Marie Christine GIUST

Abonné·e de Mediapart

1198 Billets

0 Édition

Billet de blog 12 mars 2015

Marie Christine GIUST

Abonné·e de Mediapart

Corruption, rompre les liens avec la démocratie ?

Marie Christine GIUST

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Corruption. De « corrompere » : rompre le lien avec… ? Détourner (le langage) puis l’argent, sous toutes ses formes. Cacher donc, en mentant. Pour finalement : berner l’autre ! Donc, l’entourloupe. D’où : Corruption. De corrompere : rompre les liens avec… la démocratie ?

Quel philosophe disait : « chacun son monde » ?

Entendez : son monde de représentations, de ce qui fait son monde. De quoi est-il entouré. Les objets mais surtout les idées, les préoccupations, les sympathies, les attentes, les révulsions, les déceptions, les utopies, etc… toutes confrontées à ce que l’on appelle parfois la réalité (quand on veut beaucoup le bec de quelqu’un : la réalité comme seul horizon de pensée…)

Ou mieux, confrontées au Réel de chacun, celui qui l’occupe pendant ses nits, dans ses rêves, et dès le lever le matin, dans sa rue, son voisinage, ses collègues ou partenaires de travail….

Tout ce qui fait son monde. Intimement. Personnellement. Là où se tient sa subjectivité, dans toute sa radicalité et son aspect unique. Comment il regarde le monde qui l’entoure et qu’il crée et invente au quotidien.

La corruption, un phénomène très insidieux puisqu’il a pour principe et essence a priori de ne pas devoir être dévoilé, donc doit rester caché.

Il entraîne des mécanismes de détournement, tant dans la parole que dans les actes.

L’argent est détourné, toujours au profit de quelques uns contre la majorité : il y va donc d’un processus anti-démocratique, où jamais il n’est question de redistribution générale, mais seulement «  se partager à quelques uns »  les bénéfices soutirer à l’ensemble des contribuables…

Mais aussi, ne pas oublier que plus on facilite la corruption ou fait la sourde oreille, ou joue à celui qui regarde ailleurs, etc. dans une forme de déni monumental, plus la corruption se répand et se généralise, pour devenir une problématique globale des populations, détruisant les liens de celles-ci avec leur gouvernement central, mais détruisant surtout tout ce sur quoi s’adosse une vie démocratique, et tous les signes d’une démocratie de délibération collective….Etc.

L’argent, c’est comme la parole ou les bijoux. Il y a les diamants, les poèmes, la musique ou alors  les faux diamants et le toc, en somme. Copie conforme, apparemment, mais totalement dévalorisée. Qui voudrait voir sa parole dévalorisée parce que rendue absconde, insigne, et sans intérêt, pour n’avoir aucune valeur propre et caractérisée, quand elle n’est plus le produit d’une réflexion personnelle éthique de haut niveau.

De plus, quand la corruption est organisée et facilitée par les représentants du pouvoir, l’on sait ce que cela signifie. La corruption se diffuse alors de haut en bas de la société. Des dites « élites sociales » à toutes les couches sociales de la population, qui se sentent alors et ainsi autorisées, et même légitimées à transgresser elles aussi les lois du vivre-ensemble d’une République, ou des nouvelles démocraties occidentales contemporaines, pour rabattre à leur seul profit, comme de simples prédateurs, et en s’attaquant à des proies ciblées, « leur objet de désir » : toujours plus d’argent, puisque celui-ci se caractérise de n’être aucun objet.

Donc, seul fonctionne le : toujours en vouloir plus dans une frénésie et une convoitise sans bornes. Un fonctionnement, inlassablement  à répétition, sans aucun frein. Une forme de machine infernale. Exemple, les décisions toujours plus absurdes de l’Europe, actuellement. Bel exemple de fonctionnement mafieux, dans son essence. Un délire collectif qui nous emmène droit dans le mur, disons-nous. Avec pour seule boussole : un plus d’accumulation pour un petit nombre. Soit une tendance inavouée mais largement assouvie à la rétention anale. Mais c’est comme dans l’histoire du lièvre et de la tortue, que racontait Lacan. Plus on s’approche du but, plus paradoxalement on s’en s’éloigne.

Un nouveau sport contemporain : à celui qui arrivera à détourner sans la moindre honte, des sommes de plus en plus considérables… Ce n’est pas la pyramide de Ponzi de Madoff, mais finalement ça y ressemble : chacun, la main dans le sac. Et ceci, du haut en bas de la pyramide sociale. Il suffit d’observer ce qui se passe en bas de l ‘échelle sociale, pour mesure l’obscénité foncière des processus de corruption et de détournement, auxquels semblent vouloir nous habituer les puissants actuels de ce monde, comme les pires prédateurs d’une jungle internationale.

Par exemple, s’il était admis autrefois que la corruption se circonscrivait au Brésil dans les favelas, lieux du trafic de drogue et de l’argent, l’on sait aujourd’hui, à l’œil nu,  que la corruption a toujours impliqué les élites sociales, intermédiaires dans les plus gros chantiers du BTP, les fameuses empreiteiras ! Et qu’il faudrait être bien naïf ou complètement débile pour imaginer que ceux qui voient circuler plein de fric n’aient pas l’envie de s’en mettre de côté, et plein les poches….

Durant les quinze dernières années, la corruption concomittante entre la France et le Brésil (période Lula et Sarkozy) était visible à l’œil nu, et a eu de quoi désespérer ou atterrer ceux qui en ont regardé d’autres se servir sur la bête !

D’où l’expression des « économistes atterrés ».

D’ailleurs l’avoir dénoncé sans relâche peut arriver à vous faire perdre un compte en banque, actuellement. C’est donc bien le signe que ces gens-là, non seulement ont quelque chose à vous cacher, évidemment. Mais aussi se paient sur la bête, en somme sur vous, tant qu’ils le peuvent, puis vous liquident. Proie privilégiée d’un certain temps, et de leurs « détournements », après usage, ils se débarrassent  de vous à peu de frais, eux les grands ordonnateurs de la finance mondiale. Eux donc qui ont tout pouvoir. Ou du moins se l’octroient.  Souvenez-vous Cleveland aux Etats-Unis, une histoire sordide !

On va bientôt en rire, de tous ces faux financiers, car ce sont des faux… Des constructions de discours. Des rhétoriques. Pour l’instant, nombreux sont ceux qui plient et croient se soumettre à des lois immuables, qui seraient tombées du ciel !

On va bien en rire quand, dans deux ou trois ans, à force de se plier à la tutelle de la Troïka, la France par exemple, qui vient d’accepter sa mise sous tutelle, va se retrouver dans la même situation que la Grèce, sans s’apercevoir qu’elle l’aura bien cherché ! Et sans jamais réellement avoir soutenu une autre orientation politique et économique alternative !

Parler de corruption, aujourd’hui, c’est y inclure tous les mécanismes financiers inventés depuis plus de vingt ans par le néo-libéralisme conservateur, pour déréguler la finance mondiale en trois étapes successives, et finalement faire de plus de la moitié de la population mondiale les dindons d’une farce que d’autres mangent aux petits oignons, ailleurs. Dans les paradis fiscaux, par exemple, ou même au Fouquet’s.

Ceux qui n’étaient à Paris, quand il a fallu laisser passer sur un tapis rouge des mecs comme Bachar El Assad, ou Kadhafi se rendant dans sa tente dans les jardins de l’Elysée ou de Matignon, n’ont jamais vécu le dégoût, la honte, et la rage qui pouvaient habiter les parisiens appelés à se faire les complices du pire…

C’est évidemment un exemple. Mais il peut facilement servir de paradigme à tout ce que des citoyens ordinaires, en leur qualité d’êtres parlants mais aussi d’êtres pensants,  ont dû supporter d’insupportable, depuis déjà tant d’années. Avec le déballage ininterrompu d’un fric obscène, produit bien souvent d’un trafic de drogue, par exemple, ou entrant dans la chaîne successive qui finit par appeler à toujours plus d’arrogance de la part de leurs usagers à l’égard du reste de la population non-consommatrice. De tous ses artefacts substitutifs et formes de plus-de-jouir à l’infini. Le processus peut être beaucoup plus sophistiqué ou dévoyé. Le résultat est toujours le même : l’appropriation. Et le processus : une nécessité psychique de se faire du fric sur le dos des autres. Et pire encore : berner l’autre.

N’est-ce pas bien le signe du  summum du cynisme contemporain ? Et surtout : comment créer ou envisager des fonctionnements démocratiques qui ne reposent que sur l’entourloupe du voisin ?

Résumons-nous. Détourner (le langage) puis l’argent, sous toutes ses formes. Cacher donc, en mentant. Pour finalement : berner l’autre ! Donc, l’entourloupe généralisée. C’est ça les nouvelles voies d’accès à la démocratie contemporaine ? Ca promet. D’où : Corruption. De corrompere : rompre les liens avec… la démocratie.

Donc à l’usage de tous ceux qui, dans les cercles universitaires, avancent l’idée quelque peu étrange que la corruption serait structurel (oui), mais aussi un épiphénomène incompressible (non), alors qu’en fait, depuis plus de dix ans, il met en danger les acquis de nos ex-démocraties européennes, et ceci sous le régime de « mise sous tutelle » comme pour la Grèce, ou tout simplement pour régime, comme en France, qui vécut dix ans financé directement par une dictature, « la lybienne » – ce qui n’est pas sans avoir eu de répercussions quotidiennes d’importance sur la dégradation et la destruction de nos acquis sociaux , mais aussi sur les formes de ravalement et de destitution que cela implica dans les liens sociaux…

La corruption, comme nombre d’autres processus sociaux contemporains, attaque directement  certaines valeurs propres aux démocraties contemporaines, notamment la prostitution au sens large, pour « ne pas se laisser acheter », mais encore le «  traitement des personnes âgées », elles aussi mise, pour la plupart sous tutelle, pour la plus grande joie du monde médical qui s’en fait une source de profit en médicalisant le geste même de fin de vie !!!

La mise sous tutelle.  Les économies européennes seraient-elles en voie de nous démontrer qu’un seul mécanisme, «  la mise sous tutelle » va maintenant concerner aussi bien  l’administration en surplomb de certains pays européens, comme la Grèce, que celle des personnes âgées ???

Addiction généralisée aux fonds de la Banque Centrale Européenne, redistribués à gogo selon le bon vouloir unilatéral de quelques uns,  généralisation d’une mise sous tutelle de la vie économique aussi bien que sociale, avec contrôle médical, de la naissance à la mort. Qui dit mieux ?

Simples conséquences des nouvelles « corruptions » ? Et leur lot massif des nouvelles formes de destruction des liens sociaux…

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.