapport avait été diligenté par le Conseil d’État de la République et du canton de Genève. Deux experts indépendants MM. Quynh Steiner Schmid et Michel Lachat ont donc recueilli des témoignages concernant les faits qui se seraient déroulés dans “les années 90”. Tariq Ramadan était alors doyen et enseignant de français et de philosophie au collège de Saussure (lycée).

 Les conclusions de ce rapport sont très claires :  rien ne permet de prouver les accusations faites tant au professeur Tariq Ramadan, qu’à Martine Brunschwig Graf, actuelle présidente de la Commission fédérale contre le racisme. Elle dirigeait à l’époque le Département de l’Instruction Publique et a été accusée d’être restée inactive après plusieurs signalements présumés concernant Tariq Ramadan.

 Si le rapport vient donc mettre fin aux rumeurs et ne retient aucun élément objectif contre  Tariq Ramadan et Martine Brunschwig Graf, certains médias s’en sont pourtant emparés déformant sa teneur allant jusqu’à produire et relayer des « fake news ».

Ce que dit le rapport

 Les juges appellent à la plus grande prudence : s’ils prennent les témoignages au sérieux, ils les rapportent au conditionnel et parviennent à une conclusion très claire et sans équivoque : « aucun élément de quelque ordre que ce soit permettant de retenir à son encontre (Tariq Ramadan )  la moindre suspicion d’atteintes à l’intégrité sexuelle d’élèves  n’a été trouvé”.

 En conclusion de leur  rapport, les juges ajoutent que « les prétendues rumeurs sur un comportement d’abus sexuel de la part de Tariq Ramadan sur des élèves, notamment celles fournies par l’ancienne enseignante de l’École de commerce et relayée par la presse en novembre 2017, ne reposent sur aucun fondement sérieux tant elles sont colportées de manière confuse aussi bien sur la période concernée que sur leur contenu. »

 Ce rapport, un dossier de 50 pages, n’est pas une enquête à proprement parler. Il consiste en une compilation de témoignages, anonymes ou non. Il rapporte avec prudence et au conditionnel des faits remontant  à près de 30 ans.  Ces témoignages d’anciens collègues (dont aucun ne dit avoir été au courant) et d’anciennes élèves (dont les quatre élèves anonymes accusant le professeur et entre autre d’une autre qui affirme qu’elle n’a “à aucun moment observé un comportement déplacé de la part de Tariq Ramadan”) ont été recueillis pour répondre à deux questions : que savait-on du comportement dont est accusé aujourd’hui Tariq Ramadan et y a-t-il eu des dysfonctionnements au sein du Département de l’Instruction Publique. A la première question, le rapport répond que, au-delà de rumeurs, aucune note ni aucun fait objectif ne permet de remettre en question le comportement du professeur Tariq Ramadan. A la seconde question, le rapport note que Mme Martine Brunshwig Graf admet avoir menti à la presse lorsqu’elle avait affirmé qu’elle se souvenait qu’une enseignante l’avait appelée pour l’informer des faits. Devant les juges, elle s’est ravisée et a affirmé que cet appel n’avait en fait jamais eu lieu, qu’elle n’était pas au courant des accusations et qu’elle n’avait entendu que des rumeurs. (Radio Lac, 22 novembre 2018). Dans son article du Point (26 novembre 2018), Ian Hamel ment et fait dire au rapport exactement le contraire en affirmant que Mme Martine Brunschwig Graf aurait finalement admis avoir été au courant des accusations. A la seconde question, le rapport conclut donc logiquement qu’au vu des faits, il n’y a pas eu de dysfonctionnement au sein du Département de l’Instruction Publique

 Si cette conclusion est claire, certains médias ont pourtant  manipulé l’information en relayant notamment le contenu de l’article susmentionné du journaliste retraité Ian Hamel, souvent décrié pour son absence de déontologie  notamment dans le traitement du dossier Tariq Ramadan. On ne compte plus le nombre de mensonges et de fake news que le retraité a fait circuler à son sujet.

 Déformation, manipulation et dysfonctionnement médiatique

 “ Le rapport qui accable Tariq Ramadan” ont titré de nombreux journaux. S’ils disent tous y avoir eu accès, il s’avère que peu semblent vraiment l’avoir lu ou même consulté. Se contentant de citer des phrases sorties de leur contexte (toujours à charge bien sûr), ils ne font pas état de l’essentiel, à savoir de la conclusion qui disculpe non seulement Tariq Ramadan,mais également le Département de l’Instruction Publique genevois.

 Le journal Le Point a été le premier journal français à chercher à tromper ses lecteurs sur ledit rapport sous la plume de Ian Hamel. La quasi totalité des autres medias (Nouvel Obs, Libération, Europe1, Figaro, Le Parisien, etc.) se sont contentés de relayer ces mensonges sans aucun travail élémentaire de vérification. Il s’agit pour eux de poursuivre le lynchage médiatique, l’entreprise de diabolisation et de destruction de la réputation de Tariq Ramadan. Ils font écho en cela à la campagne de désinformation menée depuis une année par la journaliste Sophie Rosselli, de la Tribune de Genève, qui ose affirmer que les accusations contre Tariq Ramadan « sont confirmées par les deux experts » et que le rapport « fait froid dans le dos » (28 novembre 2018).

 « On continue à vouloir diaboliser Tariq Ramadan, on cherche à le détruire. Et plus les plaintes pour viol s’écroulent, plus certains cherchent à atteindre le professeur par d’autres voies. » confie une source proche du dossier.

 En conclusion, et à l’heure où les accusations de viols s’effondrent en France, on est en droit de se demander comment et pourquoi tous ces médias, à l’unisson et au même moment, rapportent des informations mensongères et, pourquoi, au gré d’un même accord tacite, aucun média n’a enquêté sur les trois plaignantes françaises dont les mensonges sont aujourd’hui avérés. L’affaire Tariq Ramadan révèle une double trahison de la déontologie journalistique : d’une part, des journalistes, dits d’investigation, rapportent des mensonges qu’ils ne vérifient pas et taisent, d’autre part, des vérités qui gênent leur parti pris idéologique. Ces medias et ces journalistes peuvent bien se présenter comme des journalistes  « libres et indépendants », ce que pourtant leurs articles nous servent jour après jour est un naufrage journalistique qui fait miroir au « désastre judiciaire » auquel nous assistons dans l’affaire Tariq Ramadan.

 

Alexandre David

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