Carnet de bord #11: fin de semaine agitée, vote des étrangers

Jeudi 8 décembre10 heures JOURNAL EN PERILLes représentants de la Tribune donnent une conférence de presse au Sénat, dans la salle que j'ai réussi à obtenir malgré les délais très courts.
Jeudi 8 décembre
10 heures JOURNAL EN PERIL
Les représentants de la Tribune donnent une conférence de presse au Sénat, dans la salle que j'ai réussi à obtenir malgré les délais très courts.
Les représentants, y compris ceux du SNJ plaident la cause du pluralisme de l'information, de l'emploi. Et même de l'emploi induit avec les distributeurs et les imprimeurs.
Leur calendrier est serré: après le 16 décembre, plus un seul repreneur ne pourra se manifester.
Très vite vient aussi le sujet des aides à la presse, distribuées selon des critères peu lisibles, et surtout non contrôlées dans leur utilisation: normalement destinées par exemple à favoriser le portage, on les voit englouties dans la trésorerie de repreneurs éphémères ou dans le financement de plans sociaux.
Le silence du gouvernement face à trois titres en détresse est édifiant.
12 HEURES FNAC
c'est une visite de courtoisie. Le directeur explique comment Amazone se taille impunément des parts de marché, et menace le modèle des librairies.
Il cite BOOKERS disparu aux USA, et l'impossibilité là-bas de trouver un vendeur de livres.
Pas étonnant dans ces conditions que le I-Book soit passé en trois ans de 3% à 21% de lecteurs.
J'en profite pour lui restituer la tablette de lecture commercialisée par la FNAC, qu'il m'avait envoyée.
Son problème le plus urgent est l'impossibilité matérielle de répercuter l'augmentation annoncée de la TVA, en raison des stocks déjà étiquetés. Il plaide pour un délai de trois mois.
13 HEURES EVA JOLY
Elle vient égayer notre déjeuner EELV, car une heure plus tard nous allons tous dans la rue dire notre soutien au projet de loi de droit de vote des étrangers aux élections municipales.
14 HEURES MANIFESTATION MANIFESTATIONS
Ce modeste mais signifiant projet de loi remue les opinions: Marine Le PEN est venue battre le pavé, avec des moyens démesurés ( un écran géant de retransmission). Elle transpire son aversion de la reconnaissance des droits des non français non européens.
Les moyens de l'autre manif sont plus modestes et les militants se pressent autour d'une camionnette avec micro et haut parleur.
Eva est suivie par les caméras. Esther, qui rapportera la loi dans une demi heure dit toute sa conviction. Beaucoup d'autres partis de gauche et associations sont présents. Cela fait chaud au coeur.
15 HEURES FILLON ODIEUX
Nous sommes dans l'hémicycle, et nous entendons un discours pernicieux qui rejette en bloc la proposition de loi.
Fillon, Premier Ministre "Voilà pourquoi, mesdames, messieurs les sénateurs, nous devons tous ensemble veiller à protéger l'un des principes de la République française : pas de vote sans citoyenneté, et pas de citoyenneté sans adhésion à la nation"
C'est enfin le tour d'Esther, qui doit expliquer le texte et appeler à le soutenir.
Le Président de la commission interrompt le cours des choses pour prendre la parole et réfuter un argument de Fillon sur le prétendu opportunisme du PS à s'emparer d'un texte qui n'aurait plus de légitimité en raison des années passées depuis son vote à l'assemblée.
Esther, notre élue EELV, semble à la tribune résolue à ne pas se laisser intimider. Elle lit des arguments en faveur de l'accès au droit de vote, l'UMP s'agace et commence à manifester bruyamment.
Et là, coup de théâtre, elle leur dit qu'elle ne fait que citer les paroles de Sarkozy en 2005.
Et elle poursuit, avec Raffarin, Besson, et même Hortefeux. Ils sont pris à leur propre piège.
Après des développements très documentés et une fin émouvante, elle est saluée par une standing ovation.
Le débat qui s'en suivra, avec la parole des groupes, et les échanges de piques agressives, verra des passes d'armes entre droite et PS, mais personne n'osera l'agresser, tant sa sincérité était apparue aux yeux de tous.

VENDREDI 9 DECEMBRE


JOUR MAUDIT
Il semblerait que tout le monde se soit donné le mot pour placer des événements ce vendredi 9!
Nous envoyons une floppée d'excuses.
Pour moi, c'est un jour privé, puisque mon père va être nommé citoyen d'honneur de sa ville. Je n'aime ni les médailles ni les honneurs de ce type, mais mon père en fait vraiment cas, et il devient difficile d'y surseoir.
D'ailleurs la date a changé, initialement prévue le 26 pendant le budget.
Et voilà que par effet collatéral des débordements horaires du temps de la majorité, du fait de J.P. Sueur, l'UMP s'invente une niche compensatoire un vendredi!!!
Et bien sûr cela tombe sur une loi culture.
Pendant un mois connaissant ce dilemme, je me suis rongée les sangs. J'ai tenté auprès de la famille de faire comprendre que je n'étais pas libre, en vain. Je crois qu'ils ne mesurent pas l'impérative présence pendant le débat d'une loi de la présidente de commission. En plus deux journaux locaux ont fait des articles sur mon père, et ont annoncé ma présence, sans me consulter.
Pour une fois David Assouline me rend un gros service personnel: il assurera le travail, en tant que vice-président. Et je peux m'esquiver.

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