Déclaration de politique générale de François Fillon - Quand le gouvernement persévére...dans l'erreur

Monsieur le Président,

Mes chers collègues,

Monsieur le Premier Ministre,

C'est sur la continuité que vous avez été nommé car, dites-vous, « les allers retours fragilisent l'action publique ».

Permettez aux écologistes de rappeler vos volte-face : après le grand spectacle du Grenelle, nous avons entendu

- Le Président de la République déclarer au Salon de l'agriculture « L'environnement, ça commence à bien faire »

- Et vous-même, Monsieur le Premier Ministre au Salon de l'automobile revenir sur la taxe carbone.

Vous ne joignez pas le dire et le faire :

- La suppression de l'ISF et la réforme des retraites n'avaient pas été annoncées aux français, mais vous le faites.

- La taxe poids lourds, la clause de revoyure pour les finances des collectivités avaient été promises, mais vous ne le faites pas.

- Un projet porté par les Verts, l'instance spécifique de garantie de l'indépendance de l'expertise a subi le même sort. Pourtant la gestion de la grippe A(H1N1) et ses deux milliards six, ou le scandale du Mediator prouvent bien l'urgence de revisiter nos modes d'expertise.

Curieuse démocratie qui ne met pas en œuvre les mesures votées par le Parlement.

Au final, il nous reste une écologie mercantile de toilettage.

Vous avez tout justifié par la « crise ». Madame Lagarde a fait une relance bétonneuse, sanctuarisé les revenus du capital et les spéculations, tout au plus glissa-t-elle quelques recommandations. Le MEDEF sourit...

On brade l'argent public sans conditions : l'amendement écologiste qui demandait la traçabilité des fonds de sauvetage des banques et leur exclusion de tout circuit passant par les paradis fiscaux fut repoussé. Les restaurateurs ont englouti sans effets la baisse de TVA. On ne demande pas de comptes aux utilisateurs du Crédit d'Impôt Recherche.

Les effets de la RGPP minent les services publics comme des termites rongeant des poutres charpentières. L'Etat n'est plus en mesure d'assurer correctement ses compétences :

- Faute d'encadrement suffisant, à l'école on gère les élèves par l'autorité et les différences par les fichiers et les évaluations brutales.

- Mobilisée dans la chasse aux sans papiers, et les contrôles d'identité dont certains sont encore au faciès, la police aux effectifs en baisse ne peut plus garantir la sécurité de base.

- L'hôpital public est au bord de la crise de nerfs.

Universités, Grand Emprunt, chiffres de Pôle Emploi, vous n'avez que la compétitivité à la bouche. Vous lorgnez sur l'Asie, oubliant le pillage des forêts de Bornéo et de l'Afrique, le travail des enfants, la répression des dissidents, les contaminations des produits, qui franchissent d'autant plus allègrement nos frontières que les douanes et feu la direction de la concurrence et des prix sont décimées.

L'image écornée de notre pays nous vaut la consternation, quand ce n'est pas l'indignation des autres :

- affaires au plus haut niveau de l'Etat pour lesquelles la préservation d'intérêts privés n'a d'égale que l'intimidation de la justice.

- interventionnisme dans l'audiovisuel public.

- circulaire ethnicisée sur les Roms, citoyens européens.

- Record d'Europe des actions policières ou judiciaires contre la presse.

- Casse du fret ferroviaire, de La Poste.

- Attitude internationale bavarde et arrogante.

Et vous voulez continuer ?

Le passé vous inspire : rêve de productivisme débridé dans un Etat dérégulé : c'est vous qui n'avez pas vu que le monde a changé.

Pas un mot pour les pauvres, les chômeurs, les expulsés, les gens en difficulté, pas un mot pour les classes moyennes qui voient avec effarement le maintien des privilèges des plus riches qui ne travaillent pas et ne se lèvent pas tôt, pas un mot pour la diversité culturelle qui est notre richesse.

Il faut du lien : vous mettez au pain sec les associations.

Il faut de la solidarité : vous privatisez les dispositifs sociaux : hier la réalité de la retraite par répartition, demain la Sécurité Sociale ?

Nous avons besoin des services rendus par la nature : le ministère de l'agriculture est sourd aux paysans, complaisant avec les pesticides. C'est notre eau, nos sols et notre patrimoine santé que vous bradez.

A l'urgence, vous répondez par les mêmes mécanismes que ceux qui nous ont conduits à cette impasse. Vous n'avez pas tiré d'enseignements de la crise ou du scandale de l'amiante, vous ne prenez pas au sérieux les désordres climatiques, et vous croyez encore que les réfugiés viennent ici par plaisir.

Evidemment, devant votre « persévérance » dans l'erreur, l'injustice et l'archaïsme des recettes, les écologistes n'approuveront pas votre déclaration de politique générale.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.