Carnet de bord #17: Pierre Mauroy

Dimanche 29

Pierre Mauroy
Grande cérémonie qui mobilise une matinée. Je suis là parce que je m'associe à cet hommage à un politique qui fut de gauche, et fut poussé dehors par la conversion de Mitterrand à la rigueur.
Même si localement le goût de la ville pour le béton, les ronds points et les autoroutes sont déconcertants.
L'opéra est plein, des élus, sa famille, des artistes, des Lillois.
C'est d'abord la projection d'un film sur sa vie, conçu par Fleisher.
On y comprend une fois de plus combien toute sa vie fut une extraction de la campagne. Le pays des pâtures, où il est né, ne semble avoir eu qu'un mérite: lui donner envie de la ville, de construire la ville.
Dans le long dialogue, chaque lueur dans ses yeux est associée à un grand projet: le TGV, le tunnel, Euralille, mais aussi la place de Lille, les HLM, et l'émerveillement devant Paris.
Martine Aubry dans son discours revisite ce parcours, reprenant de belles réalisations de gauche du premier gouvernement du Président Mitterrand. Elle marque une pause pour rappeler qu'en politique, il ne faut jamais oublier l'amitié.
Mais le portrait reste celui du bâtisseur. Et s'il fut rappelé quelques efforts de démocratie participative, pas un mot de l'innovation d'associer des écologistes, et de verdir... Un tout petit peu.
Puis c'est le discours de Pierre Mauroy: le géant est toujours aussi imposant, mais ses pas sont plus hésitants. Son discours est en revanche très fidèle,mêlant politique, anecdotes de la vie politique, et convictions. Nous revisitons donc les préliminaires du tunnel avec Margaret Thatcher, le tracé du TGV qui fut tiré vers Lille au lieu d'Amiens, lu tribune tertiaire d'Euralille et son passage à vide pendant la crise immobilière. Ses aménageurs sont les rares noms cités. Il tutoie Martine Aubry dans son discours alors qu'elle l'a vouvoyé.
Lui aussi parle de démocratie participative, de comités de quartiers.
Enfin il parle de l'internationale socialiste, de Willy Brandt, de Nelson Mandela, de Zao Ziang.
Puis il remercie tous ses amis socialistes. Et la presse qui “l'a toujours encouragé”
Mauroy a 84 ans. La voix est un peu hésitante, la démarche fragile.
Tonnerre d’applaudissements, debout, les spectateurs ne cessent pas, comme s'ils savaient que les occasions d'entendre Pierre Mauroy en public seront très rares désormais.
Concert de Casadesus, celui que Mauroy fit venir tout jeune chef d orchestre quand il choisit la culture pour donner une image à la Région naissante, dans les années 75, sous forme d'établissement public.
Carmen de Bizet, symphonie du nouveau monde de Dvorjak et fin en claquant dans les mains pour accompagner la marche de Radetzski de Strauss comme à Vienne!
“Les morceaux que vous aimez” a dit Casadesus à Pierre Mauroy.
Buffet: je me sauve.

Lundi 30 janvier

ADEQUATION est une ONG qui travaille en faveur de l’intérêt général, contre le poids trop important des lobbies et leur entrisme dans la décision publique.
Je les accueille une nouvelle fois: le thème de cette année est la préparation de Rio +20 et le questionnement de l'économie verte.
Cette année, parmi les intervenants, il y a Suzan Georges, et aussi Robert Lenglet, ce journaliste mobilisé contre la corruption des élus.
J'ouvre  leurs travaux:
Nous sommes tous sur un même bateau, une unique planète, et au delà de la compassion des uns pour les plus pauvres, ou de l'exigence de justice, il faut faire admettre à tous que les sorts des uns et des autres sont intimement liés.
Je leur dis que j'ai changé de 'métier' et que je dis modérer mon investissement dans mes combats d'hier pour la sécurité sanitaire, au profit de ma nouvelle présidence de la commission culture. Les lobbies y sont aussi très actifs, et faire valoir l'intérêt général occupe à plein temps.
Le nouveau Sénat de gauche va vers plus de transparence (déclarations d'intérêts) et de sobriété(réduction des moyens). Nous y contribuons plus que d'autres: désormais je partagerai chauffeur et voiture, d'une part avec Jean-Vincent Placé d'autre part avec le pool.
Sur l'économie verte, je leur rappelle le green washing du Grenelle, toute cette publicité pour la voiture- chaque constructeur y étant allé de son appellation mensongère- pour finalement favoriser les moins consommatrices, donc les diesels polluants émetteurs de dangereuses fines particules.
Je leur raconte mon combat. Enfin victorieux, contre l'appellation biocarburants. Le 'bioéthanol' de betteraves par exemple repose quand même sur l'utilisation de pesticides comme le Temik sinistrement célèbre pour la catastrophe de Bhopal.
Mais c'est une victoire à la Pyrrhus puisque l'Assemblée nationale, qui a le dernier mot, est revenu sur cet acquis.
Loin de l'absurdité de la croissance verte, qui veut augmenter le PIB et se moque des impacts globaux et de la redistribution des richesses, on peut essayer de construire une économie plus respectueuse des gens et de la planète, en commençant par baisser les émissions de gaz à effet de serre.
Investir est fondamental pour ce faire, dans le logement responsable et les emplois verts: un million de chiffre d'affaires dans le pétrole, c'est 3 emplois. Dans l'économie verte, c'est 16 emplois!
Enfin, après la bien pensante réflexion, c'est notre confort que l'on achète en exploitant le sud. Il nous faut aussi réfléchir aux liens entre ce qui nous arrive et ce que nous avons choisi. Pas d'Amoco Cadiz sans notre boulimie de pétrole et notre incapacité à garantir un statut digne des marins.
Pas de trou dans le budget de la sécu, et de promesse de rigueurs injustes, sans notre tolérance à la mal bouffe, aux intrants de l'agriculture intensive, fabriqués par ces mêmes firmes qui produisent les molécules de nos médicaments!
Pas de crise insoluble sans notre incapacité à penser et investir démocratiquement l'Europe....

Le premier intervenant, Yiorgos Vassalos dénonce l'emprise des banques et des patrons de grandes entreprises sur les plans d'austérité: augmentation de la durée du travail dans la vie, réduction de droits sociaux. On retrouve leurs propositions dans la bouche des dirigeants des pays. L'écoute complaisante de la Commission européenne est le fruit du travail des lobbies: les gouvernements s'empressent de proposer une baisse des 'charges sociales'.

La crise est revisitée par ces entreprises qui n'ont de cesse que de désigner comme coupable le secteur public, l'évolution des salaires, les conventions collectives. Des mesures contraignantes européennes viennent maintenant encadrer l'action des Etats, y compris en leur demandant de soumettre au 15 novembre leur proposition de budget, et de contenir leur deficit structurel.

La majorité qualifiée inverse est utilisée pour cautionner les perspectives de sanction.

Depuis 2008 les marchés, responsables de la crise, ne se sont donnés aucune nouvelle contrainte. Et les mauvaises recommandations des marchés à l'UE sont toujours écoutés. Comme il vient de Bruxelles, il raconte en plus la grève générale qui frappe la Belgique.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.