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Billet de blog 4 août 2015

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Primo Levi, L’écriture du trauma. 4 août 2015, nuit de l'abolition des privilèges !

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Primo Levi, L’écriture du trauma 

Extrait, en avant-première, et pour fêter la nuit du 4 août,

De la traduction du livre de Lucíola Macêdo :

« Primo Levi. A Escrita do Trauma » 

Primo Levi, L’écriture du trauma 

Avec en primeur, carte postale envoyée cette nuit à un ami brésilien préparant avec ferveur des évènements importants pour la communauté de travail de l'EBP à Rio de Janeiro, au Brésil.  

Paris, 4 de agosto de 2015

Fernando, boa noite

A hora vai chegar … 

Et l’abolition des privilèges, aussi !

Linda a tua apresentação do trabalho pulsante da EBP-Rio ! Dá vontade de se associar, já faz tantos anos, mas agora talvez, com todos os futuros acontecimentos nacional e internacional, vá chegar a hora...

Enquanto isso, bem sozinha em Paris, totalmente vazio, vou levando um triplo trabalho:

1. de escrita minha, como te mostrei outro dia (cada dia, pelo menos, um texto de 2 ou 3 folhas !)

2. um trabalho de tradução do livro de Lucíola Macêdo: Primo Levi, a escrita do trauma   ( interessantíssimo)

3. E enfim, esse último trabalho que é cruzar vida pessoal e elaboração do tema da escrita do trauma, pra em setembro, espero fazer o passe...

Já dei um nome "bem escrachado" como entrada, em francês: Mieux vaut la passe que la police au cul !!! J'aurai l'occasion de m'en expliquer joyeusement ...

Et puisque votre enthousiasme ne cède pas, et même fait contagion: voilà un morceau de ma traduction d'aujourd'hui, pour te donner le la !

Prochainement, je le ferai savoir à l'éditeur ainsi qu'à Lucíola ( mais tout le monde doit être au courant, puisque c'est vous à Rio qui me l'avez gentiment envoyé !)

Um grande abraço caloroso.

Marie Christine

Enquanto isso também eu vou usufruir de vossa pulsação libidinal alegre e contagiosa, ....

E até mais...

Sans oublier que cette nuit, c'est la nuit du 4 août: l'abolition des privilèges, en France: on va bientôt y arriver !!!

Primo Levi 4 –

Si c’est un homme

Ouverture

 « Escrevendo,

 je trouvais un peu de paix,

                                     et je me sentais à nouveau un homme

                                                comme tous les autres :

                                                            ni martyr

                                                            ni infâme

                                                            et encore moins un saint »

Lucíola Macêdo,

Les marques du trauma

On a déjà tellement écrit et l’on continue encore à écrire sur le thème des Camps d’extermination nazis, tout au long de ces dernières décennies. Primo Levi, dans son premier livre Si c’est un homme (1), publié dans la chaleur du post-guerre, avertissait néanmoins que son témoignage n’ajouterait rien de plus aux détails atroces, bien connus, de cette époque-là.

            Mais il reste encore tant à écrire, soit sur l’opacité et les difficultés à dire, penser et comprendre, liés directement à l’événement ensoi, soit parce que les marques continuent à se transmettre de génération en générations – comme on peut le noter dans de nombreuses publications sur le thème, cette fois, sous la plume des fils et petits- enfants de ceux qui ont survécu comme de ceux qui ne sont jamais revenus. Les marques se transmettent, aussi bien par ceux qui transmirent que de ceux qui se servirent momentanément, ou pour leur vie entière, du silence comme protection contre l’horreur, la honte et la culpabilité (2).

            Les récits des générations suivantes, dans le monde entier et aussi au Brésil, rappellent fréquemment le témoignage de Primo Levi comme référence fondamentale (3). Fait qui renverra, à son tour, à ce qui se joue au cœur de la littérature de témoignage : soit prise dans cette nécessité incontrôlable de raconter, soit orientée par le désir de transmettre ce que fut pour chacun, et aussi pour une génération, les marques d’une rencontre avec le réel (4).

            Sur ce point, Levi écrit une présentation gênante dans son volume de témoignages sur le Lager.  « La vie offensée » sera un de ses derniers écrits :

 Il y a partout, décrit avec ingénuité, ou avec une surprenante force expressive, le trauma de l’effet d’étrangeté, de se sentir déraciné : le train verrouillé… l’arrachement soudain à son milieu, climat, pays, famille, profession, langue, amitiés, et le fait de se retrouver soudain dans une ambiance autre, étrange, incompréhensible, hostile…un monde à l’envers où l’honnêteté et l’indulgence sont punies, et sont récompensées la violence, la délation et la fraude (5).

  1. Levi, 1998a, p. 7.
  2. Grimbert, 2009, p. 7.
  3. 3.     La journaliste Helen Epstein a publié Children of the Holocaust (1979) et Where she came from : A daughter’s search for her mother’s history  (1997) dont le titre en français, Le traumatisme en héritage, représente la marque transmise entre générations. Dans la décennie suivante, elle publie Ecrire la vie : non-fiction, vérité et psychanalyse (2009). Parmi les ouvrages brésiliens, il y en a au moins deux parus récemment qui croisent des fragments de vie de trois générations : Journal de la chute (Laub, 2011)et Qu’est-ce que les aveugles sont-ils en train de rêver ? (Jaffe, 2012).
  4. 4.     Camp de concentration.
  5. 5.     Levi, 1997b, p. 1348.

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