Quand Christine Angot affronte Sandrine Rousseau et... Freud

Nous sommes face à un tournant majeur relatif à l'évolution de notre civilisation qui se débat avec le tabou de l'inceste et la lutte contre les agressions sexuelles.Deux héroïnes s'affrontent, pourtant elles ont un rôle fondamental à jouer.C'est le moment de le faire, car la théorie des fantasmes sexuels œdipiens, sciemment inventée par Freud pour protéger les pères incestueux n'est plus crédible

Christine Angot face à Sandrine Rousseau, les hypothèses explicatives

Ce samedi 30 septembre 2017, dans l'émission « On n'est pas couché », l'ex femme politique, Secrétaire Adjointe de EELV, Sandrine Rousseau venait évoquer avec sincérité et émotion, l'agression sexuelle dont elle a été victime de la part d'un haut représentant de son parti, relatée dans son ouvrage « Parler » (2017). Il était question de tout le parcours qui avait fait suite et du chemin de croix des victimes de harcèlement sexuel et/ou d'agression sexuelle- elle n'était pas la seule - pour être entendues et comprises dans un contexte gravement machiste. Le machisme allant jusqu'à considérer ce genre de déni humiliant de la personne comme une forme de drague ok...un peu lourde mais bon! Il faut dire qu'en politique et dans l'entreprise, il est parfois assimilé à une  sorte d'arme de guerre, pour amener les femmes à renoncer à leurs ambitions, nécessaires autant que légitimes. Le témoignage de Sandrine Rousseau, évoquant la souffrance des femmes et engageant aussi des propositions pour que les choses évoluent, et ce, avec des mots choisis et une certaine élégance, a imposé l'empathie et l'admiration car la résilience était là et avec elle, la combativité et l'action positive.

Il s'avère que celui qui reçoit cette forme de témoignage reste protégé par ce discours, par ces paroles distinguées qui semblent, pour les détracteurs, jeter un voile pudique sur la réalité des faits. C'est ce qui lui a été reproché par Yann Moix, mais d'abord et intensément par Christine Angot. Alors qu'une réaction de solidarité aurait pu être attendue de sa part, ayant été elle-même victime d'inceste... il n'en fut rien, loin s'en faut !

Ses réactions ont été totalement dictées par sa propre souffrance, c'est clair... mais ce fut surtout inacceptable  émotionnellement comme socialement. Les responsables de l'émission n'ont pas diffusé les huées du public pour épargner leur chroniqueuse. L'agressivité déplacée dont elle a fait preuve à l'égard de Sandrine Rousseau a déconcerté autant qu'elle a scandalisé le téléspectateur.

Pourquoi une telle attitude ? Allons plus loin dans l'explication avec le plus grand respect et en termes d'hypothèses qui pourront être réfutées… sans doute avec agressivité également. Je n'y apporterai aucunement la technicité requise en expertise, car il ne s'agit pas d'un article professionnel mais « sociétal »,  juste une analyse que l'on appelle phénoménologique, qui s'appuie avant tout sur le bon sens et l'expérience. Si l'affaire d'Outreau est utilisée pour le critiquer, j'en profiterai pour rappeler que 12 enfants ont bien été reconnus victimes de viols, d'agressions sexuelles, de corruption de mineurs et de proxénétisme, les experts ont bien travaillé puisque les jurés les ont suivis.

Revenons à Christine Angot, elle n'a pas supporté l'idée que l'on puisse demander de l'aide, elle qui n'a pas été entendue ni aidée et qui a dû se débrouiller seule, mais ce serait trop réducteur en terme de causalité, car un adulte n'a pas la vulnérabilité de l'enfant. Face aux révélations de viol dans l'enfance par Francis Huster, lors d'une précédente émission, elle a réagi sans agressivité en rappelant que la parole de l'enfant n'est jamais entendue dans ce cas-là.

Il faut préciser que la victime d'inceste dans l'enfance et à l’adolescence qui n'a pas été prise en compte et qui a vécu sous l'emprise incestueuse mortifère -qui dilue l'autonomie physique et mentale - continue, ad vitam æternam, dans certaines situations relationnelles, de tenter de s'en dégager à tout prix. C'est une exigence existentielle voire vitale. La victime continue à lutter seule, envers et contre tous, à contretemps et de multiples manières, en fonction de sa personnalité et des contextes. Être « une personne » est une revendication qui ne peut totalement s'assouvir sans rejeter l'autre, qui reste une menace d'aliénation permanente, a fortiori s'il présente des points de ressemblance. Quand Christine A. rétorque qu'elle ne fait pas partie d'une brochette de victimes, face à une demande de participation à une pétition ou à une émission sur le sujet (ah ce terme de brochette, la puissance des mots, l'image de l'empalement), y répondre, c'est radicalement disparaître dans un groupe d’appartenance. Or il faut s'en dégager à tout prix, pour rester soi ! Mais le moteur originel est bien de vouloir se dégager et s'échapper - par procuration - de l'emprise de la personne que a créé le crime incestueux parce que cela n'a pas été possible en temps et en heure !

Quand Christine A. s'insurge contre l'idée que l'on puisse « former à l'écoute »... c'est sans doute parce que pour elle, il s'agit d'emprisonner les victimes dans les filets d'un savoir contraignant... alors que c'est « l'humain et ses oreilles seules qui doivent entendre » ! Or il est illusoire de penser que toute personne fut-elle bienveillante, puisse accueillir ce type de révélation, sans risquer de provoquer une souffrance surajoutée par une réaction inadaptée.

À relever aussi son rejet d'une forme de possession par l'autre ou d’enfermement par les mots, avec l'attribution d'un statut professionnel, qu'elle refuse un jour pour le revendiquer un autre jour. Je veux parler du statut d'écrivain, elle rejette l'attribution de son interlocuteur lors d'une précédente émission, pour revendiquer la liberté totale de l'artiste… puis le revendique face à celui « d'écrivaine » proposé lors de cette dernière émission. À juste titre par ailleurs, car la représentation de la personne qui écrit n'y est pas encore correctement inscrite, explique t-elle. Les mots sont plus forts que nous, précise-t-elle avec rage... oui, le mot écri-vaine n'est pas anodin, il n'a pas la maturité de ceux qui renvoient aux images, il ne crée par la vision de celui qui écrit, et il reste porteur de ce qui est vain ou vaniteux !

Et puis, toujours dans le contexte de cette rébellion existentielle, le fait de reproduire ce qu'elle écrit en tant qu' artiste... comme l'a fait Sandrine Rousseau qui cite « Une semaine de vacances » dans son ouvrage, est aussi interprété comme une forme de captation par l'instrumentalisation... la colère de Christine A. couvait, voire bouillonnait sans doute, depuis la lecture de cette citation.

Enfin, quand Christine A. évoque encore la notion de discours, c'est parce que celui-ci semble tourner autour du pot pour dissimuler les faits du vivant – sacrifié - et la réalité-du-corps-cru, qu'elle a su, elle-même, si bien exposer.

Et de manière paradoxale, quand elle critique le traitement télévisé des agressions sexuelles du fait du sordide des décors ou quand il est enserré dans un contexte qui relève du politique, c'est un vécu de l'être difficile à suivre, et c'est voulu, il s'échappe même à notre compréhension. Être compris par l'autre, c'est déjà entrer dans une forme d'appartenance à l'autre par le biais de son raisonnement et de cela, il ne peut être question. L'altérité reste un combat permanent et inachevé. Il est le reflet de l'impact du crime sexuel le plus déstructurant qu'est l'inceste.

Et pour conclure, il faut évoquer le retrait lorsqu'elle quitte le plateau, qui n'est pas une fuite mais une mesure de protection d'urgence, de la manière la plus objective et la plus symbolique qui soit.

Au final, le message de Sandrine Rousseau est fort utile mais celui de Christine Angot l'est tout autant et dans un autre registre, un registre plus profond et plus archaïque.

Voilà justement ce que j'avais écrit la semaine dernière dans un billet non publié :

L'apport sociétal des victimes : la vérité de Christine Angot

Au plan sociétal, s'il est vrai que les théories antivictimaires (on verra plus loin la création par Freud du fantasme sexuel œdipien) continuent de masquer la réalité, on note pourtant une avancée significative quant à la ré-insertion sociétale en toute connaissance de cause, de la victime d'inceste. Et l'on accepte que la plus hérétique d'entre elles, ne cache pas le crime comme Barbara, dans une aura poétique, une re-création du père symbolique idéalisé, comme le font un grand nombre de victimes. Il s'agit bien de l'écrivaine Christine Angot, férue d'oxymores qui se veut avant tout artiste du réel qui permet la prise de conscience sociétale sur l'horreur d'un acte sexuel imposé à un enfant par son père - ou sa mère. Cet acte a été jusqu'alors rendu flou et intellectualisé, voire sacralisé par la notion de tabou, dans son interprétation sociologique et ethnologique.

Christine A. fait passer dans la littérature et dans les médias une réinscription de l'acte sexuel incestueux débarrassé du filtre d'une théorisation dévitalisée et désincarnée. Le lecteur est invité à plonger dans la mémoire brute d'une fellation interminable - et dans tous les détails de son incongruité - qui lui a été imposée lors « d'une semaine de vacances » et qui ne peut relever d'un prétendu fantasme sexuel œdipien. ( pas plus que les plaintes des enfants d'Outreau qui évoquaient leur bouche en sang après de telles pratiques ). Ce récit est totalement indispensable, car il va plus loin que les procès verbaux que les experts doivent lire, plus loin que les récits qu'ils reçoivent et dont ils ont à analyser la crédibilité à partir d'échelles scientifiques mises au point par la recherche en victimologie. Plus loin encore que les bribes d'horreurs qui émergent douloureusement lors des psychothérapies, quand elles ne sont pas attendues.

Le livre de Christine A. est l'étape ultime de la prise de parole de la victime au niveau sociétal et médiatique, plus dérangeant que celui de Eva Thomas qui, dans  « Le sang des mots » (1986) dénonçait le déni de son psychanalyste sur la réalité de l'inceste qu'elle avait révélé. Elle a retrouvé la santé quand elle s'y est opposée, l'a quitté, s'est formée pour devenir elle-même psychothérapeute.

Rien de tout cela pour l'écrivaine controversée ! Elle ose... ne pas s’identifier aux quelconques bénévoles qui se réparent en aidant d'autres victimes. Elle se réalise en tant qu'artiste et c'est ce qui fait la force de l'exposition de l'atrocité des relations sexuelles imposées à un enfant ou à un adolescent, robotisés par un père, vidé de toute sa réalité filiale et symbolique.

Et lors de l'émission du 23 septembre, notre (bigre) chroniqueuse, a pu rendre audible les spécificités de son psychotraumatisme qui font l'objet des critiques de ses détracteurs. Elles lui ont permis par exemple, de lire le passage le plus cru du roman de David Lopez, qui a provoqué  une gêne intense chez son auteur, par ailleurs promis à un bel avenir. La joliesse des phrases lui (à Christine A. ) font obstacle à la vie, celle-ci doit s'incarner au niveau du sexuel pour que le contact de la lectrice avec le narrateur puisse exister.

Christine A. a donc réussi à être aujourd'hui une voix médiatique qui donne son avis sur les manifestations culturelles de tous horizons, apportant son expertise personnelle d'artiste aux œuvres d'écrivains, de chanteurs ou d'acteurs et même de politiques, dans l'émission la plus courue par tous « ONPC ». Ses échanges très vifs avec Alexis Corbières et précédemment face à Fillon sur un autre plateau, ont fait le buzz sur le net.

Je concluais ce billet de la façon suivante :

Christine A. est donc devenue chroniqueuse en compagnie de Yann Moix dans l'émission « On n'est pas couché » du dévorateur, pétri d'humour et d'humanité qu'est Laurent Ruquier, après une expérience malheureuse chez Ardisson il y a quelques années. C'est une victoire indéniable pour la ré-introduction dans la sphère d'appartenance médiatique pour une ancienne victime jadis l'objet d’opprobre et de rejet comme c'est encore souvent le cas ailleurs. Il s'agit d'une avancée de civilisation indéniable. Barbara était parvenue aussi à cet accueil à bras ouverts, mais elle était restée dans le flou poétique qui accordait une sorte d'auréole positive à l'inceste et à un désir de père qu'elle avait re-créé symboliquement, comme le font nombre de victimes.

Aujourd'hui je crains qu'elle ne redevienne l'objet d'une curiosité malsaine. Mais je reste quand même persuadée que ses interventions accompagneront la prise de conscience du plus grand nombre, sur la tromperie majeure qui a traversé des dizaines d'années, il s'agit de la création par Freud du concept de fantasme sexuel œdipien. L'objectif de Sigmund était bien de sauver les pères incestueux, comme il l'a précisé dans une lettre à son ami Wilhem Fliess.

Quand Freud voulait intentionnellement sauver les pères incestueux

Le revirement de Sigmund Freud concernant l'impact psychopathologique des agressions sexuelles précoces sur la victime, est connu sous le nom de « seconde théorie de la séduction ». Le terme de séduction renvoie bien à l'adulto-centrisme de Freud, critiqué par son condisciple Sandor Ferenczi qui a, on le sait, lucidement évoqué la confusion des langages, l'enfant recherchant l'affection en retour et non pas la sexualité lors de ses élans affectueux vers l'adulte. Freud a expliqué et justifié ce renoncement de manière officielle à l'aulne de sa bonne foi de médecin et de chercheur. Michel Onfray a repris pour sa part, les décryptages des auteurs du « Livre Noir de la Psychanalyse » (2005) qui relèvent des raisons beaucoup plus pragmatiques et intéressées, qui remettent en cause son intégrité. Les lettres de Freud à son ami Fliess - longtemps censurées - ont été une source de compréhension de son fonctionnement intellectuel, d'une richesse insoupçonnable. Selon la lecture de Michel Onfray, Freud aurait sacrifié son père à la construction de sa théorie sur les fantasmes sexuels œdipiens en faisant de lui un grand pervers. Mais ce n'est pas le décryptage qu'en ont fait Philippe Laporte ou Eliette Abdecassis. Ce sont les enfants et les femmes qui sont sacrifiés. Ce qui est particulièrement intéressant dans ces extraits c'est bien le sens que Freud donne lui-même à ce renoncement et l'objectif qui le sous tend.

Philippe Laporte en fait état dans son ouvrage « L'érotisme ou le mensonge de Freud » (2009), cet auteur n'est pas invité sur les plateaux télé comme Michel Onfray, son livre est oublié au bénéfice du sien « Le crépuscule d'une idole » (2010). Il estime, avec raison, que ce philosophe ne peut comprendre la psychologie, n'étant pas praticien, pour brillant et pertinent qu'il puisse être dans bien des domaines. En outre, il s'est intéressé à Freud uniquement dans le cadre des idées en philosophie. Sa démarche a, c'est bien dommage, noyé cette révélation primordiale sur la création de toute pièce de la notion des fantasmes sexuels œdipiens. Ce que Philippe Laporte appelle un contre-feu, a focalisé l'intérêt sur le débat d'idées entre les puristes et les tenants du  « Livre noir de la psychanalyse ». La théorie de l'inceste fantasmé est passé à l'as! Et pour Philippe Laporte, c'est cet aspect de l'épistémologie psychanalytique qui sera l'objet de son propos :

« Les théories de Freud sont un reflet de ses propres névroses qu’il croit universelles.
Il accepte de fermer les yeux sur les fautes sexuelles des pères, le sien compris.
Il soutient une théorie, celle du complexe d’œdipe, qui lui permet de répondre aux femmes qui se souviennent avoir été violées par leur père alors qu’elles étaient enfant que leur souvenir ne se rapporte pas à un événement réel mais à leurs fantasmes sexuels ayant leur père pour objet.

Freud n’est pas allé chercher bien loin son complexe d’œdipe. Ce mensonge, c’est celui de tous les violeurs du monde qui affirment que la femme violée ment, ou, en dernier recours, que c’est elle qui était porteuse du désir. C’est trop facile !

Freud est donc un fils soumis car il accepte de dissimuler la faute du père, mais cette soumission lui coûte infiniment. Son invention du complexe d’œdipe, édifice central de la psychanalyse, celle de ses théories à laquelle Freud tient par-dessus tout, et pour cause, est une magnifique réponse à la névrose qui le ronge : l’honneur est sauf, les pères sont disculpés, mais l’instrument qui les disculpe est un porte-voix par lequel Freud annonce au monde entier son désir de tuer son père par aversion pour son comportement sexuel. »

Eliette Abécassis dans « Un secret du Docteur Freud  (2014) » reprend cette approche, sans référencement d'ailleurs et de manière affirmative - bien que cela ne soit pas le sujet du livre - sans que personne n'y fasse écho par la suite, de manière significative. Elle renvoie également le lecteur aux lettres échangées entre Freud et Wilhem Fliess. A la question : pourquoi réfutait-il la théorie de la séduction paternelle ? Elle fait parler Freud en ces termes : 

«  Il ne voulait pas admettre l'idée que l'inceste soit plus répandu que ce que l'on croit. C'est ce qui l'a dirigé vers la théorie du complexe d’œdipe, qui permettait d'envisager la chose du côté du fantasme de l'enfant, et de sa volonté de séduire le père ou la mère ».

Elle y revient et insiste p 190  :

« A cause d'une discussion, il dit à Fliess qu'ils devaient cesser de croire que la cause de l'hystérie résidait dans des abus sexuels subis pendant l'enfance car cela les obligeait à accuser trop de pères - le sien bien sûr, mais celui de Fliess aussi. Il avait donc dû revenir sur des positions qu'il affirmait pourtant avec assurance. C'est ainsi qu'il évoqua pour la première fois l'existence du fameux " complexe d’œdipe " auquel il donna le nom de complexe paternel » en toute logique après tout ce qu'il avait observé dans les cas de ses patients. Il avait trouvé en lui des sentiments d'amour envers sa mère et de jalousie envers son père, et il pensait que ces sentiments étaient communs à tous les jeunes enfants. Si les filles désiraient leur père elles pouvaient très bien envisager une relation fantasmée ou mensongère avec celui qu'elles adoraient. C'est ainsi que le mythe grec d’œdipe s'était imposé à lui et l'avait conduit à changer le nom de ce complexe. Et il avait pu sauver les pères. Le sien et celui de Fliess. Il se rendit compte que Fliess était soulagé. Et il comprit alors que c'était lui qui cherchait à le faire renoncer à sa croyance quant au rôle des abus sexuels dans la genèse des névroses.  »

Il est tout à fait regrettable que ces acquis ne soient pas diffusés davantage, car les fantasmes sexuels œdipiens font partie de la première théorie antivictimaire, à savoir qu'elle est utilisée pour réfuter les révélations d'agressions sexuelles et de viols incestueux ; elle a été exportée vers les tribunaux par des experts psychanalystes, durant de nombreuses années. Et c'est une nouvelle eau de jouvence très pâlotte heureusement, qui lui a été momentanément donnée avec l'affaire d'Outreau. J'en veux pour preuve le débat qui a opposé le psychanalyste Samuel Lepastier et le philosophe Mikkeel-Jacobsen co-auteur du « Livre Noir de la Psychanalyse » (2005). Le premier, dans la Tribune du Monde du 8 février 2006 le second, dans cette même tribune le 16 février de la même année. Je laisse la parole à la conclusion de Mikkeel-Jacobsen :

[.. . ] « Il est impossible de le suivre lorsqu'il conclut que le désastre d'Outreau aurait pu être évité si les experts au lieu de prendre pour argent comptant les accusations des enfants, avaient su y voir, tout comme Freud après 1897, des fantasmes de séduction sexuelle  exprimant des pulsions[... ] dont la forme la plus aboutie constitue le complexe d’œdipe.   Faut-il rappeler que des enfants, à Outreau, ont bel et bien été abusés, de la façon la plus réelle qui soit ? »

Il faut reconnaître que cette vérité judiciaire n'est pas connue du grand public, l'omerta étant maintenue, car elle sert une synergie d'intérêts de tous ordres.

La théorie des fantasmes sexuels qui a quand même perdu de sa vitalité avec les acquis en victimologie infantile, a malheureusement été relayée par d'autres théories antivictimaires : Outreau (les enfants inventent), le SAP (Syndrome d'Aliénation Parental, aujourd'hui proscrit mais encore vivace), les faux souvenirs (cf procès de Rennes) et le Syndrome de Münchhausen par procuration. L'étude de la biographie de certains des auteurs discrédite également leur intentionnalité, en plus des constats sur l'absence de leur validité scientifique.

Or, si je peux me permettre pour conclure, la pratique en pédopsychiatrie puis en cabinet libéral depuis de longues années, ainsi que celle des expertises et psychothérapies, a permis de repérer une autre manière de percevoir le fonctionnement dit œdipien (non sexualisé) et ce, dans un contexte de la pensée par couple. "Faire couple" relève du fonctionnement le plus indispensable de la construction de l'enfant comme je l'ai montré à l'aide de différentes techniques dans le chapitre « Œdipe revisité » dans « L'enfant agressé et le Conte créatif » (2013). J'aimerais pour terminer, lancer le débat sur cette autre vision de la construction psychique de l'enfant et ce, à partir du renoncement définitif  au concept de fantasme sexuel œdipien.

 

 

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