Carnet de bord #28 : Donner la parole aux générations futures

Samedi 31 Mars

DONNER LA PAROLE AUX GENERATIONS FUTURES

Si le sujet est la démocratie participative des jeunes, le catalogue des initiatives vertueuses, dont la dimension n'est vraiment pas à la hauteur de l'enjeu global, risque d'être fastidieux.
D'ailleurs avant d'inventer de nouveaux dispositifs, il faudrait commencer par revisiter la démocratie à l'école, le sort fait aux délégués de classe, ou à ceux qui s'engagent pour gérer la Maison des lycéens. Souvent engagés dans un simulacre de représentativité, ces jeunes se trouvent à essayer toutes les dérives du système des adultes: campagne éclair où les bons mots l'emportent sur le débat de fond, pas de temps pour débattre avec leurs mandants, ni pour leur restituer ce qui a été dit en leur nom.
Je profite de cette ambiguïté sur le sujet pour dire ma conviction de l'urgence de changer l'état d'esprit du modèle éducatif: trier les meilleurs, mettre en compétition, éliminer, exhorter les performances individuelles tourne le dos à la solidarité qui sera nécessaire au changement. C'est du goût de l'oeuvre collective dont nous avons besoin, de la conviction que l'on ne peut faire seul, et que notre destin est commun, pauvre ou riche, français ou d'ailleurs.
Un mot aussi de l'indispensable partage de la culture scientifique, outil de liberté, hélas de plus en plus sacrifié, alors que parallèlement rien n'est fait pour éduquer à l'image et à s'affranchir de la publicité.

Si le sujet est de prendre aujourd'hui les bonnes décisions pour que les générations futures ne soient pas en souffrance demain, il y a un préalable à débattre.
Le consensus n'existe pas sur le fait que la vie humaine dépend du bon état de l'environnement. J'en veux pour preuve les déclarations de Charasse, Alègre, Ferry, mais aussi ... Badinter qui s'était enflammé contre cette phrase dans la charte de l'environnement.
Si, comme les écologistes, et heureusement une majorité, nous pensons que cette dépendance est certaine, protéger l'environnement, garantir la transmission du bien commun, qu'il soit naturel ou culturel devrait éclairer les politiques publiques. Ceci repose sur les mandants et sur les mandataires!
Le pilotage de celles-ci par des élus, des ministres, dont la reconduction dépend de la satisfaction des générations présentes pose un véritable problème, car il y a souvent contradiction entre les satisfactions immédiates et les garanties futures.
Au delà d'outils démocratiques comme la lutte contre le cumul dans le temps, la transparence et les mesures contre les conflits d'intérêts, il devient indispensable d'encadrer les arbitrages par des obligations de responsabilité.
Cela revient à réaffirmer la défense de l'intérêt général comme mission de l'élu (et ce n'est pas un luxe par les temps qui courent) et d'élargir le périmètre de la définition de l'intérêt général à la protection et transmission du bien commun, qu'il soit naturel ou culturel, aux générations futures.
En ces temps de repli individualiste, de désenchantement et d'égoïsme, ce n'est pas facile.
Les écologistes qui veulent méthodiquement ajouter trois questions aux arbitrages publics:
- et pour les plus pauvres?
- et ailleurs?
- et demain?
Ne font d'ailleurs pas recette.

La dette écologique est bien plus grave que la dette financière!
Les arbitrages responsables doivent se faire à notre porte comme dans la politique internationale. Et des solidarités doivent d'ores et déjà se mettre en place pour les dégâts causés (submersions, territoires contaminés, écosystèmes détruits).
L'autre outil, agréable à utiliser, est de mettre en oeuvre toutes les stratégies dans lesquelles le bonheur des générations actuelles se superpose parfaitement avec la préservation des conditions d'épanouissement des générations futures (sobriété, AMAP, circuits courts, constructions BBC etc.)
Cette expérience nous l'avons pratiquée en Nord-Pas de Calais, et encore aujourd'hui nous rencontrons des habitants et des professionnels militants et heureux des initiatives qu'ils ont accepté de mettre en oeuvre.
Aujourd'hui le Conseil Régional pilote des ateliers de prospectives, riches en expertise et en débat, afin, au moins que les gens aient des choix éclairés.
les solutions locales peuvent sembler dérisoires face à l'échelle planétaire des problèmes, mais en ces temps de désillusion, il n'y aura pas d'inflexion du productivisme et des démarches irresponsables sans exemplarité, sans coproduction, et sans culture partagée.qb48xF1iP3xLfUDjCTT_CYnGhLK_CtIjA8ZtcOVKN8bzek3XoHKAkI2iLhzxsJ_o3FYcnwq3jqu1x1ZLNIM7Bx91jME042NjFv4HsizI2aMW4cWOcU0

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