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Billet de blog 17 oct. 2014

L'Inconscient comme scène politique

Marie Christine GIUST
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L’Inconscient comme scène politique. Réflexions à partir de deux conférences prononcées au Collège de France. Psychiatrie et Psychanalyse, ce 17 octobre 2014. Mon thème : La psychanalyse a à prendre en charge le refoulé social et politique

 Après les deux excellentes interventions de nos collègues psychanalyste et historienne, autour de l’émergence de la psychanalyse comme fait de civilisation, d’un côté, et des effets sur la psychiatrie française de la Grande Guerre , de l’autre -  qui ont eu l’heure de nous apprendre, rappeler ou révéler certains aspects essentiels des connexions entre ces deux  champs  et disciplines, et les évènements historiques autour de la Grande guerre, je voudrais, très succinctement, poursuivre leurs réflexions, en me limitant pour l’heure à un aspect et sens bien précis, et ciblés.

 D’abord, pour rappeler, quels que soient les liens historiques de Freud à la neurologie (une partie de ses études) et à la psychiatrie, aussi bien allemande que française, et les avancées qu’il a pu élaborer en lien avec ses études et réflexions personnelles, dans sa tentative d’élaboration conceptuelle de la psychanalyse, que ces deux champs, psychiatrie et psychanalyse sont distincts. Et doivent le rester, même si des dialogues très fructueux ont déjà existés entre les deux domaines, et continuent à exister.

 Rappeler aussi que Freud, malgré tout, a toujours cherché à sortir la psychanalyse de la médecine, même après ses débuts dans ce champ.  Pour conserver, de la psychanalyse, le côté le plus irrévérencieux et la part la plus contestataire, même s’il a dû le faire progressivement, habilement et avec doigté (cf. les conférences données aux Etats Unis).

 En atteste son « Interprétation des Rêves », qui, en 1900, officialise l’entrée de la psychanalyse, dans le monde moderne et le champ des nouveaux savoirs.

Rappeler également que la psychanalyse, à l’inverse des autres champs de la connaissance, s’alimente de l’inconscient, c’est-à-dire, de l’Envers du monde des sciences alors constituées.

Et rappeler aussi, et contrairement à la tradition de la psychiatrie, qu’elle a donnée la parole aux hystériques d’alors, inversant l’origine des nouveaux savoirs à venir. Montrant ainsi clairement que les nouveaux savoirs constitués en psychanalyse, et toujours susceptibles d’être re-questionnés, viennent des patients, et non plus des « malades ». Et qu’ils sont à eux-mêmes le problème et la solution.

 Exit donc les nosographies, et les classifications en tous genres qui ont fait les bonheurs des psychiatres d’antan, plus peut-être que de leurs malades. En tout cas, c’est sûr, et même si certains avaient un sens aigu de l’observation, leur renommée sociale, entre notables de la fin de siècle du 19e.

Donc, la psychanalyse : Grande révolution, dans la pensée !

 Que, maintenant, si je résume sans le trahir (et en ne pointant qu’un des multiples aspects qu’il a abordés dans sa conférence), quand R. Gori, en tant que psychanalyste, démontre que l’effondrement du libéralisme du début du XXe siècle participe de l’émergence d’un impensé, la part sociale et politique refoulées alors,  dans le champs de la science. Il pointe un refoulé qui émerge sur la scène sociale et intéresse au premier chef la psychanalyse. C’est un refoulé social et politique.

 Que la psychanalyse actuelle aura toujours à en entendre cette part, celle de l’inconscient comme scène politique.

D’autant plus, dans le contexte actuel des sciences dites dures, des récents développements technologiques, et du capitalisme international débridé et cynique que l’on connaît depuis quelques années…

D’autre part, lorsque Isabelle von Buelzingsloewen, en tant qu’historienne, pointe, entre autre, dans les milles précisions historiques qu’elle nous apporte, le fait que, en grande partie, l’anti- psychiatrie des années 60 et 70,  se doit à une frange de la population « communiste ou cathos de gauche » impliqués dans la des-hospitalisation des hospices d’aliénés, c’est une observation centrale. Qu’il faut entendre comme un plus, plutôt qu’en minimiser la portée actuelle.

Quand, donc, on associe ces deux points, évoqués chacun, par l’un d’entre eux, on tient en somme le versant du dialogue et de la dialectique entre ces deux champs, la psychanalyse et la psychiatrie, qui ont été les plus productifs et les plus innovants dans le champs thérapeutique, par le passé.

Et que cette articulation peut donc mener aux réflexions les plus centrales, non seulement  sur comment la psychiatrie de ces quarante dernières années (1960- 2000) a grandement  pu rendre efficace sa thérapeutique, lorsqu’elle opérait conjointement avec l’approche psychanalytique – dans le sens de « l’efficacité symbolique » de Lévi Strauss, reprise par Lacan-     , mais aussi permettre de penser aux perspectives futures, où la psychiatrie se réappropriant son versant politique d’alors, peut effectivement aider à produire des champs décalés de savoir et de thérapeutique, contrevenant aux excès actuels de retour aux enfermements abusifs, à la médicalisation excessive, et aux techniques de dressage – dont on ne parle jamais, mais qui ont refait surface dans des nombreux hôpitaux !

 En somme, à eux deux, si on les écoutait bien, ils pouvaient conjoindre une des sorties possibles de l’enfermement asilaire, actuellement de retour, par répétition pulsionnelle des acteurs sociaux, ainsi que l’éternel travail de remise en chantier sur les intrications des pulsions de vie et pulsions de mort, quand elles se mettent au service de la vie.

 Il me semble que, là où la psychanalyse, mis aussi Foucault, nous ont permis de sortir des grands opérateurs disciplinaires hérités du passé, s’appuyer sur l’irrévérence contenue dans toute prise de parole libre, articulée à des réflexions consistantes dans le champ politique actuel, ne peuvent que nourrir et alimenter ce que pourraient devenir  ou redevenir ces deux champs dans le futur, s’ils étaient à nouveau délestés de certains préjugés qui ont encore de beaux jours devant eux,  en termes de discrimination mentale ou sociale.

 Parenthèse. Une réserve oblige tout de même à rappeler ici que, dans les périodes des deux guerres mondiales, comme dans les périodes de régime autoritaire ou totalitaire, les dits malades mentaux ont toujours soufferts de très graves discriminations, et de traitements inhumains  qui ont été le fait de politiques collectives assumées, comme pendant la période de vichy, avec les dénis collectifs ultérieurs qui en ont longtemps masqué la gravité et la cruauté. Il suffit de rappeler combien sont morts de faim, comme dans les camps de concentration nazis, et que là aussi, c’étaient des objectifs nettement ciblés, qui en ont fait la chair à canon des pires exactions et manipulations humaines. Je propose ici de lire en avant-première, quelques réflexions sur un livre à paraître prochainement, dans sa traduction française, Holocauste Brésilien.

Que la psychiatrie, comme elle le fit dans la période «  lacanienne », celle de l’Inconscient à Ciel Ouvert, continue à s’associer à la psychanalyse pour explorer encore et toujours, le champ politique actuel, sans détourner le regard des productions intellectuelles nombreuses qui réfléchissent à d’autres modalités sociales que celles qu’une mafia internationale marchande à fini par imposer ( je pense, par exemple, au livre de Thomas Piketty), semble un horizon bien plus fécond que  de revenir au passé figé et immobilisé d’une psychiatrie qui, en grande partie, a fini par se laisser bouffer par les délires d’une taxinomie insoutenable scientifiquement !

 Pour conclure.Vie et mort, ces deux notions toujours au centre des préoccupations des êtres humains, qu’ils soient considérés comme aliénés, malades mentaux, bien portants, ou parlêtres, resteront pour toujours l’horizon des hommes et des femmes, quels que soient les plus différents champs du savoir qu’ils investissent.

 Ce que la psychanalyse avait et conserve de polémique, d’irrévérencieux, de libertaire, elle le puisera toujours, et d’abord, dans la création. Que ce soit dans l’art, la peinture, la musique, la poésie, la littérature, etc. Dans ces champs de la création qui s’adossent à la part irraisonnée et irrationnelle des individus, l’Inconscient, pour en faire le champ de leurs explorations mentales et créatrices les plus variées.

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