Carnet de bord #14: les Bis de Nantes

Jeudi 19 Janvier 2012. Eva Joly en campagne présidentielle vient à Nantes à l'occasion de la Biennale Internationale du spectacle.C'est le dernier grand rendez vous de la culture en France avant le scrutin. Jusqu'ici ses sorties sur le sujet ont été plus modestes, auprès d'acteurs plus confidentiels.

Jeudi 19 Janvier 2012. Eva Joly en campagne présidentielle vient à Nantes à l'occasion de la Biennale Internationale du spectacle.
C'est le dernier grand rendez vous de la culture en France avant le scrutin. Jusqu'ici ses sorties sur le sujet ont été plus modestes, auprès d'acteurs plus confidentiels.
Corinne Rufet, écologiste et présidente de la commission culture de la région Ile de France, et moi l'accompagnerons sur ce thème qui nous a été un peu dédié par son staff.
Hasard institutionnel, je suis invitée par l'organisation des BIS pour un grand débat le matin. Après avoir pris possession de mon accréditation, je suis orientée vers les coulisses du grand auditorium. J'y retrouve Philippe Berthelot de la Fedurok et de l'UFISC. Mais à notre grand étonnement, on ne nous laisse même pas rentrer dans l'espace loges et coulisses, et on nous cantonne avec les pompiers. Une nouvelle tentative s'avère infructueuse.
La raison, c'est que Hollande, le candidat PS est là, qu'il va prononcer (alors que ce n'est pas prévu) son grand discours sur la culture: les mêmes causes produisent les mêmes effets, mais nous, on n'a pas confisqué la salle et le timing!
Comble d'ironie, tout mouvement étant devenu impossible, nous n'entendons même pas ce qu'il raconte. Seuls les applaudissements nous annoncent la fin de notre réclusion.
La table ronde bénéficie du public dense rassemblé pour l'événement.
L'animateur Jean-Pascal Quilès ne cache pas sa sympathie pour ce qu'il vient d'entendre. Il recommande le livre d'Arnaud Poivre d'Arvor, directeur de Culture France, qui enchaîne, en disant tout le bien qu'il pense de Hollande...
Interrogé sur la très contestée fusion de RFI (la radio) et France 24 (la télé démarrée sous Ockrent), il ne s'engage hélas pas et je sens bien que nous n'aurons peut être pas de majorité pour l'empêcher.
Le représentant du Front de gauche Jean-Michel Grémillet, par ailleurs directeur de la Scène nationale de Cavaillon, y va crrément: il est en meeting, vend le livre programme et raconte le front de gauche, avant de parler de l'emploi culturel.
La représentante de la FNCC reconnait le travail du nouveau Sénat pour les collectivités, avant de décrire leur implication, et leurs difficultés croissantes avec l'érosion de leurs ressources.
Philippe Berthelot de (UFISC/Fédurok) insiste sur le nécessaire recentrage sur l'intérêt général, et plaide un meilleur dialogue sur le terrain, y compris pour l'élaboration des réformes.
Pascal Rogard directeur général de la SACD reste égal à lui-même et fait quelques étincelles avec François Le Pillouër du SYNDEAC en affirmant que le cinéma, lui, est capable d'aligner ses chiffres, alors que le spectacle vivant ne permet de disposer d'aucune donnée. Il plaide aussi pour davantage de captation diffusion de spectacles sur les chaînes publiques (bof)
François Le Pillouër défend la place de la culture, et s'en prend clairement au futur centre national de la musique. 

Explication de la Commission Culture d'EELV
Difficile d'exister, surtout quand l'animateur me ramène régulièrement aux collectivités et à l'aménagement du territoire.
Pas grave, j'arrive quand même à donner des éléments de contexte au Sénat: omniprésence des lobbies, fin de loi de la droite, et initiatives nouvelles, comme celle de fouiller ce que dit l'Europe, qui insidieusement tente de tirer la culture vers la compétition, et les subventions vers les appels d'offres: ce n'est pas comme cela que nous ferons vivre la diversité culturelle.
Je leur dis pourquoi l'écologie ne peut s'envisager sans culture, comment elle s'appuie sur la diversité et sur tout ce qui fait lien, sans hiérarchie de genre. Cela commence par l'éducation artistique, par une approche sensible, par la rencontre avec les artistes.
Il nous faut réfléchir aussi aux 15/30 ans qui n'ont plus la sensibilisation scolaire et font partie des tranches d'âge qui lisent moins et vont moins au spectacle.
Enfin l'intermittence des artistes, cette flexibilité féconde, a un prix.
Quant à la compatibilité de la liberté sur internet, et de la rémunération des auteurs, c'est exclusivement à Pascal Rogard qu'on demandera de dire un mot, faute de temps... Ça tombe bien, Hollande veut garder HADOPI! 
Je rejoins ensuite Eva Joly au Lieu Unique, ancienne usine de la biscuiterie LU devenue centre culturel et restaurant.
Le déjeuner est l'occasion de rencontres successives avec tous les réseaux et syndicats de la culture: je me mets à sa place: c'est vraiment une épreuve que d'ingurgiter ainsi à la file une somme de revendications et de bonnes idées.
Puis c'est la visite des BIS, de stands en stands, toujours trop, mais aussi toujours trop peu de temps à consacrer à chacun.
Au passage un luthier me rappelle l'impasse des fabricants d'archers qui ont vu le bois unique qui leur servait, de l'arbre Pernambouc, devenu interdit à l'exploitation en raison d'une protection internationale de cette espèce.
Cameramans et photographes la précèdent en reculant dans la foule.
Évidemment les organisateurs emmènent Eva sur les stands développement durable ( qui sont plutôt environnementaux): recyclage des décors, gobelets réutilisables etc. On a échappé à la photo d'Eva devant les toilettes sèches!
Un petit point presse lui permet de donner quelques pistes et réponses. Elle se fait houspiller par un représentant de la CGT spectacle parce qu'elle a dit 'statut' des intermittents.
J'abandonne l'équipe qui se rend en ville, pour me balader dans le salon, voir les stands de ma région, et faire plein de rencontres, dont Hervé Bordier, Fondateur des transmusicales de Rennes, que je n'avais pas vu depuis des années, et qui s'occupe maintenant de Rio LOco un festival toulousain.
Retour nocturne sur Lille: vive les trains directs qui contournent Paris, ça change la vie. J'apprends que l'Assemblée nationale a voté conforme au texte qui avait été élaboré au Sénat une loi de trente articles sur l'éthique du sport, bonne chose.

Tard dans la soirée, j'apprends par des SMS de mon assistante pour la fermerture de MégaUpload.

La fermeture de MegaUpload et l'arrestation des dirigeants est un symptôme supplémentaire de l'incapacité des pouvoirs publics à se projeter au 21ème siècle et à concevoir un projet global éthique associant rémunération des auteurs et fluidité de la culture sur internet. Faute de stratégie publique intelligente, et de réflexion internationale indépendant des lobbies, on continuera d'assister à des successions d'aventures mercantiles et d'épisodes répressifs.

Un SMS suit, m'annonçant que la Cour Européenne des Droits de l'Homme condamne la France. Comme je suis dans le train, à hauteur de Douai, je prépare ma réaction et l'envoie à mon assistante.

Quand la honte devient publique!

C’est une honte que ces camps de rétention où stagnent des citoyens du monde, des gens qui fuient la guerre, les régimes répressifs, la faim, les inondations.

Ces maux, les pays riches comme le notre en portent une part de responsabilité: ventes d’armes, rétro commissions, régimes post coloniaux, cultures d’exportation aux dépens de l’alimentation locale, dégradation du climat.

C’est une plus grande honte encore que d’enfermer des enfants dans ces camps: c’était le cas à Lesquin le 5 novembre dernier, quand j’ai visité le Centre de Rétention Administrative: un petit de deux ans y était.

Le Arno Klarsfeld, président de l’Office  Français de l’Immigration et de l’Intégration, en visite quelques jours plus tôt, n’avait trouvé à dire qu’une proposition d’achat de cassettes videos (ça existe encore?).

C’est désormais une honte publique que nous, français, nous voyons infliger, parce que Messieurs Sarkozy, Hortefeux et Guéant ne respectent pas les interdictions de traitements inhumains ou dégradants.

La Cour Européenne des droits de l’homme avait déjà il y a quelques années dénoncé nos prisons, et la rétention au sous sol du palais de justice de Paris.
Sortons de la honte, sortons ces individus du gouvernement et de ses coulisses peu recommandables.

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