La proportionnelle, souhaitée mais jamais mise en place…

François Bayrou a bien essayé de faire naître ce centre indépendant qu'il rêvait de voir arriver en tête, plébiscité par les Français, qui aurait pu rompre cette logique lors de la présidentielle (2007) mais n'ayant pas été au second tour, avec un score présidentiel néanmoins très honorable de presque 19%, il n'a eu que 3 députés (0,05%).

Puis il a en vain demandé l'introduction du scrutin proportionnel (au moins partiellement), qui permettrait de mieux représenter les courant d'opinion à l'Assemblée nationale et forcerait les partis politiques à faire des compromis sur des sujets et ainsi trouver des accords gouvernementaux. Il a prôné un référendum dès l'élection législative de 2012 pour y arriver, en vain. Hollande lui a même promis une évolution dans ce sens entre les deux tours de la présidentielle, mais n'a pas tenu sa promesse. A chaque fois lui est opposé le risque de donner plus de voix au Front national. Mais le risque à présent est que le Front national, devenant un des partis majoritaires, finisse par avoir plus de députés que sa proportion de voix, par l'effet du scrutin majoritaire ! Et que les Français élisent un président par défaut, le candidat arrivé derrière Marine Le Pen (Hollande ou Sarkozy) qui se retrouve en minorité gouvernementale, donc en cohabitation avec 30% de députés FN, 20% de son clan et 50% en opposition. Ingouvernable.

Cela dit le scrutin proportionnel a aussi un inconvénient qui est de donner le pouvoir aux partis, aux appareils politiques, qui désignent ainsi les candidats qui seront élus ( en tête de liste) grâce au score collectif du scrutin de liste. Or ceci a pour inconvénient les nominations de circonstance, qui permettent de recaser ceux qui ne peuvent plus être élus sur leur nom ou de préférer ceux qui sont adoubés par le chef ou un clan dominant. De plus, lorsqu'un parti ne représente plus clairement une ligne, car il est brouillé en son sein par des lignes qui s'affrontent, ce qui est le cas pour LR et aussi au PS, que ce soit sur l'Europe, sur l'économie, sur la vision de la protection sociale ou les sujets sociétaux, ce système de la proportionnel ne convient plus non plus.

La démocratie participative ? François Bayrou n’y croit pas…

C'est pourquoi j'avais proposé d'inventer un autre système : Rénover la démocratie, voter directement pour des idées !

Et dans un article précédent : Faire de la politique autrement, mais comment ?

J'ai remonté ces idées à François Bayrou, mais ce dernier ne croit pas beaucoup à l'efficacité de la démocratie participative. C'est très vite le bazar, comme le Modem en a beaucoup souffert lors de sa création, avec l'élaboration collaborative de ses statuts, charte et règlement interne en 2008. Des "ayatollahs" de la démocratie avaient toujours l'occasion de pinailler, de prétendre qu'on ne les laissait pas parler, que la démocratie n'était pas respectée. François Bayrou a reçu des huissiers envoyés par des militants qui opposaient un vice de procédure sur une convocation pour faire annuler un Conseil national. On a eu droit aussi au Chevalier Orange le vengeur masqué ! Il est vrai que parfois trop de démocratie tue la démocratie...

La démocratie participative est difficile à mettre en œuvre, il faut une méthode, une éducation et une implication forte des citoyens. Voter directement pour des idées sur internet peut aussi être dangereux quand on voit la crédulité, la fureur, l'emballement éruptif des passions sur les réseaux sociaux, qui peuvent être destructeurs. Et deux idées sans nuances peuvent être approuvées tout en étant contradictoires (préserver le niveau de protection sociale et réduire les cotisations sociales par exemple). On voit ce que donnent les résultats des sondages, selon la manière dont la question est posée.

François Bayrou croit plus en des personnalités qui se rassemblent pour montrer un cap et obtenir ensuite le soutien des citoyens :"La politique c’est du leadership et des volontés qui se rencontrent et qui se joignent. Il y faut aussi une organisation."

Quelle pourrait donc être cette forme nouvelle d'engagement politique, dépassant les partis, souhaitée par François Bayrou ?

Il avait récemment déjà déclaré qu'il soumettrait aux adhérents du MoDem une nouvelle idée pour sortir de la logique des partis, alors que le scrutin proportionnel n'est pas au programme. Si ce n'est pas voter directement pour des idées, pour un projet, ce pourrait être autre chose, en parallèle des partis, permettant néanmoins de fédérer sur un projet, un ensemble d'idées essentielles sur l'Europe, sur l'économie et la société.

Par exemple (j’imagine) que des élus et personnalités (quel que soit leur parti) signent une charte sur le fond, sur les idées essentielles qui les rassemblent avec un engagement solidaire de soutien entre ces personnalités en cas de primaires ou de second tour face à ceux qui n'auraient pas signer cet engagement, que ce soit à l'élection présidentielle ou législative. Les citoyens continueraient à voter pour ces personnalités (démocratie représentative), soutenant l'ensemble de ce projet.

Cela dit, cela ne résoudrait pas le problème qu’il est possible d’être majoritairement d’accord sur l’ensemble et néanmoins en désaccord sur quelques points. Par exemple, je suis majoritairement d’accord avec la vision de François Bayrou et d’Alain Juppé sur l'Europe, l'économie et la société, mais en désaccord sur la révision constitutionnelle intégrant l’Etat d’urgence et la déchéance de nationalité, que je ne soutiens pas. Je suis d’accord avec la nécessité de préserver une agriculture respectueuse de l’environnement et de la santé, du bien-être animal, préservant notre indépendance alimentaire, à un prix abordable, tout en assurant aux paysans de vivre correctement de leur travail, préservés des variations erratiques des prix du marché, tout en respectant un accord européen. C’est bien, mais il faut surtout dire comment faire…

François Bayrou est probablement en train de faire le tour de personnalités politiques, de différents partis et néanmoins proches sur le fond des idées pour proposer, échanger sur ce sujet. Il faut faire mûrir l'idée et qu'elle ait déjà des soutiens pour l'exposer aux Français. Elle ne sera peut-être pas celle que j'imagine, nous verrons.

François Bayrou évoque cette proposition entre la 16' et 16'30" :

François Bayrou, président du MoDem et maire de Pau, invité le 3 février 2016 de l'émission Territoires d'Infos sur Sud Radio et Public Sénat © Public Sénat

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.