Le Brésil, encore

Billet nécessairement partial, pour servir de lunette grossissante… Qu’il faille attendre la Coupe du Monde de Football 2014 au Brésil pour qu’un pays comme la France, et une ville comme Paris, se mette à nouveau en mouvement et démontre qu’elle est satisfaite parce qu’elle va pouvoir, entre autre, faire du fric avec, prouve qu’il y a quelque chose de pourri dans le royaume de France ! 

Billet nécessairement partial, pour servir de lunette grossissante… 

Qu’il faille attendre la Coupe du Monde de Football 2014 au Brésil pour qu’un pays comme la France, et une ville comme Paris, se mette à nouveau en mouvement et démontre qu’elle est satisfaite parce qu’elle va pouvoir, entre autre, faire du fric avec, prouve qu’il y a quelque chose de pourri dans le royaume de France ! 

Radios, journaux, livres, fondations, ambassades, cafés, réseaux alternatifs, tous du jour au lendemain apparaissent comme les nouveaux « urubus » de la « cause brésilienne » ! Entendez les nouveaux prédateurs. Emboîtant le pas, peu ou prou, à la FIFA ?

Ca a commencé récemment par une journée organisée à l’Assemblée Nationale pour rendre hommage à Raoni, ce grand chef indigène et figure tutélaire de la défense de l’Amazonie, contre la construction du barrage pharaonique de Belo Monte par les entreprises françaises EDF et GDF, sur des milliers d’hectares au cœur du Brésil, suivi d’un autre hommage au Conseil Économique et Social, le tout sous la houlette de Nicolas Hulot, et feu sa fondation. Quoi en penser ? Et en quoi et comment Raoni peut-il paradoxalement être manipulé ? Et en quoi cela ressort-il d’une drôle de conception anthropologique, encore bien paternaliste ! Raoni en « petit cheval blanc », tous derrière et lui devant, comme aurait dit Brassens !

Puis on a vu fleurir, en ce même début juin 2014 des programmations diverses et variées, de France Culture à Libération, en passant par Arte - s’offrant chacun d’ailleurs quelques pages ou heures d’écoute très recommandables sur la situation actuelle au Brésil, d’où il ressort en premier lieu le très et trop long silence dans lequel ce pays, la France, s’est tenu pendant plus de dix ans - entre 2004 et 2014, à propos du « géant émergé »,  et qui soudain apparaît comme le silence de la complicité et de l’omerta, celui qui a accompagné en France toutes les années Sarkozy ! 

Bien sûr d’autres voix, et c’est heureux, ont pris corps et se sont manifestées,  pour rendre compte de la période historique de la dictature brésilienne et du Coup d’Etat militaire de 1964, comme lors de la récente journée organisée par le Théâtre de l’Opprimé. Ou encore les quelques articles que Médiapart nous a offert explicitant la complexité du rapport du Brésil à sa mémoire.

De plus, dans quelques jours, pour ceux que cela intéresse, va se tenir pour la première fois à la Maison des Cultures du Monde un Colloque International sur le Brésil 1964, qui va certainement nous apporter son lot d’informations et de réflexions historiques d’importance. 

Mais tout de même, pour ceux qui, ici à Paris, ont quelque mémoire, il ressort que, depuis 2005 – dite Année du Brésil en France, nous n’avions plus connu cette sorte d’effervescence « joyeuse » autour du Brésil ! Même si les financiers ont changé de camp ( ?), et tant mieux !

Nos plus belles plumes, nos spécialistes ex- cathedra en tous domaines, nos plus belles voix, comme toutes celles et ceux que France Culture sait produire depuis si longtemps, tous experts ou chercheurs en poste - et qui malgré cela, n’ont pas empêché que la France se retrouve avec ¼ de la population votant pour le Front National aux dernières élections européennes, il y a deux semaines ce 25 Mai 2014, tous donc se sont donnés rendez-vous dans les médias pour produire, en avant-première à l’ouverture officielle de la Coupe du Monde de Football, même si en mode mineur, un Brésil à moitié festif… Et ceci même si les ardeurs et les fonds publics n’ont pas déversé, comme en 2005, leur manne abondante et  généreuse provenant d’un régime montant alors en puissance, soutenu par les sub-primes qui allaient avec…

Que dire, aujourd’hui, de plus sur le Brésil à Paris ?

Des sorties éditoriales bien maigres, mais à compléter, dont deux ou trois livres, objets de tous les égards, comme L’Eloge de l’Esquive, traité de l’art du dribble dans le foot brésilien, ou Une Théorie de Rio de Janeiro, aux éditions Actes Sud,dont il me reste à prendre connaissance, mais qui déjà apparaît comme la dernière coqueluche du guide touristique branché ! Plus sérieux, un livre paru chez l’Harmattan. L’invention du Brésil. De crises en crises, un géant qui s’affirme.

France Culture vient de lui consacrer deux jours au Brésil, les 7 et 8 juin derniers. Le lendemain de la si mémorable Commémoration du 70e Anniversaire du Débarquement Allié en Normandie, le fameux D Day, qui a eu lieu cette année en présence d’Obama et de Poutine, présidents des Etats-Unis et de la Russie. Et Arte, pendant tout le mois de juin, va nous abreuver de joyeux reportages, comme celui vu aujourd’hui 5 Juin, sur la cuisine brésilienne et les « passocas da vida» dans diverses régions du Nordeste.

Ce dont aucun parisien, ou presque, n’aura été capable au cours de ces dix dernières années - un peu de chaleur, de solidarité, de simplicité ou d’authenticité, le Brésil vient nous l’apporter sur un plateau d’argent, via des médias qui se gaussent toujours, en France, de savoir mieux parler des autres que d’être susceptibles d’un regard critique et plus lucide sur soi, via le miroir que nous tend l’histoire présente, aussi bien française que syrienne. 

Tourner la page de l’horreur frontiste et lepéniste, détourner le regard d’une Syrie ravagée et laissée à son plus profond désarroi, et continuer à n’avoir pour le Brésil que les yeux de Chimène ! Faut-il qu’il y ait encore une fois et continue d’avoir des enjeux stratégiques, politiques, et surtout économiques essentiels, pour que la France se tourne à nouveau soudainement vers le Brésil, dont on ne peut pas dire qu’on ait souvent entendu parler dans les médias français ces dix dernières années… 

Même pas pour inciter le « Brésil Renaissant », celui de Lula puis de Dilma, a faire pression en retour, et dans ce jeu de regards croisés comme par le passé, pression sur une France qui s’enfonçait dans l’escroquerie et l’obscénité - - aussi bien celle du fric que des valeurs anti-démocratiques !

Il a manqué une dialectique suffisamment forte entre ces deux démocraties, l’une naissante, l’autre à bout de souffle - dialectique que la France avait su faire jouer dans des périodes dures de l’Histoire brésilienne, pour aider à infléchir en retour le processus de profonde régression dans lequel s’est enfoncé peu à peu, avec la complicité de tous, l’ex patrie des Droits de l’Homme et du Citoyen !

Heureusement, nous venons de célébrer avec Tatane, Outros Brasis et Braséine une superbe fête du football, avec tous les gamins du quartier, sous le «  patrocínio » de la Commune Libre d’Aligre, animée par Yesser avec qui nous avons dégusté  une superbe feijoada, accompagnée par ses amis musiciens et chanteurs, dans la cour avoisinante !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.