Carnet de bord #8 : La poule, l'oeuf, Metaleurop... pression

Semaine du 21 au 27 novembre.

 

LUNDI 21 NOVEMBRE


MARATHON BUDGETAIRE
Le zèle de ma commission à agir sur la partie recettes du budget me conduisait à assurer la défense de quelques amendements, durant cette séquence où seule la commission des finances rend des avis favorables ou non sur les amendements. David Assouline les présentait.
C'est ainsi que nous sommes parvenus à faire voter:
- la baisse de TVA pour la presse en ligne, afin qu'elle soit au même niveau que la presse papier.
- une taxe sur le montant de la revente de chaîne de TV qui aurait été attribuée par le CSA, et dont le propriétaire se délesterait espérant une affaire juteuse.
- un allègement pour les jeunes entreprises innovantes ( pour le secteur des créations nécessaires au cinéma d'animation et aux jeux vidéos).
En revanche, trouver des recettes pour l'audiovisuel public en fixant une redevance pour les récepteurs TV des résidences secondaires, ne fut pas possible. Cette initiative de D.Assouline avait certes reçu l'approbation de la majorité de gauche de la commission, et même des centristes, mais en séance publique il en fut tout autrement.
Si l'auteur avait toute faculté de battre en retraite devant l'échec programmé, présidente de la commission, mandatée pour défendre l'amendement, je devais aller jusqu'au bout.
J'ai plaidé que le peuple, soumis à la rigueur, attend que ce soit ceux qui ont des moyens qui paient. Qu'il y a, en France, 3 millions de résidences secondaires dont 800 000 à Paris. Que le prix moyen d'acquisition est de 150 000 euros, et que cela ne coûterait au propriétaire que 123 euros par an... Période électorale oblige, nous ne fumes que deux, un communiste et moi pour approuver cette initiative, qui fut rejetée massivement.
Ma présence en séance publique pour ces amendements culture me conduisit à suivre d'autres sujets au fil de la liste ordonnée des débats, dans lesquels les sujets se croisent au gré du type de taxes allégées ou ajoutées.
Cela me donna la chance de défendre notre proposition de fin d'avantages excessifs pour les agrocarburants, et en plus de la faire voter. L'enjeu est quand même de 200 millions d'euros !!!
Ces carburants issus de cultures consomment en effet du pétrole et des pesticides pour leur production, et n'ont de "bio" que le nom.
De plus cette forte consommation de terres arables pour produire des carburants, finit par faire monter le coût des vraies cultures alimentaires, et les céréales atteignent de tels prix que les peuples du Sud frôlent les famines.
Nous eûmes aussi un très long débat sur la taxe sur les flux financiers: au départ tout le monde était d'accord, mais une fois que le ministre Lelouche eut dit qu'il préférait qu'il n'y ait pas vote, le sénateur de droite Cambon qui parlait au nom de la commission des affaires étrangères battit en retraite, puis des centristes.
L'argument était que le Président Sarkozy y veillait, qu'il fallait attendre une négociation internationale.
La gauche tint bon. Si on avait attendu que tout le monde soit d'accord pour interdire les mines anti personnelles, ou pour promouvoir les lois sociales, nous n'aurions encore rien fait!
La taxe fut votée.
BREVES DE BUDGET ... DROLES DE REGLES
Au cours du débat sur la taxe Tobin, tout le monde se disait pour, mais la droite pensait que ce n'était pas le moment, qu'il valait mieux attendre un consensus international.
Pour en finir avec ses échanges, et rassurer ses amis sur la portée d'un tel vote, le Président Marini, de la commission des finances, déclara:
"Nous sommes, il est vrai, dans la discussion d’un projet de loi de finances, mais, mes chers collègues, nous avons déjà voté beaucoup d’amendements dont nous savons qu’ils ne figureront pas dans le texte définitif de la loi de finances. Nous pouvons en tout cas le présumer, avertis que nous sommes du jeu normal des institutions et des majorités. Par conséquent, un amendement de plus, est-ce vraiment si grave ? (Rires dans diverses travées.)
Je ne pensais pas provoquer l’hilarité ! Mais, quoi qu’il en soit, ce sera vu de l’extérieur comme étant l’équivalent d’un vœu ou d’une résolution."
TUEURS DE SERVICE PUBLIC?
Alors que nous débattions de la pertinence d'une redevance TV pour les résidences secondaires, nous avons eu droit
- aux quolibets du Ministre Lelouche : " On pourrait même inventer une taxe kilométrique sur l'Ipad en fonction des émissions regardées en voiture."
- à la déclaration ultralibérale d'un sénateur UMP:
M. Philippe Dominati. “Autant le précédent amendement de M. Assouline, sous réserve d’une question de tempo, allait dans le sens de l’histoire,…”
M. Philippe Marini, président de la commission des finances. “Soyons prudents, mon cher collègue !”
M. Philippe Dominati. “… car il ne faut pas créer un déséquilibre trop flagrant entre la presse imprimée et la presse numérique pour un même contenu – j’ai d’ailleurs noté une différence d’appréciation entre le Gouvernement et la commission des finances sur un taux de TVA intermédiaire –, autant cet amendement est archaïque.”
M. Yves Pozzo di Borgo. “Bien sûr !”
M. Philippe Dominati. “Il est archaïque, monsieur Assouline, parce que la redevance et l’audiovisuel public tels que vous les concevez appartiennent, à mes yeux, au passé. Nous avons l’un des secteurs publics audiovisuels les plus importants des pays développés. Actuellement, on trouve plus de chaînes de télévision sur une mosaïque de programmes que de boulangeries dans un rayon de 5 kilomètres !
La réforme de l’audiovisuel public récemment mise en œuvre sous l’autorité du Président de la République a été trop généreuse, de mon point de vue, parce qu’elle n’a pas adapté le périmètre actuel.
À Shanghai, l’hôtel d’une grande chaîne française dans lequel j’ai séjourné récemment ne recevait toujours pas France 24 ! Pourtant, on continue de payer : on empile les chaînes de l’audiovisuel public sans profiter du service !
Les chiffres sur lesquels on a bâti l’équilibre de la loi relative à la communication audiovisuelle et au nouveau service public de la télévision se sont tous révélés faux. Vous oubliez de mentionner que la redevance devait être établie concomitamment à la suppression totale de la publicité. Or celle-ci demeure dans la journée.
Tout le monde s’accorde à reconnaître que, pour l’instant en tout cas, l’audiovisuel public n’est pas en danger financier par rapport à la concurrence.
L’amendement précédent se fondait sur la concurrence ; celui-ci se fonde sur le monopole. Votre vision du monopole dans le secteur de l’audiovisuel me semble vraiment archaïque. C’est pourquoi je comprends parfaitement l’attitude de Mme la Présidente.” (Mme Catherine Procaccia et M. Yves Pozzo di Borgo applaudissent.)


DROLES DE MOEURS
Lors des séances budgétaires sont appelés de nombreux amendements ..... Dont aucun signataire n'est présent : résultat: malgré un affichage de chaleureux soutien à telle ou telle cause, et un engagement des dits sénateurs à " faire quelque chose pour vous ", l'amendement se solde par la traditionnelle parole du Président de séance: "il n'est pas défendu".
Restera alors à l'auteur le choix de dire qu'il n'était pas là, ou que l'amendement n'a pas été voté, ce qui est juste, mais ambigu.


MERCREDI 23 NOVEMBRE


MATISSE CEZANNE PICASSO 8 HEURES MATIN
C'est bien tôt pour aller au musée, mais c'est la seule solution.
Le Grand Palais l'a bien compris et ouvre pour une vingtaine de parlementaires les salles de l'exposition STEIN!
C'est un privilège.
La famille STEIN a acheté sa vie durant les oeuvres de ces trois peintres, qui étaient devenus des proches.
Riches, américains collectionneurs et non spéculateurs, ils accumulaient sur les murs de leur appartement parisien les tableaux qui les avaient séduits.
Pour trouver les sommes nécessaires à un nouveau coup de coeur, il leur arrivait de vendre certaines des oeuvres précédemment acquises.
De tableau en tableau, nous voyons des couleurs se renforcer, des traits s'accentuer, et de Picasso à Cézanne, le premier à franchir le pas d'une représentation éloignée du simple figuratif n'est pas celui que l'on croit.
La photographie, et aussi les portraits réalisés par les peintres, permettent en plus de découvrir les visages de Léo et Gertrude. Cette dernière, solide femme active, tombe amoureuse de sa secrétaire, et ses derniers portraits la montrent en pantalon, cheveux très courts, avec un visage qui interroge sur son genre.
Cela choque un de mes collègues, que j'entends dire à son voisin: “quel scandale, et dire qu'elle avait tout pour être heureuse!”
Allez Messieurs, encore un petit effort d'ouverture d'esprit.
10 HEURES: RAPPORTS BUDGETAIRES EN COMMISSION
Ce jour deux rapports pour avis sur le projet de loi finance sont examinés au sein de la commission de la culture de l’éducation et de la communication:


Ces deux rapports ne sont que des rapports pour avis. La commission des finances, elle, établit des rapports spéciaux.
Le rapport sur l’enseignement scolaire met une évidence en lumière. Le budget présenté table sur le non remplacement des fonctionnaires partant à la retraite. Il prévoit la suppression à la rentrée 2012 de 14000 emplois :
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  • JEUDI 24 NOVEMBRE


    FUGUE A LILLE
    L'agenda parisien est si exigeant que je vis presque avec culpabilité mon choix de rester ce jeudi sur Lille.
    Pourtant là aussi il y a du travail: du courrier, des demandes de rendez-vous, mais aussi des dossiers plus complexes en attente.

    POULE ET OEUF
    Par exemple ces éleveurs de poules pondeuses en faillite parce qu'un contrôle inopiné de la direction des services vétérinaires a révélé un taux anormal de PCB dans les oeufs.
    Résultat: une cessation d'activité, l'obligation de faire incinérer à leurs frais poules et oeufs.
    Je me suis battue pour qu'ils obtiennent quelques soutiens sociaux, mais aussi pour que des prélèvements fassent la vérité sur l'origine du PCB.
    Beaucoup de temps à passer, d'inerties et de mauvaises volontés à combattre. Un Préfet qui déclare d'emblée: "Ca ne peut pas venir de l'incinérateur!"
    A ce jour les analyses sont faites, mais je n'ai toujours pas les résultats. Je les obtiendrai. Je sais que mon statut d'ex présidente de Région comptera pour la DREAL, service de contrôle de l'Etat. Tout comme mon statut d'ex rapporteure sur la pollution qui avait auditionné Monsieur Laflèche, aujourd'hui Directeur de l'INERIS, me permettra de le contacter plus vite.
    L'INERIS est un institut d'expertise sur les risques industriels.

    METALEUROP suite... Suite.... Suite....

    Le vendredi 28 octobre j’avais reçu les représentants de l’association ACED qui portent un projet de site de culture scientifique.

    pour avis" en quelque sorte consultatifs.


    Au moment des amendements, c'est le double choc des cultures:
    - politique d'abord, où droite et gauche s'opposent presque mécaniquement
    - politique ensuite mais d'une autre façon, quand les avis de la commission culture s'opposent aux ponctions sur l'audiovisuel public par exemple, tandis que la commission des finances, droite et gauche confondues, trouve légitime en ces temps de rigueur de donner suite à ces diminutions de budget.

    Nous reproduisons au Parlement le dialogue truqué qui se passe entre Bercy et les ministères.
    Et le ministre F.Mitterrand tient la barre de restrictions qui lui ont, hier sans doute, été imposées par les finances.

    Les débats sont vifs, argumentés, on y apprend beaucoup. Certains y révèlent des talents d'orateurs, certains se révèlent eux même:

    soit, plus prudemment, émettre un avis défavorable sur l’amendement n° II-129 rectifié, compte tenu de la nécessité à la fois d’éviter qu’un crime ne se déroule dans les heures qui viennent et de préserver – c’est un peu plus sérieux ! – un équilibre extrêmement fragile, pour lequel nous nous sommes tellement battus. Il ne serait vraiment pas sage de revenir dessus.

    Le Gouvernement est donc défavorable aux amendements nos II-129 rectifié et II-103 {NDLR, reventilation de crédits -5 millions - provenant de France Télévision au profit d’Arte, Radio France, Contribution au financement de l’action audiovisuelle extérieure et de l’INA,}

     

    En dehors de ce type de curiosité, les débats sont passionnants. Mais ils sont aussi surréalistes, puisque nos vertueuses améliorations se feront détruire par l'assemblée nationale dans les jours qui viennent et elle aura le dernier mot.
    Puisqu'aussi est déjà annoncé un PLFR projet de loi de finances rectificative, traduisant en de nouveaux chiffres la rigueur accentuée.



    A trois heures du matin, nous levons la séance, fatigués, saoulés de chiffres et de paroles. Frédéric Mitterrand a fini le débat le pull sur la veste noué autour du cou pour lutter contre un mauvais courant d'air. Chacun récupère ses affaires, un cache nez froissé écrasé depuis des heures sous le postérieur de son propriétaire, un sac tombé, un dossier effeuillé.
    Nous ne sommes plus qu'une quinzaine. Le ministre se lèvera à cinq heures, il va au forum de Libération débattre avec Umberto Ecco puis aux obsèques de Danielle Mitterrand, drôle de vie.

    ARTS PLASTIQUES MAC 2000 : Une exception quand même à cette cure d'immobilité: un saut rapide porte de Champeret pendant un budget qui n'était pas de ma responsabilité en début d'après-midi.
    Sur demande d'Hervé Bourdin, l'organisateur, c'est en dernière minute que se décide le déplacement. Et je ne regrette pas, 125 exposants, artistes sur place, une grande diversité, beaucoup de talents, un public amateur au sens d'aimer ce que l'on vient voir, sans aucune tenue à distance de ceux qui ne sont pas initiés au langage de l'art contemporain.
    Je me souviens de cette remarque d'un lecteur sur mon blog après mon soutien aux arts de la rue, qu'il considérait comme des privilégiés. Sur place, je consulte les peintres, les sculpteurs, les divers plasticiens: tous sont unanimes, pour eux c'est la galère, et leur survie au quotidien tient souvent à un conjoint, ou un autre métier.

    Bref. 3 heures du matin. Je rentre à mon studio, avec mon chauffeur. Les rues sont encore animées, cela me rassure pour rejoindre mon passage sombre. Les gens qui n'ont plus de logement ont déjà fait une bonne partie de leur nuit sur le trottoir, visage enfoui, corps en chien de fusil, maigre bagage sous la tête ou sous les pieds.

    SAMEDI 26 NOVEMBRE


    Couchée sur Paris à 3 h 30, je n'assisterai pas au lancement du PLAN BOISEMENT de la région nord pas de calais, initié par notre vice président à l'environnement Manu Cau.
    C'est sur l'aéroport de Bondues, près de Lille que sont médiatiquement donnés les premiers coups de bêche pour planter de jeunes arbres.
    Les zones abandonnées ou libres ne manquent pas pour verdir notre territoire. Le lancement est accompagné par des vedettes locales.
    Bonduelle, fondateur des conserveries du même nom, et acteur économique incontournable est venu en soutien.
    Denis Cheyssoux de France Inter est aussi venu pour l'émission CO 2 MON AMOUR.
    Comme je ne peux être là à temps, quelqu'un lit à la tribune un texte que j'ai écris avec sincérité, convaincue qu'il ne passerait pas la barre des organisateurs, parce qu'il relatait un développement peu responsable.
    Le soir hélas, sur France 3, un curieux parti pris relate le sujet en donnant prioritairement la parole aux agriculteurs qui craignent de perdre des terres agricoles avec ce plan boisement. Dommage.
    WEEK END enfin: les intouchables au cinéma, et un ballet brésilien au Colisée de Roubaix, GROUPO CORPO.

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