Marie Christine GIUST

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Billet de blog 24 janvier 2015

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La pensée globale, absente du champ universitaire français actuel !

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La Pensée Globale inexistante dans le monde universitaire !

C’est à une terrible régression que l’on assiste quand on se déplace dans les facultés et les séminaires parisiens, pour réfléchir avec d’autres, quelqu’en soit la discipline !

Exit la réflexion, la pensée critique, l’élaboration collective, au profit d’un blablabla et d’un rabâchage de notions abscondes, rarement assimilées, ni questionnées, avec un manque tangible d’élaboration intellectuelle minimale !

Exit aussi toute pensée qui s’adosserait ou se re-déploierait à partir d’une réflexion politique globale sur le monde d’aujourd’hui, incluant les questions philosophiques et éthiques qui lui sont afférentes, et connexes, comme si la pensée était maintenant absente du champ globalement dit  intellectuel.

Plus rien ne peut être dit ni discuté, qui questionne les intervenants – non pas pour ce qu’ils sont mais pour ce qu’ils disent- et l’exemple de l’événement récent du massacre et de la tuerie de Charlie Hebdo en est la première illustration et une caisse de résonnance impressionnante…

L’indigence de la pensée en France est abyssale… On se demande même comment le pays de feu Cohn-Bendit et de tous les ex-philosophes, peut nous présenter un tableau aussi décadent et indigent de la pensée française actuelle «  en non-mouvement » !

Le lundi suivant la marche « Je suis Charlie », dans le premier séminaire où je me suis rendue,  au Collège International de Philosophie,  pensant pouvoir mettre des mots, quelques uns, sur des émotions, des affects mais aussi ébaucher collectivement quelques réflexions, les échanges furent rapidement écourtés par le responsable du séminaire, à la va-vite, sans véritable discussion, avec un retrait dans l’analyse langagière de textes  philosophiques qui se fit le seul terrain d’échange possible. Dans la forclusion du reste.

Trois ou quatre fois dans la semaine, le même scénario. En colloque de psychanalyse, dans les locaux de la Théologie Protestante, le week-end, ou encore en séminaire d’Histoire de l’Art, à l’INHA, enfin, dans une réunion sur l’Histoire des Roms, à Paris 7…

Il y a de quoi être stupéfait, profondément ébranlée par ce qu’on observe : la transdisciplinarité est absente, quand elle ne se présente pas sous la forme exclusive d’une juxtaposition d’interventions de chercheurs, provenant de différents horizons, et dont les débats entre eux sont toujours inexistants, soi-disant par manque de temps…

Si l’on va à une journée d’étude en psychanalyse, c’est pour écouter sagement, et surtout se taire ! A la différence que ces autres réunions n’admettent même pas le principe d’un questionnement : de là d’où parlent les intervenants, et de leur légitimité intrinsèque. Le titre universitaire ou le poste servant à (et de) faire valoir et d’autorité intellectuelle intangible et inquestionnable. C’est absolument effarant, de vieillerie… Et c’est la même chose, partout. Donc, si on n’a pas une chaire universitaire à soi, pas de parole possible !

Et même plus : en une semaine ou deux, j’ai pu vérifier que les intervenants, pour la plupart, ne savent plus parler ni exposer leurs idées. La dialectique oratoire leur manque. Et en contrepartie, ils lisent de façon monotone et monocorde des textes dont on ne comprend rien, nous auditeurs, mais eux non plus, semble-t-il…

Et quand un président de séance leur demande, vu le temps qu’il leur reste, de bien vouloir exposer oralement les grandes articulations de leur pensée : ils n’y arrivent pas.

Il y a un tel déficit de pensée dans toutes ces réunions qu’il paraîtrait urgent d’ouvrir un espace critique, susceptible de leur faire appréhender l’articulation de leurs réflexions philosophiques, par exemple, avec le champ politique : le contexte international actuel, pour tenter de réfléchir à voix haute sur les perspectives futures… 

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