Marie Christine GIUST

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Billet de blog 10 janvier 2015

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El mundo ya no es digno de la palabra

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Autre forme d'hommage. Nous sommes tous des Charlie....

El mundo ya no es digno de la palabra

                                               Nos la ahogaron adentro

                                               Como te asfixiaron,

                                               Como te desgarraron a ti los pulmones

                                               Y el dolor ne se me aparta

                                               sólo queda un mundo

                                               Por el silêncio do los justos

                                               Sólo por tu silencio y por mi silencio, Juanelo.

                                                                      Javier Sicilia

 C’est avec ces mots que le poète mexicain Javier Sicilia annonça qu’il allait taire définitivement sa voix poétique, après le massacre de son fils, parmi des dizaines de milliers de victimes collatérales de la « guerre civile » que se livrent depuis des années l’État mexicain et le crime organisé.

Comme c’est sur la question de la possibilité de l’art aujourd’hui, après Auschwitz, que Theodor Adorno tentait d’alerter avec Théorie Esthétique. La toute récente tuerie de Charlie Hebdo nous démontre pourtant qu’il ne faut céder sur rien, ni aux terroristes ni à  leurs acolytes, et continuer à user de la liberté de parole, de l’humour et de l’écriture, pour transmettre ce qui doit l’être.  Les récentes journées d’étude autour du Génocide du Rwanda, organisés au Mémorial de Shoah, à l’ENS, et à Paris 7, ont démontré comment les jeunes générations affrontent l’histoire à travers des recherches universitaires, mais aussi en la prenant en charge, avec le recours au cinéma ou au théâtre, comme lors de la soirée au Théâtre 1789.

On sait que l’art s’est progressivement émancipé d’avec sa fonction métaphysique originelle, et qu’elle serait  « ce qui reste des images cultuelles et magiques après que celles-ci ont perdu leur ancienne fonction transcendante, au terme d’un processus historique de sécularisation. »  Th. Adorno posait déjà cette question de l’impossibilité d’écrire un poème après Auschwitz, en 1951 : « Même la conscience la plus radicale du désastre risque de se transformer en bavardage ». Et Paul Celan ne cessera pas de tenter d’écrire cette épreuve d’un impossible pour la poésie, elle qui est survivante.  . « Elle a survécu à la production biopolitique dans les camps d’une survie à l’humain, et à sa conséquence ultime, la disparition du langage dans la figure du « musulman », tel qu’en parle G. Agamben dans Ce qui reste d’Auschwitz.

Dans « Vers une langue sans terre »- Adorno et l’utopie de la littérature, Antonin Wiser reprend, dans Cendres, ce qui reste de la littérature, cette question centrale pour Adorno, et encore si actuelle, de nos jours. La poésie, si elle prêtait son concours à la domination sans langage, céderait la place à la barbarie.  Et les rues du monde entier viennent de nous prouver avec force caricatures, affiches, et placards, que  « Nous sommes tous des Charlie » prêts à défendre la Liberté, celle des citoyens, de la presse, la liberté de parole et de vivre,  celle d’écrire aussi, au-delà de toute nécessité.

La psychanalyse, après Adorno, prend également en charge cette question, notamment avec Lacan, lorsqu’il parie sur le « dit à dire », et non pas sur « ce que le sujet ne peut dire, il doit le taire ». Vieilles questions, de la pensée s’élaborant dans le mouvement de la parole,  ou de celle qui différencie le « se taire » du « silence », Taceo et Sileo. 

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