Carnet de bord #26 : Orchestres et pesticides.

JEUDI 22 MARS

SACEM FUTURE
Il a de la chance Monsieur Tronc, futur directeur de la SACEM, qui dispose de quelques mois pour cerner les enjeux et rencontrer les partenaires.
Je lui donne les deux occurrences qui ont mobilisé notre commission sur les sociétés de perception et de répartition: le débat DAVSI - HADOPI et l'audition de la commission chargée de contrôler la gestion de ces sociétés. Je lui dis les fortes attentes des élus: clarification de toutes les sociétés satellites de répartition, diminution des frais de gestion, meilleure traçabilité du retour aux artistes, mobilisation de l'argent stocké, plus grande lisibilité et rapidité de l'aide aux projets artistiques issue des rémunération de la copie privée (qui vont encore s'accroître).
La discussion est franche, il ne dissimule pas sa sympathie socialiste, j'en profite pour l'interroger sur son arrivée chez ORANGE, après avoir contribué à la définition du taux d'émissivité des antennes relais: il nie absolument cette contribution et se plaint de cette calomnie qui le poursuit depuis des années. En revanche il dit ses sympathies passées avec Philippe Aigrain (quadrature du net) et Richard Stallman...
Peut-être pourra-t-on enfin demain travailler sereinement à une autre manière de rémunérer les créateurs...

ET LES ORCHESTRES...

ACCORD MAJEUR regroupe 300 structures, dont l’AFO (Association Française des Orchestres), France Festivals, Futurs composés...
En deux heures trente de travail et deux rendez-vous, nous échangeons sur la place des concerts dans la culture, dans la cité, l'incertitude sur les moyens à venir, la nécessaire pérennité de l'emploi artistique pour que les  musiciens soient soient dans l'orchestre un groupe permanent.
85% du budget allant aux ressources humaines, tout gel de budget (6% cette année) ou amputation des subventions frappe l'action artistique. Or la programmation se confectionne deux voire trois ans à l'avance.
Ensuite nous abordons des questions plus techniques: la qualité acoustique des salles et le problème des polyvalentes qui ont été construites sans attention spécifique à la musique, la diversité du statut des musiciens, le peu de perspective d'évolution de leur carrière, l'enseignement artistique, la médiation culturelle, l'ouverture de l'école.
Sur beaucoup de points nous sentons des valeurs communes.rjTPoEN5mPTX6UYuEE7A6ys034DgtoeeIwE0o4YLDymFjKXrsd1XdQtvD7VT5HiNaWUsDUeIYA-fn_uL_yyw1Durc0XfgXnLCv-QlPLYeqdM1UrMbSs


Vendredi 23 Mars PESTICIDES

Les socialistes ont utilisé au Sénat leur possibilité de commission d'enquête pour mettre les pesticides au débat.
Me voici invitée pour être auditionnée, dans le cadre de leur commission, je peine à savoir ce qu'ils veulent, n'ayant pas reçu de convocation écrite.
Je prépare donc un exposé, avec montage de tableaux et de diapos à l'appui, en m'appuyant sur une intervention que j'avais faite à Sciences Po Paris dans un cursus de chimie.
Mais en arrivant dans la commission, je découvre un tout autre format, fort intéressant d'ailleurs: ils veulent entendre tous les rédacteurs de l'OPECST (0ffice parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et techniques) qui ont défriché le sujet. Moi pour les polluants domestiques et la veille et protection sanitaire, Monsieur Etienne pour le fameux et scandaleux "Pesticides et Santé", Madame Procaccia pour son rapport sur le "Chlordécone aux Antilles" et enfin Monsieur Barbier pour son rapport sur les "Perturbateurs endocriniens"
Nous racontons chacun la méthode de l'office, les axes de nos rapports, les préconisations, et leur (pauvre) devenir.
Le Professeur Etienne qui sait ma colère contre le rapport qu'il a cosigné, dédouanant honteusement les pesticides, se désolidarise d'emblée du contenu de son rapport et de son co rédacteur, qui n'avait pas le même point de vue. Il se réfugie dans les incertitudes de la connaissance académique des conséquences sanitaires.
Je donne à la Sénatrice Bonnefois un texte critique que j'avais fait paraître en réaction à cette vision:

Un article de Rue 89 se titre d’ailleurs “L’invraisemblable rapport parlementaire sur les pesticides”

Pour ma part j'insiste sur la nécessité de ne pas s'enfermer dans des auditions convenues, où s'imposent toujours les lobbies, plus ou moins déguisés. Je leur suggère de fouiller l'obsolescence de la notion de seuil ( stupide en matière de perturbateurs endocriniens, pour lesquels une infime quantité peut causer des dégâts maximum pour peu qu'elle intervienne sur un organe en formation). Je leur propose de regarder l'intérêt d'associer l'expertise d'usage à la recherche, en prenant le cas des apiculteurs, et leur remet une liste de suggestion de personnes à auditionner.
27 … Ils sont 27 à avoir joué des coudes pour être membre de cette commission.
Mais ce jour là, il y a la Présidente, Madame Primas, la rapporteure, Madame Bonnefois, et seulement deux autres sénateurs...

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.