Carnet de bord #4: différences de gouvernance

Lundi 24.10. Départ tôt le matin pour aller à l'autre bout du Pas de Calais, dans le centre pénitentiaire de Longuenesse. Les parlementaires ont le droit à tout moment de visiter les lieux de privation de liberté: prisons, postes de police, centres de rétention de sans papiers.

Lundi 24.10. Départ tôt le matin pour aller à l'autre bout du Pas de Calais, dans le centre pénitentiaire de Longuenesse. Les parlementaires ont le droit à tout moment de visiter les lieux de privation de liberté: prisons, postes de police, centres de rétention de sans papiers. C'est ma première visite depuis la rentrée: les contacts pris avec l'Observatoire International des Prisons permettent de poser les bonnes questions.
La CGT a pris l'initiative d'annoncer à la presse ma visite, et le Directeur m'accompagne. La prison est propre par rapport à d'autres visitées par le passé, mais les cellules sont surchargées: trois par chambre de deux lits superposés, donc un matelas au sol, et chaque mouvement de l'un gêne l'autre.
Cela génère inconfort et tension: la dignité humaine n'est pas respectée. Au centre médical j'apprends l'énorme dépendance aux drogues: 184 addictions à l'héroïne. Les surveillants se plaignent de manque de respect croissant, d'agressions orales et physiques, d'effectifs limités.
Le médecin dit que ce qui manque le plus aux prisonniers, c'est un temps de pause, et de calme pour se retrouver, réfléchir, faire le point.
De toute manière, dans la prison, on récolte les effets de cette politique ultra libérale de Sarkozy: destruction de tout ce qui fait lien et solidarité, puis politique répressive, et marchés juteux de prisons à construire, avec en plus à la clef des marchés pour SODEXHO qui assure les "cantines". Ces "cantines" sont l'ensemble de marchandises qu'achètent les détenus, sans bénéficier d'aucun avantage lié à leur précarité. A l'inverse, les quelques heures de travail qu'ils exécutent ne sont pas payées au tarif réglementaire: c'est ça ou rien, dit le prestataire!
En dehors de cas remarquables: un gamin de 13 ans et demi a été emprisonné quelques temps au quartier des mineurs, un érythréen, des vietnamiens, un égyptien, bloqués par la langue, ne peuvent converser avec personne. On me cite aussi un "people" isolé, qui est en préventive , de l'affaire lilloise du Carlton, hôtel qui contribuait à un réseau de prostitution de luxe. Cette affaire qui a éclaté il y a quelques semaines me rappelle que j'avais interpellé il y a longtemps un préfet et le ministre de l'intérieur, sur le scandale de voitures à immatriculations privilégiées, visiblement conduites par des hommes qui vérifiaient "leurs" prostituées.

 

Mardi 25 octobre

Départ tôt de Lille pour tenir une promesse faite au CRAP (Cercle de Recherche et d'Actions Pédagogiques) qui organise les Assises de la Pédagogie.
Quand j'ai dit oui, je ne savais pas que mon agenda serait aussi chargé. Mais un engagement, c'est un engagement.
Des militants compétents et actifs de la commission éducation de EELV m'ont fait parvenir plein de documents passionnants, dont je vais me nourrir.
Le thème de la table ronde « Plus d'autonomie et d'ouverture : plus de justice et d'efficacité ? » m'inspire aussi des comparaisons avec la problématique de la décentralisation de la gestion du TER que j'avais pilotée en tant que Présidente de la région Nord Pas-de-Calais. Je m'étais affrontée à cette difficile problématique de rester fidèle au service public, tout en décentralisant, sans prendre le risque de dériver vers la privatisation. C'est le travail avec les cheminots, les usagers, et la collectivité qui m'a permis de faire définir l'intérêt général revisité: résultats: un service public avec des horaires mieux adapté, des cheminots rassurés, des usagers beaucoup plus nombreux, et des emplois créés par les commandes de trains sur Valenciennes.
Cependant l'expérience généralisée à toute les régions amène à des postures que je ne partage pas, comme l'Alsace qui lorgne vers d'autres prestataires que la SNCF. On commence comme cela, on met en concurrence, on prend le moins cher, et on finit par avoir des accidents comme en Angleterre.
Quant à l'ouverture des établissements, il est effectivement temps de faire sortir les élèves (avec moins de tracasseries) et de laisser entrer les artistes, les acteurs de l'éducation populaire, les parents...
Hélas, dans le Grenelle façon Darcos, piloté par Monsieur Brégeon, on a "vendu" l'entrée possible de Ecole et Nature" contre l'entrée possible de Véolia et AREVA. Cherchez l'erreur! Et comme mesure de prudence, il n'était édicté que l'importance de ne pas admettre l'obligation pour les gamins de ne pas porter les tee-shirts de la marque!
Je reste convaincue que le prétendu mécénat qui soutend certaines interventions privées, est un entrisme non souhaitable. Dès lors que le privé devient co-financeur, il devient co-décideur: regardons ce qui se passe avec les riches amis des créationnistes qui financent des universités aux USA et finissent par interdire Darwin.

 

13 heures: bureau de notre groupe politique écologiste

On y parle de nos moyens et donc des embauches des collaborateurs. Ce ne sera vraiment pas du luxe d'avoir un ou une secrétaire générale et, en plus des assistants de chacun, quelqu'un de spécialisé sur le budget.

 

Après-midi : Audition en Commission du Directeur de l'Enseignement Scolaire du Ministère

Lire ICI le compte rendu de l'audition

Globalement, le représentant de l'Etat bat en retraite: le terme "enfants à risque" viendrait d'une fuite, il n'est pas repris par le ministre, ce n'est qu'un outil qui serait mis à disposition , ce n'est pas obligatoire, c'est fait pour aider, pas pour classer etc...
L'homme a plutôt l'air embarrassé de devoir habiller les propos du Ministre.
Les interventions sont riches, sur tous les bancs, et je suis contente que, malgré l'absence de vote, les sénateurs présents soient nombreux.
16 h 30, Réunion des présidents de commission et des responsables de la commission des finances en prévision du budget.

Je reçois le président de l'UPFI (Union des Producteurs Phonographiques Français Indépendants), Stéphane Bourdoiseau.
Il plaide pour l'initiative de créer un CNM (Centre National de la Musique), à la manière du CNC (Centre National du Cinéma) pour soutenir la création musicale. Cet organisme serait alimenté par une taxe sur les fournisseurs d'accès internet, car ils diffusent très largement de la musique.
A l'heure où le gouvernement veut plafonner les recettes du CNC, assises sur les mêmes bases, il est curieux que le gouvernement ouvre d'autres fronts. Et il est une fois de plus désagréable de voir qu'une association de préfiguration est installée sans que le parlement soit consulté.

19 h

Il faut organiser les prises de paroles du marathon budgétaire qui se déroulera jour et nuit entre le 16 novembre et le 6 décembre. Et il faut gérer l'accroissement du nombre de rapporteurs budgétaires: pour nous, en culture, nous sommes passés de 14 à 17, après demande des socialistes, avec une majorité de rapports pour la gauche. La présidente des affaires sociales a tenu le nombre, mais a tout gardé pour la gauche. Le président des affaires économiques a tenu bon et en est resté au nombre initial. Le président de la commission des lois a tout doublé pour satisfaire droite et gauche. Il est intéressant de découvrir ces stratégies très différentes, pilotées par des présidences de gauche, fruit d'une non concertation, mais aussi de nos différences d'appréciation sur la gouvernance.

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