C'est Frédéric Lavachery, le fils biologique d'Haroun Tazieff qui redonne vie à ce père prestigieux qu'il a connu mais qui ne l'a pas reconnu. L'auteur nous rappelle dans un ouvrage éblouissant, l'être d'exception qu'il fut, tant par sa trajectoire de vie qui l'a conduit à la Résistance que par ses apports scientifiques fondamentaux dans le domaine de la volcanologie.

Haroun Tazieff fait partie de ces héros qui éclairent nos rêves par leur corps-à-corps avec la mère nature, car il savait converser avec les entrailles flamboyantes de la Terre et il nous permettait de le suivre jusqu'au ravissement.

« Un volcan nommé Haroun Tazieff 1» nous projette dans les images et les émotions du passé mais pas seulement. On apprend beaucoup sur les volcans grâce à l'ingénieux professeur qu'est Frédéric Lavachery. Il donne sa place au père, au scientifique et à l'artiste. À la fin, il récupère la sienne en tant que fils dans un mouvement presque symphonique en écho l'un à l'autre. Haroun et Frédéric définitivement réunis. On ose la familiarité car il nous la permet, tout comme la grandiloquence car elle sied au sujet.

couverture

A l'époque où Haroun Tazieff était la personnalité préférée des Français, on savait bien qui étaient nos héros : alors qu'il nous emmenait sur les volcans lors de ses nombreuses émissions télévisées, l'aventure se poursuivait avec le Commandant Cousteau qui nous faisait découvrir l'ineffable profondeur de la vie des océans.

Aussi populaire que ces deux scientifiques, autre héros adulé par les médias, l'abbé Pierre nous incitait régulièrement à partager notre quotidien avec ceux qui n'ont rien.

Ces hommes-là nous rendaient fiers car il ont fait avancer l'humanité dans ce qu'elle représente de plus civilisé, alliant les vertus de la connaissance, de la beauté et de la générosité. Tout cela nous semblait tellement normal et naturel au moment où le monde des images commençait à inonder les foyers.

Et c'est donc Frédéric, le fils d'Haroun, qui réveille cette époque dans cette biographie après avoir créé en 2008 l'association qui lui est consacrée où l'on trouve ceci :

« Le philosophe Régis Debray, d’une phrase, a situé exactement la portée de l’œuvre d’Haroun Tazieff et l’oubli souvent volontaire dont elle est l’objet :

« Souhaitons que demain le cas Tazieff intègre l’histoire et la philosophie de la science. »

Le site web du Centre Haroun Tazieff est une première réponse au souhait du philosophe. Il s’adresse à tous. »

http://tazieff.fr/

Après des retrouvailles, le fils aussi surdoué et têtu que son père, a fui la facilité d'un projet professionnel tout tracé et opté pour un choix des plus courageux qui soit, à savoir dénoncer la pédo-criminalité qui intoxique nos sociétés. En effet, il a étudié les ramifications inédites des réseaux pédophiles dans le contexte de l'affaire Dutroux. Et il est aujourd'hui encore convoqué devant les assises de Bruxelles en juin 2014 pour plainte en diffamation concernant un notable qui figure dans son ouvrage publié avec Jean Nicolas dans « Dossiers pédophiles, lescandale de l'affaire Dutroux » ( édition Flammarion 2001) alors qu'il y a prescription. C'est un choix héroïque car toutes les personnes qui s'y sont intéressées, même pour des raisons professionnelles, ont subi des attaques ad hominem et un discrédit qui a eu momentanément raison de leur carrière et de leur réputation.

Notons que Marc Toussaint, l'ex-gendarme gradé qui était chargé d'enquêter sur le réseau lié aux enlèvements de Dutroux, explique dans un ouvrage « Tous manipulés ? Avant, pendant et après l'affaire Dutroux » ( Editions Bernard Gislson 2010) pourquoi et comment il a été écarté et son travail ignoré lors du procès.

Il faut aussi rendre hommage à des hommes qui ne font pas profession de lutter contre la pédocriminalité et qui y consacrent quand même une attention particulière. Pour des raisons humanistes, un réalisateur qui n'a peur de rien, Jean-Pierre Mocky, a osé faire un film sur le sujet « Les ballets écarlates ». Il est le seul artiste qui ait tenté de dénoncer ces réseaux pédophiles. Le film n'est jamais sorti en salle car il n'a trouvé aucun diffuseur pour le distribuer. Il est très en colère :

https://www.youtube.com/watch?v=R4v22tAYg9o

Comme le dit et l'écrit Karl Zéro lors de la promotion de son ouvrage « Disparues » ( éditions de l'Archipel 2014 ), c'est le dernier tabou en France, et le mieux protégé,

et il suppose que la raison en est la présence de notables qui en ont les moyens. On ne veut pas croire en l'hypothèse d'un enlèvement d'enfant sur commande, c'est trop insupportable, mais uniquement au thème du prédateur isolé. Il rappelle le livre de Serge Garde et Laurence Beneux ainsi que son film sur « le CD Zandvoorde, le fichier de la honte » qui rassemble des centaines de photos pédopornographiques qui n'a provoqué aucune recherche des enfants violés et a fortiori aucune condamnation des pédocriminels.

http://www.youtube.com/watch?v=z4Y0kLc346Y

Rappelons ici que Homayra Sellier a créé l'ONG « Innocence en danger » pour lutter contre ce fléaux que l'UNESCO - où elle était intervenante - refusait de prendre en considération.

A ce stade du billet on peut se reposer la question : aujourd'hui qui sont nos héros ? La question se pose quand ce qui fait de l'audience – on pense à l'affaire Dominique Strauss Khan – n'a plus rien à voir avec la soif d'apprendre et d'admirer de chaque téléspectateur quelque soit son âge.

Qui fait preuve de courage, qui fait avancer la civilisation en s'insurgeant efficacement contre les comportements les plus rétrogrades comme la pédophilie et les violences conjugales ? (bien mal désignées car il n'y a pas interactivité dans 90% des cas). Quelles personnalités nous proposent dans les talks shows et autres interviews les médias qui font l'opinion ? Il semble que désormais et plus que jamais, l'anti-héros, « performateur » machiste, a plus de chance de faire le buzz que le défenseur de la veuve et l'orphelin.

Ce n'est pas l'Avocat Général Luc Frémiot qui a pourtant fait avancer d'une manière considérable la lutte contre les violences conjugales en proposant des solutions inédites et réparatrices des traumatismes subis par les femmes battues. Son livre « Je vous laisse Juge » ( Editions Michel Laffont 2014) n'a pas eu, ou si peu, l'honneur des médias.

Celui qui met les médias à ses pieds, c'est l'avocat Eric Dupond-Moretti, « acquittator » surnommé également « l'Ogre des assises » par la chroniqueuse judiciaire Pascale Robert-Diard, pour la détention d'un tableau de chasse où figurent plus de 120 trophées... ou plus exactement plus de 120 acquittements. Nul ne s'inquiète des victimes – du moins celles qui sont en vie – à qui l'on n'a pas donné droit et qui avaient affronté les affres de la procédure suite à la plainte et du procès aux assises. Mieux vaut se mettre du côté de celui qui gagne, on ne sait jamais, on peut tous un jour ou l'autre avoir besoin d'un EDM en cas d'ennui !

C'est donc bien la loi du plus fort qui sévit impérieusement dans le « dire et faire pareil » de « L'horreur médiatique » ( Jean François Khan) alors que le degré de civilisation est lié à la manière dont les plus vulnérables sont protégés. Nous sommes bien peu à nous y intéresser et l'année 2014 qui devait être consacrée à la lutte contre la maltraitance est consacrée à l'engagement associatif. C'est l'affaire des professionnels certes, mais depuis la jurisprudence de la mystification d'Outreau, ils ne peuvent plus travailler correctement.

Le livre de Frédéric Lavachery est un rappel de la pratique des vraies valeurs qui engendrent souvent le rejet et la solitude, un rappel aussi de la puissance des pulsions archaïques qui s'allient à la soif du pouvoir quand la fin justifie les moyens.

dedicace

Je remercie solennellement Frédéric Lavachery - que je n'ai jamais rencontré – qui m'a fait l'honneur de me dédier son livre dans le contexte de mon travail sur l'affaire d'Outreau en ces termes :

« A tous ceux qui, pour avoir eu le courage de la dignité, se sont retrouvés seuls, ne serait-ce qu'un jour, et à Marie-Christine Gryson-Dejehansart, je dédie ce livre. A mes enfants je dois de l'avoir écrit ».

Il a écrit par ailleurs en dédicace sur mon exemplaire : « A Marie-Christine qui sait combien le respect de l'enfant exige que la vérité soit libre. »

Je suis sûre qu'après la publication de ce livre, il mettra de nouveau la noblesse de son talent au service de la lutte contre la pédo-criminalité, il ne sera plus seul à avoir le courage de la dignité, nous sommes désormais nombreux à avoir compris l'enjeu de civilisation que cela représente et dont nous sommes tous responsables.

 

N.B. J'ai appris que pour le procès du 25 juin, Frédéric Lavachery n'a pas le droit de se défendre sans avocat or il n'a pas droit à l'aide juridique. N'ayant pas les moyens de payer un avocat, le Président lui en désignera un d'office, qui se retournera ensuite contre lui pour être payé. Autant dire que sa prestation a toutes les chances d'être calamiteuse pour les victimes. Il espère avoir le droit de parler en dernier ! Il est important de savoir que tout comme l'affaire d'Outreau, l'affaire DUTROUX-NIHOUL n'est pas terminée. Affirmant avoir été le témoin en 1999 du travail des RG français en Belgique, il fera aux assises de Bruxelles le lien entre la gestion de l'affaire Dutroux et celle de l'affaire d'Outreau .Il serait fort utile que les avocats des associations de Défense des enfants français et belges se mobilisent pour Frédéric Lavachery car il n'a d'autre motivation dans son engagement que la défense des enfants victimes.


1 http://www.editionsarchipel.com/livre/un-volcan-nomme-haroun-tazieff/

 


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