Avant que de revenir sur certaines questions hyper-importantes, comme l'homophobie envers les femmes libres, mais aussi le scandale du futur contrôle fiscal des RMistes dans leur accession au CMU, ne boudons pas notre plaisir: celui de revenir sur l'amour de Machado de Assis par les éditeurs français !
Ah, oui ! Elle était donc jalouse, cette jeune éditrice, aujourd'hui couronnée de tous les lauriers d'une maison d'édition sérieuse, et bien pensante, "pleine d'amis au Brésil", d'après ce qu'elle déclare sur France Culture - après minuit, dans cette rediffusion - ah, oui, elle était donc jalouse( ?), et c'est pour ça que la jeune Madame Métaillié, apprenant naguère le portugais dans Dom Casmurro, s'est entiché du "seul" Machado de Assis, au point de décider ( comme ça, comme la jeune Montalembert, en d'autres temps, avec sa revue Bicéphale !), donc, de le traduire - ou mieux de le faire traduire en français, bien sûr, et probablement: dans un grand mouvement de générosité envers un public de lecteurs français encore inexistant, et qui n'allait pas tarder à lui faire des courbettes ( on dit comment: "lui tailler des croupières"?...) devant une telle initiative, d'une telle grandeur et générosité, et j'en passe...
Ah, oui: ne boudons pas notre plaisir ! Car après avoir écouté la dame en question quelques minutes, avec son langage mi-précieux et son débit peu fluide, m'est revenue en mémoire cette époque joyeuse où les fils et filles de la bourgeoisie parisienne nantie décidaient d'un coup de baguette magique, à tort et à travers, de devenir EDITEURS...
Ah, excusez-moi, mais alors que je prépare mon premier texte sérieux pour témoigner de la fin d'une analyse auprès de psychanalystes, si cela les intéresse, et que je m'en donne à coeur joie ( lecture, écriture, et tout cela en mausique), je ne résiste pas au plaisir d'nterrompre cette activité, pour partager "avec mes lecteurs à moi" une tranche d'histoire parisienne du début des années 70 qui, encore une fois, pour ces semblants à la gomme - ces faux-semblants-, vaut le détour amusé !!!
J'arrivais de Caen, j'avais connu 68, j'étais jeune étudiante en portugais, après m'être essayé à la médecine des mandarins français, en province, ( la même époque, probablement, que celle où Hélène Cixous découvrait Clarice Lispector, et où la Maison des Femmes était gouvernée de "main de maître" par Antoinette Fouque), je n'étais pas bégueule mais j'aimais ma liberté par-dessus tout, et je pourrais même partager avec François Regnault quelques souvenirs des coulisses du Théâtre Renaud-Barrault, de l'époque - avec la venue chaque été de la troupe de Jérôme Savary (que je regardais d'ailleurs à moitié ahurie !)- et où je travaillai comme ouvreuse, là au Théâtre d'Orsay. J'y'avais ramené tout un groupe de jeunes brésiliens, de passage, pour des tâches administratives, ou autres, comme portier, ouvreuse, etc...Rien à voir d'ailleurs avec les post-doctorants brésiliens actuels qui, à mon goût, se prennent bien trop au sérieux, et surtout, profitent doublement des largesses des autorités universitaires brésiliennes et françaises, avec promenade et séjours organisés au couvent Le Corbusier, aux frais de la princesse... Mais, ça, c'est déjà une tout autre histoire...
Revenons à nos moutons : Machado de Assis, en passe d'être traduit à Paris, au début des années 80... Et même si la dame, ce soir, sur France Culture, ne tarissait pas d'éloges conveus sur la pesonne de Gilles Lapouge, l'unique grand manitout dans le domaine Brésil, comme si le temps n'avait pas passé, et que les " souteneurs" officiels du Brésil en France, étaient immanquablement les mêmes depuis 50 ans ( ?) - sans renouvellement aucun et d'aucune sorte: sans la moindre once de métissage culturel, populationnel, ou intellectuel, à en être proprement ahurissant ( comme dans une petite ville de province !!!) - le nom fût prononcé: " jalousie". Mais de quoi parlait-elle au juste ?
De ces années 70/80 dans les facs parisiennes enseignant le portugais, j'ai quelques souvenirs de collègues, dont certains même ont pu devenir les pilliers officiels des facultés maintenant devenues brésiliennes, mais je ne crois pas avoir du tout la même vision ( ne pas avoir vu la même chose que d'autres), ni la même mémoire que celle de la version officielle transmise par France Culture. Dommage ! J'aurais préféré que ce soit Laure Adler, et des gens de sa trempe, qui en parlent, avec leur perspicacité, intelligence, irrévérence envers les lieux communs de la littérature internationale.
De l'époque des éditions Métaillié, qui allaient s'instituer peu de temps après, j'ai plutôt le souvenir de deux profs. de fac.venus du Sud qui nous faisaient lire Machado de Assis,comme leurs vieux auteurs portugais empoussiérés, et leurs vieilles méthodes d'analyse linguistique poussièreuses - qui ne connaissaient ni Greimas, ni Kristeva, ni Jakobson, encore moins Foucault, Lacan, Derrida, Deleuze ou Guatari, ... et qui nous regardaient avec des yeux d'ignorance totale, quand nous parlions, qui de musique, comme ma copine Dominique, ou qui de Márcio Souza et son boto Tucuxi, inconnu alors au bataillon des futurs maîtres de la nouvelle et récente Fondation Gulbenkian, sise maintenant dans le 7e arrondissement....
Peu importe. Mais la dame en question, une certaine Anne-Marie je crois bien, elle, a ouvert sa maison d'édition dans les locaux du cabinet d'architecte de son parisien d'époux ! Et puis, régnaient aussi à l'époque d'autres vieilles figures poussièreuses des facultés de droite, comme celle de Paris IV, avec un certain Teyssier, et sa grammaire incontournable ( grand prof. d'extrême-droite, à ce qu'on disait), et ses copains d'une autre époque, les Bourdon, puis même les Boisvert, qui, mais ceci personne ne vous le dirait, vivaient enfermés dans leurs bureaux poussiéreux de la Sorbonne ( aujourd'hui disparus) et ne connaissaient rien du Brésil: une manne pour les nouveaux conquistadors de tous poils !!!
Parmi eux, il y avait un jeune et brillant intellectuel, jeune agrégé, Mario Carelli, qui, après avoir ravagé quelques dames avec ses amours insolentes, entre deux allers-retours au Brésil où vivait ( et vit) encore une partie de sa famille, était devenu la coqueluche des nouveaux éditeurs et des jeunes facs "en mâle" de jeunes brésiliens... Dommage que celui-ci ait disparu si vite d'une longue maladie, après avoir fait un beau mariage de raison avec une belle descendante des De Lattre de Tassigny ( je crois ! ), car il faisait bien dans le paysage éditorial français de Littérature brésilienne, et ses lettres de noblesse si vivement acquises lui donnèrent très vite pied à terre fixe au CNL, Centre National des Lettres, d'où il put avec force largesse recevoir ses amis auteurs brésiliens...
La dame de ce soir sur France Culture n'en a pas pipé mot ! Etait-ce de lui dont elle était à l'époque jalouse ??? Ah, les histoires d'amour des éditeurs d'antan avec leurs auteurs et traducteurs parisiens de l'époque ! Les temps sont-ils restés vraiment inchangés ? Qui pourrait me donner quelque nouvelle de ses sagas parisiennes à tiroir, d'un genre alors plus droitier qu'il ne doit l'être aujourd'hui, probablement plus ou trop décomplexé !!!
Machado de Assis, pour sûr, iconoclaste en son temps !
Mais si on m'avait demandé par où je commencerais de lire Machado de Assis, comme tous les gens avisés de ma génération, j'aurais répondu par "O Alienista". Sans aucune hésitation ! Car c'est le plus bel et unique exemple en son genre, dans la littérature internationale, de la critique que l'on peut faire avec beaucoup d'ironie et d'irrévérence, et dans unstyle somptueux, sur les milieux médicaux traditionnels du siècle passé, et nommément celui des psychiatres lorsqu'ils s'entichent, encore aujourd'hui dans une grande partie du monde, d'énoncer la vérité sur d'autres, même une soi-disant vérité "scientifique",(celle de psychiatres trouffions et cul-terreux: excusez du peu !), alors que que Lacan ne cessa de pourfendre toute sa vie, et à juste titre, du seul fait de s'autoriser, ces gens-là, à parler à la place des autres... alors que Lacan, après Freud, passa son temps, avec le respect qu'il se doit, à laisser parler ceux et celles qui venaient à eux !!!
N'est-ce pas Fernando ? "Machado de Assis, l'iconoclaste": un observateur sans pareil de son temps ! Tu es d'accord, n'est-ce pas ?
Et n'en déplaise à certains, reconnaissons combien Lacan fut, comme Machado, un excellent "contre-maître" dans le champ de la psychanalyse !