Wikileaks

La mise en ligne des échanges diplomatiques des USA par WIKILEAKS indigne le pouvoir qui brandit la nécessité du secret dans les relations internationales, et réjouit les internautes militants du libre, qui y voient une preuve de leur force, par la capacité de pénétrer tous les systèmes, et d'en mettre les contenus à la disposition de chacun, au nom de la transparence.

La mise en ligne des échanges diplomatiques des USA par WIKILEAKS indigne le pouvoir qui brandit la nécessité du secret dans les relations internationales, et réjouit les internautes militants du libre, qui y voient une preuve de leur force, par la capacité de pénétrer tous les systèmes, et d'en mettre les contenus à la disposition de chacun, au nom de la transparence.

Certes la transparence est un maillon de la démocratie, mais ce maillon est bien peu opérant sans les autres, sans tous les mécanismes qui peuvent faire peser les choix des peuples sur les comportements de leurs gouvernants sur la scène internationale. Nous en sommes loin.

En quoi ces « révélations » peuvent-elles contraindre le pouvoir à clarifier ses stratégies économiques, militaires, diplomatiques ? Dans un exemple américain, comme celui de l'action des USA pour renverser le régime démocratique d'Allende au Chili, qu'aurait-il fallu en plus d'une information divulguée sur le rôle des services secrets pour empêcher ces crimes ?

Dans un exemple français comme celui de Karachi, à quelles conditions la levée du secret défense, la connaissance des mécanismes de rétro-commissions, les feraient-elle disparaître, ou simplement empêcher qu'une partie de celles-ci ne retombent dans la poche de tel ou tel candidat aux élections ? Comment passe-t-on du constat d'une dérive, ayant peut-être engendré un attentat, à la démocratisation de notre constitution ? Depuis des décennies le partage de la compétence internationale entre le premier ministre et le Président, y permet toutes les manœuvres occultes, les cellules parallèles, et la spoliation permanente du Parlement, tout au plus appelé à s'exprimer, très rarement à voter.

Au quotidien, le coup de théâtre de WIKILEAKS arrive à point nommé en simultanéité avec le démarrage de HADOPI, cette haute autorité nourrie de renseignements par des enquêtes privées sur des ordinateurs privés, qui ordonne des sentences à des opérateurs privés, et pour lequel le particulier peut se retrouver sommé de faire lui-même la preuve de son innocence... C'est au nom de la défense des droits d'auteurs que la sphère privée se trouve soudain visitable, alors que curieusement rien n'a été entrepris contre les grands groupes éditeurs de journaux qui spolient au quotidien les photographes...

On voit bien que tout est à réinventer, avec démocratie et radicalité. Démocratie, car il pour moi hors de question de n'entendre qu'un son de cloche : mon empathie pour le logiciel libre et la fluidité des échanges et des coopérations ne va pas, par exemple, jusqu'à faire le deuil des droits des photo-journalistes, qui sont aussi nos yeux sur le monde, et dont les « reportages » invitent à des regards plus approfondis qu'une image « scoop » livrée sans contexte, sans lieu, sans heure, sans croisement d'information. Il nous faut donc à la fois protéger cette liberté de la presse, définir et protéger un espace d'économie sociale et solidaire, afin que le secteur non marchand et coopératif ne se retrouve pas sous le coup des répressions liberticides.

Le XXI ème siècle est plus réel dans ses mutations au quotidien que dans les propositions des politiques, les uns grands dérégulateurs au profit de la loi de la jungle, les autres arc boutés sur des solutions d'hier qu'ils confondent avec des valeurs : ce sera l'un des défis du projet d'Europe Ecologie Les Verts de ne pas tomber dans cet archaïsme.

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