ISRAËL : des germes colonialistes du sionisme au syndrome de l’holocauste

Le sionisme comme forme réinventée de l’antisémitisme est dénoncée comme "erreur historique" et "faute politique". De la création du sionisme à celle de l’Etat d’Israël par l’ONU, son expansion, les atteintes aux droits de l'homme révèleraient-ils de la part de cette institution une "erreur politique" et une "faute historique" a contrario ?

Prononcé le 16 juillet 2017, lors de la commémoration  du 75ème anniversaire de la rafle du Vel’ d’Hiv’ devant Benyamin NETANYAHOU, ce postulat est dénoncé d’ « erreur historique » : l’arrêt de la police française de plus de 13 000  juifs et leur transfert à Drancy eu lieu avant la création d’Israël qui n’a pas et ne fait pas l’unanimité parmi les juifs dont les plus républicains donnent une priorité à leur intégration nationale. La « faute politique » réside dans l'avertissement « Nous ne céderons rien… » précédant la formule qui encourage le dirigeant d’extrême droite Netanyahou et ses alliés qui y voient un soutien à l’occupation et au colonialisme.

Les germes expansionnistes du sionisme

« Obtenir pour les juifs en Palestine un foyer reconnu publiquement et garanti juridiquement » : tel est l’objectif du 1er congrès sioniste mondial en 1897 organisé par Theodor HERZL, certain de sa réalisation.

Ce projet se fonde sur quatre postulats contestables. - La notion de l’existence d’un peuple juif car tous les juifs ne sont pas de la religion et les fidèles ne suffisent pas à le représenter. – L’impossibilité de l’assimilation, car l’histoire prouve le contraire. – Le droit exclusif sur la Palestine ne saurait être justifié par la référence à un texte sacré d’une religion monothéiste.

Un penseur sioniste, Asher Hirsh GINSBERG a d’ailleurs reconnu le droit des peuples Arabes sur ces territoires qu’il ne fallait pas croire en friche, mais où il était difficile de trouver un champ de terre arable non semé.

Dès l’Organisation sioniste créée, Herzl cherche des parrainages internationaux, notamment avec l’Angleterre avec laquelle il rêvait que l’idée sioniste « s’élancera plus avant et plus haut que jamais auparavant ». Il meurt en 1904. Puis en novembre 1917 le gouvernement de sa majesté envisage favorablement la création d’un Foyer national pour le peuple juif et l’aidera dans cette  œuvre, non sans intérêts stratégiques en pleine guerre mondiale, notamment une sauvegarde contre la puissance française et particulièrement le canal de Suez. Londres ne méconnaît pas les ambitions du mouvement sioniste et de son conseiller WEIZMANN. En effet, Lord CURZON, secrétaire au Foreign Office britannique,  écrit :

« Pendant que Weismann vous dit une chose, et que vous pensez ‘’Foyer national juif’’, il a en vue quelque chose de très différent. Il envisage un Etat Juif, et une population arabe soumise, gouvernée par les Juifs. Il cherche à réaliser cela derrière l’écran et la protection de la garantie britannique. » (1)

La SDN, Société des nations, dans le cadre de l’article 22 de son pacte de « mission sacrée de civilisation » confie à l’Angleterre en 1922 le mandat de développement de la Palestine et l’établissement d’un Foyer national juif, facilitant les institutions d’autogouvernement et encourageant l’immigration juive de façon concentrée à l’ouest  du Jourdain. Le mandat prévoit le 

droit à l’organisation sioniste, puis à l’Agence juive, créée en 1929 et présidée par David BEN GOURION en 1935, de donner son avis sur l’administration de la Palestine, ce que les palestiniens refusent évidemment.

Le mécontentement arabe monte depuis 1917 pour des promesses non tenues par les britanniques. Le partage des terres a commencé sans leur accord dès 1921, par le retranchement de la Transjordanie, puis en 1923 quand français et britanniques tracent les frontières de leurs mandats.  Tandis que les migrants affluent d’Europe, particulièrement d’Allemagne, plus motivés par la fuite des persécutions que par l’esprit sionisme, les affrontements s’amplifient entre les deux guerres. Un nouveau plan partage en 1937 accompagné d’un transfert de populations de 1 250 juifs et 200 000 arabes n’est accepté par aucun camp. Londres mobilise 50 000 et écrase la grande révolte de 1936-

1939 où 5 000 arabes dont la plupart de l’élite, 300 juifs et 262 britanniques trouvent la morts. (2) C’est le début de l’exile dans les pays voisins qui menacent de se rallier à HITLER. Prenant peur, Londres limite dans « le livre blanc » l’immigration juive, l’achat des terres et la Palestine resterait arabe. Un combat est mené par le Yichouv (descendants de juifs présents avant 1892, puis ensemble du mouvement pionnier et politique du sionisme) contre les britanniques pour la suspension de leur mandat.

Les véritables raisons de la création d’ISRAËL et l’éclosion de l’expansionnisme

Des milliers de juifs s’entassent dans des camps de déplacés. Dans l’urgence, la commission des Nations unies doit proposer des solutions. BEN GOURION déclare que seuls une patrie et un Etat sont une garantie que la catastrophe (la shoah) dont on ne sait si la conscience humaine peut se libérer de toute responsabilité ne se reproduira pas. Mais il réclame un droit sur toute la Palestine. Le sentiment de culpabilité, la méconnaissance du  peuple arabe et la rupture entre Londres et le Yichouv apparaissent comme les raisons essentielles de la proclamation de l’Etat juif le 14 mai 1948 et le découpage de la Palestine, sans tenir compte du rejet en masse de son peuple.

Mais en contradiction avec « les bonnes intentions » de l’ONU, les Etas Unis et l’URSS partageant la même stratégie d’installer une force soit occidentale, soit socialiste au Proche Orient et font pression pour le vote des accords. BEN GOURION choisit  le nom d’ISRAËL qui opte pour la démocratie occidentale. Il mise sur le soulèvement arabe que l’événement va susciter pour agrandir le pays et lui donner plus d’homogénéité dans l’avenir. La majorité des terres côtières et cultivables et 40% de l’industrie lui sont déjà attribuées, l’aide financière et économique arrive de tous les pays. Le découpage non fondé sur la population locale, la désorganisation qu’il entraîne, conduisent à l’effondrement des structures sociales et des moyens de défense des Arabes.

Au lendemain de la création, la première guerre éclate contre les révoltes arabes et  le nettoyage ethnique démarre. D’après Benny MORIS, historien juif, pendant ces deux années, 1millon 880 000 et  1 million 101 000 arabes ont été déplacés, expulsés ou massacrés. A l’Armistice de 1949, ISRAËL a augmenté son territoire d’un tiers.

L'erreur politique

Espérant installer la paix, l’ONU a semé des guerres successives considérées comme soulèvements ou révoltes par les palestiniens, comme des campagnes de terrorisme par ISRAËL. Maxime RODINSON, linguiste, historien et sociologue français (1915-2004) parmi les plus grands orientalistes, décrit ainsi la situation : « La formation de l’Etat d’Israël sur la terre palestinienne est l’aboutissement d’un processus qui s’insère parfaitement dans le grand mouvement d’expansion européo-américain du XIX et XXème siècles pour peupler ou dominer économiquement et politiquement les autres terres » (3). Suivent la guerre des 6 jours en 1967, celle du kippour en 1973, la 1ère intifada appelée guerre des pierres de fin 1987 à 1993 où un jet de pierre valait un bras cassé, la seconde intifada septembre 2000 à février 2005 due à une provocation d’Ariel SHARON, premier ministre sur l’esplanade des mosquées… après lesquelles ISRAËL augmente la superficie de ses colonies. Les manifestations de la jeunesse du vendredi derrières les grilles des territoires palestiniens font l’objet d’une riposte de l’armée tirant à balles réelles  pour estropier les membres inférieurs. ISRAËL servira de laboratoire d’armement  anti émeutes pour les sociétés occidentales.

La faute historique

Certains pays ont déjà révisé l’histoire dans les manuels scolaires à l’avantage de l’état hébreu, mais les réseaux sociaux mettent à jour l’actualité. Cet avantage se transforme en incompréhension et en répulsion menaçant son sort. Le 14 novembre 2019, s’ouvre la Quatrième Commission des Nations Unies devant laquelle ISRAËL doit répondre aux questions vigoureuses de ses « pratiques » affectant les droits de l’homme du peuple palestinien et des autre Arabes des territoires occupés, l'établissement d'un régime d'apartheid et de ségrégation raciale. Elle remet d’abord en cause le bien fondé de l’enquête et la légitimité du conseil spécial et refuse toute collaboration. ISRAËL reste sur la forme que doivent prendre les négociations entre elle et l’autorité palestinienne en particulier. Sa délégation fait état du leadership arabe en lui transférant la responsabilité pour avoir refusé le Plan de partage de la Palestine. Elle place ainsi les juifs en victime directe des conflits. Son autre système de défense réside dans la négation de la notion d’occupation de la Cisjordanie passée sous son contrôle en 1967 puisque celle-ci était sous mandat britannique en 1947 et sous occupation jordanienne  à ce moment là. Ce ressenti collectif d’être victime d’un peuple qui pourtant n’a  eu aucune responsabilité dans celui-ci le poussant à lui infliger en lieu et place de sa «catastrophe » un « désastre » social, économique et psychologique arabe ne résulte-t- ils pas d’un syndrome de l’holocauste ? Malgré le rapport accablant de la commission le jour suivant, les pays occidentaux continuent de profiter stratégiquement et économiquement de cet état de fait.

(1) GRESH Alain et VIDAL Dominique « Les 200 clés du Proche Orient », Fayard, Paris, 2011.

(2) Ces références sont prises dans l’ouvrage de Dominique VIDAL « Antisionisme = antisémitisme ? » Réponse à Emmanuel MACON, Libertalia, 2018.

(3) « ISRAËL, fait colonial ? », voir Les Temps modernes, n° 253 bis, Paris, juillet 1967.

 

 

 

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