Pannes de services publics

C’était génial : tandis que les Régions avaient repris le flambeau du TER, la SNCF transportait à grande vitesse à travers le pays les familles, les hommes d’affaires, les touristes : Paris-Marseille en 3 heures, Lille-Rennes en 4 heures !

Le confort et la rapidité conduisaient même à passer sous silence des bémols de poids : une tarification qui restait élitiste pour celui qui ne s’y prenait pas trois mois à l’avance ; une dépendance énergétique du nucléaire.

Mais vu d’ici, sans trop y regarder, c’était génial. Et puis la machine s’est grippée. Le réseau à grande vitesse a montré sa fragilité à la neige qui fond dans le tunnel sous la Manche, à la foudre au Sud de Paris, aux feux de broussailles le long du Rhône. Et les passagers de protester et de dire leur colère contre ces pannes, ces longues heures en pleine voie, et aussi ces grèves qui les privent d’un outil dont la rapidité et la ponctualité leur sont devenues banales.

Des grèves, les usagers ne retiennent que la grève, pas les motifs.

Les agents de trains le savent, qui ces jours-là, restent prudemment cantonnés dans leur local sans contrôler les billets pour ne pas essuyer la mauvaise humeur montante.

C’est que la main mise de l’économie à tout prix rend le réseau vulnérable, et que la fiabilité maximale n’est plus au rendez-vous.

Bien sûr, on peut faire rouler les trains avec moins de cheminots, moins de vérificateurs des aiguillages, des transformateurs, des caténaires.

Bien sûr, on peut réduire les investissements dans tout ce qui fait « doublon ». Mais le prix à payer, c’est la fin de la fiabilité, les bugs, les pannes : 20 000 passagers bloqués ensemble en gare d’Austerlitz dans la nuit du 3 au 4 juillet 2010, jour de leur départ en vacances, les milliers de rendez-vous ratés séparément, d’embauche, d’examen, de contrat, d’amour ou bien de retrouvailles ; des cicatrices invisibles, connues de leurs seules victimes, tout ça parce que sans répit, des crânes d’œufs au service de la course au profit ont jeté leur dévolu sur le service public, ont fait semblant que le progrès technique pouvait se passer des hommes et que l’on pouvait à l’infini trouver des niches d’économies.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.