Carnet de bord #19 : L'Oiseau Mouche

Vendredi 10 févrierColloque Oiseau Mouche40 ans d'association Art et éducation, 30 ans de la troupe Oiseau Mouche, au début du mime, puis un travail avec des publics mixtes, l'aide du ministère de la santé, un lieu à Roubaix, le Garage. 37 spectacles.

Vendredi 10 février

Colloque Oiseau Mouche


40 ans d'association Art et éducation, 30 ans de la troupe Oiseau Mouche, au début du mime, puis un travail avec des publics mixtes, l'aide du ministère de la santé, un lieu à Roubaix, le Garage. 37 spectacles.
Aujourd'hui une telle aventure pourrait-elle encore exister?
Quelles conditions pour poursuivre avec des personnes '">http://www.oiseau-mouche.org/files/2011/12/2012-02-10-Programme-colloque-Maison-des-M%C3%A9tallos.pdf

Le directeur de la maison des metallos explique que l'ambition qu'il porte dans sa programmation l'amène à aller souvent aux marges.
Au fond l'art n'est-il pas toujours dans le franchissement, dit Madeleine, la représentante de Morlaix, d'où la pertinence du handicap dans la culture. Mais associer art et pérennité ne va pas de soi, tandis que le projet culturel incluant le handicap mérite de durer! Elle exprime sa volonté de ne pas être dans le social, mais dans le rapport à l'art.

Hélène Laverge Cancel, réagit en confirmant la question centrale du travail artistique: travailler avec des personnes différentes amène la découverte permanente de nouveautés.
Art et déchirures ( qui ne fonctionne que sur le bénévolat des organisateurs) à Rouen travaille avec l'Oiseau Mouche , présent huit fois depuis 12 programmations. Ce festival est une volonté de sortir des rythmes et contraintes administratives en hôpital psychiatrique, après avoir perçu toute la diversité de ce qui se faisait dans toute la France en milieu hospitalier psychiatrique...

Mais avec quels moyens aujourd'hui? Demain?

La maison des Metallos se sent reconnue pour ce qu'elle est par la ville de Paris. Il reconnait l'importance de mobiliser les médias pour se donner à voir.
Hélène, de Dunkerque, dit ce qui se passe dans les évaluations de DRAC: 'pourquoi mettre de l'argent culture alors qu'ils sont déjà soutenus en tant que CAT?' (il s'agit de 20 000 euros...)
Morlaix raconte la tension des budgets sociaux et les contraintes des collectivités, tentées de 'missionner' la culture vers le social.
La conception utilitaire des pratiques artistiques est un risque réel en psychiatrie.
Ce qu'ils redoutent: ce n'est pas la concurrence du show biz mais ce que le service public de la culture programme, et le réconfort des salles pleines, sans prise de risque et sans nouveau public. La consanguinité des réseaux est un risque de repli, de formatage. L'autre contrainte est le temps, besoin absolu pour la qualité, le développement, la maturation au fur et à mesure du jeu.
L'exigence culturelle dans ce domaine particulier se construit.
Parmi les priorités il faut que le monde de la culture soit plus réactif sur le formidable décalage générationnel des pratiques (Michel Serre à l'académie). Il y a un impératif besoin de revitaliser une éducation populaire qu'on a rendu mourante. Et essentiellement de tenir bon sur la place de l'art.
Charles Gardou de l'université Lumière intervient pour une conférence sur la société 'inclusive'.
Un écran de fumée? Une musique d'ambiance? Ou une réalité en construction? Quelle est notre conception de la vie commune?
Du patrimoine commun de la société, les plus fragiles ne sont-ils pas privés? Le handicap est une des fragilités.
Suit un long et riche propos que je ne saurai retranscrire sans le dénaturer ou en perdre la richesse.
L’après midi du colloque : les institutionnels
Tardi, Vice-Président du Conseil Général du Nord se dit déterminé à faire des efforts vers les publics handicapés (ou en situation de handicap).
Il évoque la culture comme moyen de changer l'image du nord pas de calais. Mais aussi comme travail permanent sur l'accès du plus grand nombre. La loi 1998 de lutte contre l'exclusion a pris en compte la culture, et une réflexion sur les moyens d'inviter tous les publics à s'en rapprocher.
Quand Philippe Lefait demande "Qu'est-ce qu'on fait pour une personne en situation de handicap qui vient à la MDPH et dit je veux devenir comédien?" réponse honnête mais bien triste de Tardi: rien.
On ne sait pas faire, complète le représentant du ministère
Il dit en revanche que l'accès du plus grand nombre est l'essence du département des publics au ministère.
La politique publique est mobilisée sur la politique d'inclusion, dit-il.
Il existe une commission nationale Culture et Handicap, qui travaille aussi au changement des représentations.
Considère que l'innovation de l'Oiseau Mouche (1978) serait aujourd'hui davantage dans l'air du temps. Cite la loi handicap de 2005.
Il évoque l'audiodescription. Et dit que tout cela grandit chaque année (???... Quand on voit les pauvres moyens...)
La Fondation de France est elle, indépendante, avec ses propres priorités. En 1970, c'était l'accessibilité, maintenant c'est le soutien aux projets amateurs ou professionnels, qui deviennent très nombreux.
Patrick Cohet du conseil national consultatif des personnes handicapées, qui date de la loi de 1975, et comporte des représentants d'associations et de collectivités.
Théoriquement, aujourd'hui, la MDPH doit construire un plan de compensation du handicap, sur tous les secteurs, même sur la culture.
La première chose c'est l'énoncé du projet de vie, la suite c'est le diagnostic physiologique, puis la construction des compensations.
Exposé de Bruno Tackels "la culture:cerise sur le gâteau ou nécessité?
Eloge appuyé et brillant de la place de la culture, rappel des efforts Lang, et de la modestie du budget de la culture comparé aux infrastructures.

Je conclus en trois points:

1 - l'art et la diversité sont les témoins les plus reculés et les plus indispensables de ce qui a fait humanité: traces de Lascaut, Venus callipyges ont traversé les milliers d'années. Quant à la diversité biologique et génétique, elle est consubstantielle de ce que nous sommes, mosaïque enrichie de ses différences, jusqu'à celles qui se nomment handicaps et sont traces de brassages atypiques ou d'irruptions de microbes à des moments inopportuns.
La permanence de l'art dans toutes les civilisations est sans doute le fruit du bonheur de l'approche esthétique sensible, de celle que ressentent les acteurs handicapés ou non sur scène, de celle qui fait vibrer la salle, et que décrit si bien Siméon quand il parle de Laurent Terzieff.

2 - l'environnement est frappé d'économisme, et il n'y a pas que l'érosion des budgets ou la RGPP pour faire des dégâts.
La méthode d'écriture budgétaire dite LOLF, calée sur des missions encadrées par des indicateurs, va à l'encontre du bouillonnement de la culture. Elle est de plus fatale aux acteurs dont les missions sont plurielles: combien de DRAC disent aux CAT qui font du théâtre: "mais vous êtes déjà financés par les affaires sociales..."  L'art est transgression, et n'a pas vocation à être formaté par des labels.
La mode est à la compétition et au classement, des élèves, des professeurs, des recteurs primés pour leurs suppressions de postes, des universités, des scènes nationales jugées sur leur nombre de spectateurs.
Le paquet ALMUNIA en élaboration européenne menace de devenir en France une obligation de recours aux marchés publics au lieu d'un soutien orienté par subvention.
Les collectivités ont été malmenées: moins de moyen, moins de droit de faire. Sur la culture, elles sont exemplaires par le volume moyen de leurs engagements. Quelques élus se trompent, les uns se prenant pour des programmateurs, les autres s'arqueboutant sur une finalité unique de rayonnement, oubliant que la culture , c'est d'abord l'épanouissement et l'émancipation des femmes et des hommes qui la font et qui la regardent.

3 - Enfin, s'il faut des préconisations pour le futur, je dirais l'urgence, tant certains soufflent sur les braises de l'individualisme et de la recherche du bouc émissaire, aux limites de la guerre civile, proliférant sur le terreau de l'inculture, laissé par les coups portés à l'éducation populaire, par les comités d'entreprises qui envoient au Puy du Fou ou chez Disney.
Sortir la culture de la concurrence, garantir la clause générale de compétence, garder et revisiter le ministère sont des impératifs.
Ne pas rater le rendez vous des nouvelles pratiques de la génération internet, imaginer un mécénat citoyen, qui serait sans doute plus ouvert aux actes éphémères.
Enfin, développer un secteur fort, protégé par la loi, et soutenu par des financements publics, d'économie sociale et solidaire, croisant ressources humaines salariées et bénévoles, mais toujours éclairé par l'éthique et la sobriété.
Fin à 17 h, quelques mots avec intervenants et organisateurs: certains s'interrogent sur la nature de la gauche qui prendra le pouvoir demain, d'autres racontent leur contribution au programme de Hollande. On sent bien, partout que tout le monde est tendu vers  les élections 2012. Le rejet du gouvernement en place est clair et net. Le questionnement sur l'ambition que se donnera la gauche pour la culture est réel: pas de certitude à ce jour.

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