Carnet de bord #20 : De Van Der Meersch à Pompidou.

LUNDI 13 FEVRIEREncore Paris.Les textes que le gouvernement veut écluser sont si nombreux que les jours dits "en province" se passent désormais au parlement aux dépens du travail de terrain.

LUNDI 13 FEVRIER

Encore Paris.
Les textes que le gouvernement veut écluser sont si nombreux que les jours dits "en province" se passent désormais au parlement aux dépens du travail de terrain.
Aujourd'hui c'est la CMP sur la numérisation des oeuvres orphelines qui est soumise pour une ultime validation au Sénat.
Tout est voté dans les formes.
Pour moi un plaisir particulier, celui de l'introduction dans le code de la propriété intellectuelle de la définition de l'oeuvre orpheline. C'est une oeuvre qui n'a plus d'ayant droit, ni auteur, ni descendants de l'auteur.
Mais surtout, en creux, cette définition est un véritable outil pour les avocats de tous ceux qui se font spolier, comme les photographes volés par la mention DR. Cette mention est en effet abusivement utilisée par les groupes de presse pour ne pas payer les photographes.

Ce que les photographes revendiquaient à Arles sous le nom de PPL 441 est désormais voté!!!

 

MARDI 14 FEVRIER


Lille
11heures interview AEF
Le journaliste vient pour notre programme sur l'éducation. Je suis impressionnée par sa connaissance de nos écrits, et j'ai davantage besoin de lui donner le sens de nos priorités que le détail de nos préconisations. Les suppressions de postes lui sont très bien connues, tout comme le zèle de notre rectrice à appliquer les choix du gouvernement.
14 h Rectorat
Je ne peux répondre à tous les appels au secours des parents ou équipes pédagogiques qui découvrent que le couperet des suppressions va tomber sur leur classe, leur maternelle, leur zone sensible.
Mon emploi du temps me permet d'accompagner à la porte du Rectorat les parents en colère de Gondecourt. Cette petite ville à la périphérie de la métropole se lotit beaucoup et de jeunes parents viennent s'y installer. La Région y a construit un lycée, les collèges sont là, et voici que l'on s'en prend à la maternelle, entamant cette chaîne vertueuse de l'équipement scolaire.
Aux grilles du rectorat nous sommes particulièrement mal reçus. Il faut quand même dire que les parents, porteurs d'une pétition, n'ont pas demandé de rendez vous.
Au bout de 45 mn, le directeur de cabinet finit par nous recevoir. Le dialogue avec les mères débute mal, sur un ton acerbe. Monsieur Gosselin fait remarquer que le primaire ne relève pas de sa compétence, et qu'il prend simplement note, pour voir si l'inspecteur d'académie a les mêmes chiffres que les parents.
Rien n'en sort, sinon son engagement de faire passer le message.
A la sortie, puisqu'il est compétent sur le niveau lycées, je lui dis mon indignation que Maxence Van der Meersch de Roubaix soit menacé: il m'affirme qu'au contraire, on va y faire des filières d'excellence. Ça n'empêche, on va y supprimer les secondes et les redéployer sur d'autres établissements, ce qui ne facilitera sûrement pas les transports.
Excellence!!! Castoriadis avait raison, c'est la montée de l'insignifiance, les mots ne veulent plus rien dire!!!

MERCREDI 15 FEVRIER


PRESIDENT DU CENTRE POMPIDOU, M.SEBAN
C'est un bilan, assez enthousiasmant, que vient présenter le Président de notre musée national d'art moderne, et aussi des alertes,sur le nombre de postes supprimés, au delà du raisonnable, avec un impact très fort de la RGPP (51 postes) aux limites du possible.
Il s'annonce en fin de mandat. Il dit les possibilités et la nécessité de restaurer des parties du centre Pompidou (qui reste, dit-il, un des monument les plus contestés de Paris) ainsi que de revoir les circulations intérieures.
Je l'interroge en sortant sur ces fameuses cartes de libre accès dans plusieurs musées parisiens que nous a offert Paris Première, et que j'ai renvoyées avec la lettre suivante:
Paris, le 17 février 2012

Madame Karine BLOUËT

Présidente de Paris Première

89 avenue Charles de Gaulle

92575 Neuilly-sur-Seine cedex

Madame la Présidente,
Vous m'avez adressé une carte permettant un accès gratuit aux expositions de certains musées parisiens et vous remercie sincèrement de cette généreuse attention.

Cependant, l'éthique que je m'impose ne me permet pas d'accepter cette carte cadeau de la part d'un acteur culturel et économique concerné par des textes législatifs relevant du domaine de compétence de la commission que je préside.

Ma directrice, Michèle Kadi et mon administrateur Fabien Meuris ont également fait ce choix.

Veuillez accepter, Madame la Présidente, mes meilleures salutations.


                                                                Marie-Christine BLANDIN
C'est un échange: les musées donnent ces cartes, et la chaîne de télévision fait la promotion de leurs expositions.
Ainsi donc il faut maintenant payer pour que certains médias fassent leur travail!

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