Carnet de bord #2 : De nouvelles commissions sur mesure

4 octobre : de nouvelles commissions sur mesureFaire de la commission des affaires étrangères et de la défense deux nouvelles commissions, et créer une commission du développement durable comme à l'assemblée est pour le PS au Sénat une issue intéressante. Mais ce qui apparaît à certains comme une évidence « une commission de l'écologie pour les écologistes » ne m'enthousiasme pas du tout.

4 octobre : de nouvelles commissions sur mesure

Faire de la commission des affaires étrangères et de la défense deux nouvelles commissions, et créer une commission du développement durable comme à l'assemblée est pour le PS au Sénat une issue intéressante. Mais ce qui apparaît à certains comme une évidence « une commission de l'écologie pour les écologistes » ne m'enthousiasme pas du tout. Cela ne pose aucun problème de n'occuper aucun poste de pouvoir, mais je ne me vois pas animer cette thématique.Pourtant cette évidence s'impose à beaucoup de médias, comme le Monde, qui la publiera comme un fait acquis, fruit d'une négociation achevée.

Certes nous connaissons le sujet, mais nous n'avons que trop mesuré comment dans les institutions se poursuivent des politiques bétonneuses ou polluantes, pendant que dans la commission ad hoc on enchaîne des auditions vertueuses. A nos amis socialistes qui s'étonnaient de ma défiance, je donnai l'image : « Une commission du développement durable qui n'a pas de pouvoir sur les autres, à la manière d'une cellule tout en amont, c'est comme une éolienne non connectée au réseau, ça brasse du vent, mais ça ne produit rien ».
L'arbitrage final fut tardif, fait sous tension : aux socialistes les affaires étrangères, les lois, les affaires économiques, aux écologistes les affaires culturelles, aux communistes les affaires sociales. Et à la droite, la commission des finances, par symétrie, disent-ils avec ce qui se passe à l'assemblée.


Je ne pense pas qu'il soit pertinent d'évoquer la symétrie : il s'agit toujours de se prononcer sur le budget du gouvernement de droite. En revanche on peut évoquer la démocratie... Mais, bien que « l'on ne se mêle pas du choix des candidats des autres partis », la déontologie impose que l'on se donne tous les moyens de chasser les conflits d'intérêts, et en la matière, le candidat de la droite, Marini, a déjà été bien épinglé. Mon groupe ne me suivra pas sur ce terrain.


6 OCTOBRE : INSTALLATION DE LA COMMISSION DE LA CULTURE, DE L'ÉDUCATION ET DE LA COMMUNICATION

Je mesure l'honneur qui m'est fait, mais aussi la difficulté. Si Jean-Pierre Bel a été élu Président du Sénat avec quatre voix d'avance, en revanche en commission il n'y a qu'une voix d'avance pour faire la majorité.

Et quand on voit le nombre de sénateurs en situation de cumul, qui un jour ou l'autre auront forcément une inauguration, un conseil communautaire ou un rendez vous local important, le risque existe de voir les avis de la commission se faire au gré des présences ou non des membres de la majorité.

Cette responsabilité donnait un peu le vertige. Comme en 1992, sans l'avoir personnellement construit, je me trouvais face à une tâche conséquente, à exécuter dans des conditions complexes de majorité fragile. Beau succès pour Europe Écologie Les Verts. Beau défi pour la gauche.

Il me fallait simultanément faire le deuil de savoirs faire acquis durant le mandat précédent : je m'étais énormément investie sur les conflits d'intérêts, les scandales sanitaires, les contaminations, le risque nucléaire : tout cela ne serait plus au centre de mon agenda, même si j'en gardais les convictions chevillées au corps. L'honnêteté voulait que je quitte l'Office Parlementaire d'évaluation des Choix Scientifiques et Techniques, bien que j'aurais pu, comme de nombreux collègues y garder une place de « sleeping partner », de ceux qui font que, malgré ses 36 membres, l'OPECST ne fait souvent voter ses rapports qu'à un tiers -au mieux- de son effectif.

Mais on ne peut pas se définir comme politico-technico-éthique et jouer ce jeu là.

Changement de casting donc, une page se tourne, un peu comme lorsque j'avais du quitter ma classe, et toute la pédagogie innovante que j'utilisais pour diriger, du jour au lendemain la Région Nord Pas de Calais.

L'ambiance de la commission des affaires culturelles a néanmoins toujours été enrichie par le dialogue et le respect mutuel. Des sujets complexes comme le financement de la télévision publique ont même vu l'unanimité sur des positions audacieuses d'augmentation des ressources issues de la redevance.

Lors de l'élection du 6 octobre 2011, la droite n'a pas présenté de candidat contre moi, contrairement à ce qui s'est passé dans certaines commissions. Ironie du sort, celui que je remplaçais, Jacques Legendre, était celui-là même que j'avais battu en 1992 pour la Présidence du Conseil Régional.

Le bureau est désormais constitué de :

9 vice-présidents : Jean-Étienne Antoinette, David Assouline, Françoise Cartron, Ambroise Dupont, Brigitte Gonthier-Maurin, Jacques Legendre, Colette Mélot, Catherine Morin-Desailly, Jean-Pierre Plancade.
5 secrétaires : Maryvonne Blondin, Louis Duvernois, Claudine Lepage, Pierre Martin, Sophie Primas.


LUNDI 10 OCTOBRE

Chez les écologistes, Jean Desessard et moi sommes les « anciens », au passage les seuls à disposer d'un bureau. Les autres devront se plier au lent, très lent rite d'attente : il faut d'abord que soient élus des questeurs, que ceux-ci fassent l'inventaire des bureaux libérés, qu'ils en réservent quelques grands et beaux pour les « dignitaires », ceux-ci fraîchement nommés libérant d'autres bureaux plus modestes et ainsi de suite... Résultat, ce n'est qu'au 14 octobre alors que deux lois auront déjà été débattues, que nos amis pourront s'installer et travailler normalement. En attendant ils errent dans les couloirs avec leurs assistants.

Matériellement, je dois migrer de mon petit bureau Z008, où je travaillais avec mon assistant Romain, vers le grand et prestigieux bureau de la commission culture « dans le Palais ».

Rien n'est prévu pour Romain, tandis que des administrateurs compétents et zélés sont au service de la commission. N'y a-t-il pas risque de dépossession politique ? Certes je suis au service de l'ensemble de la commission, dans toute sa diversité, certes la seule mission démocratique d'animation est déjà un défi, à relever avec éthique et transparence. Mais j'ai aussi besoin de donner du sens, et pour cela mon assistant est précieux : or tous les bureaux sont occupés par l'administration. Qu'à cela ne tienne, je ferai apporter un siège et une table de travail de plus dans mon bureau. Je précise à l'administration qu'il faut aller chercher dans les réserves du service du patrimoine, et surtout ne rien acheter. Mon prédécesseur s'était fait construire une bibliothèque copie de style empire sur mesure. On enlève quelques tableaux sombres, je demande quelques tirages photographiques, mais c'est impossible. Dommage, alors que des œuvres picturales de grandes valeurs ne semblent poser aucun problème. Le prestigieux meuble qui me sert de bureau est celui de Maurice Schumann. C'est lui qui avait présidé en tant que doyen la séance plénière de 1992. Je suis émue de cette boucle du temps et de la politique, même si je me souviens avec amertume qu'il ne m'avait pas soutenue pour sortir les élus Front National des conseils d'administration des lycées, après un scandaleux dérapage verbal de leur leader.

Une voiture (grande, très grande) et un chauffeur sont affectés à la commission, mais pour la Présidente. Il semble qu'on ne peut pas la faire utiliser par d'autres! Dommage, car je risque de ne pas souvent la mobiliser : le métro qui rejoint ma gare du nord ne met que quinze minutes ; aux heures d'affluence, la voiture en mettrait 45 !

Pour l'agenda, c'est un peu pareil : la secrétaire générale de la commission peut tout gérer... Certes, nous avons grand besoin de ses compétences, mais je reste une militante, avec mes choix, mes rendez-vous de terrain, dont l'arbitrage ne saurait relever de la commission.

Pourtant mon agenda se trouve confisqué par des engagements préalables : dîner des prêteurs de tableaux de Cézanne au musée du Luxembourg, conférence de presse à la FIAC, foire de l'art contemporain, déplacement au forum d'Avignon, qui traite des rapports de l'économie et de la culture.

Plaisir de rencontrer l'arrière petite fille de Zola et l'arrière petit fils de Cézanne au musée du Luxembourg...

Petit complexe social quand un des convives du dîner Cézanne qui connait bien la métropole lilloise me demande précisément où je suis née. - "Dans l'usine Motte Bossut, qui devint les Archives du monde du travail."- "Ainsi donc votre père était directeur ou ingénieur dans le textile ?"- "Non, ma mère était ouvrière, et mon grand père chez qui elle vivait, concierge."

Un ange est passé.

Plus sérieusement, l'installation étant achevée, l'enjeu est d'apporter de la lisibilité à cette présidence écologiste : l'éducation populaire, la démocratie et la décentralisation culturelle, la recherche publique, la culture scientifique partagée, le service public de l'éducation sont mes priorités, et voici que tout commence par le marché de l'art et un repas mondain...

Si l'ordre du jour dépend des projets de lois du gouvernement, et des propositions de lois des groupes politiques, il n'en demeure pas moins que des auditions restent de mon initiative, et que j'ai bien l'intention de les démocratiser : auditionner la Présidente de l'HADOPI, oui, mais aussi entendre les acteurs du logiciel libre, les auteurs non convaincus et les consommateurs.

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