marie-christine gryson
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Billet de blog 2 déc. 2013

Adélaïde à Berck-sur-mer ou la petite sirène rendue à la mer

C'est le titre du conte créatif élaboré samedi avec des enfants1 - tellement traumatisés par ce drame qui s'est passé si près de chez eux - comme un hommage réparateur, vraisemblablement à tous nécessaire.

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C'est le titre du conte créatif élaboré samedi avec des enfants1 - tellement traumatisés par ce drame qui s'est passé si près de chez eux - comme un hommage réparateur, vraisemblablement à tous nécessaire. Le groupe « conte thérapeutique » s'est transformé en mini-cellule psychologique comme à chaque fois qu'un événement l'exige. Cette fois-ci, c'est la mise à mort d'une fillette de 15 mois par sa mère, qui l'a déposée sur le sable d'une plage de la cote d'Opale, afin qu'elle soit submergée et emportée par la mer.

La télévision avait présenté le récit d'un pécheur douloureusement mortifié d'avoir pris pour un phoque étendu sur le sable, cette petite fille emmitouflée dans sa combinaison foncée.Les phoques sont, en effet, fort nombreux à la baie de l'Authie à Berck. Alors les enfants du groupe « Conte » ont imaginé que l'enfant avait été déposée à marée basse afin qu'elle rejoigne ses amis les phoques pour devenir une petite sirène à la marée montante. C'est ainsi qu'il a été question du retour à la mer de la petite sirène, dans un contexte enrichi de multiples péripéties expliquant l'enchainement de l'histoire à hauteur de leur univers. C'est comme cela qu'ils ont pu aménager psychiquement l'insupportable assassinat prémédité d'une mère, dont leur conscient en reste malgré tout les témoins bouleversés.

Il ne faut pas oublier que les enfants regardent également les actualités télévisées et que ces drames les affectent profondément. Le réel cru leur impose des agressions qu'ils ne pouvaient imaginer ailleurs que dans les contes, dans un registre où le merveilleux répare tout en assurant la protection des plus vulnérables. Cet espace transitionnel, cet airbag renforcé, leur permettra d'affronter seuls le monde réel en toute sécurité psychologique.

Cette plage de Berck, si douce, si belle et que je connais tellement bien, tout comme le psychiatre Expert judiciaire, Président de l'Institut de victimologie Gérard Lopez qui y a présenté récemment son dernier livre « Enfants violés et violentés le scandale ignoré »1 comme un signe du destin. Gérard Lopez rappelle dans son livre (tout comme Anne Turzs2 Pédiatre Directeur de recherche émérite à l'Inserm et Pierre Lassus3, Psychothérapeute, essayiste et ancien Directeur d'établissements, tous trois grands spécialistes de la maltraitance) que deux enfants meurent chaque jour sous les coups de leurs parents.

Ce billet a pour but de rappeler également cette terrible réalité, car le constat de la professionnelle de terrain que je suis, est tout aussi alarmant quant au peu de cas que fait actuellement notre société pour la protection des enfants. Le leitmotiviv causal étant en partie le référentiel erroné Outreau qui a affecté l'imaginaire collectif au point que cette injonction qui amenait les adultes à protéger naturellement des enfants innocents a volé en éclats. De fait, ils auraient à présent davantage tendance à se protéger eux-mêmes des enfants. Tant que ce nouvel inconscient collectif ne sera pas assaini par la ré-information sur la mystification d'Outreau, nous aurons du mal à progresser dans ce domaine.

Anne Turzs qui a récemment organisé avec André Vallini un colloque au Sénat sur la maltraitance se désespère du peu de signatures qu'a obtenu la pétition demandant que l'année 2014 soit l'année de la lutte pour la maltraitance (seulement 2000 signatures) alors que celles qui évoquent la maltraitance des animaux en obtiennent des centaines de milliers.

La plupart du temps ces meurtres restent ignorés mais certains enfants tout comme Typhaine Marina4 et Fiona5 permettent de le rappeler par l'émotion médiatisée qu'a suscité l'atrocité de leur mort. Elles le doivent au fait que leur disparition a pu être traitée comme le feuilleton morbide d'une enquête judiciaire que le téléspectateur peut suivre jour après jour, comme dans les séries télévisées qu'il affectionne. Les morts de Adélaïde, Typhaine, Marina et Fiona ont été prises en compte parce qu'elles ont pu faire partie de cette société de l'image qui a donné effectivement à voir les épisodes tragiques, des agissements de leurs parents. De fait, comment échapper aux images de la mère d'Adélaïde qui conduit dans sa poussette la fillette vers la mort, passées en boucle des dizaines de fois et celles des interviews des parents des autres fillettes jouant la comédie de la douloureuse supplique aux prétendus ravisseurs, alors qu'ils étaient eux-mêmes les auteurs de leur mort.

Pourquoi la mère d'Adélaïde a-t-elle amené son enfant sur cette plage de Berck-sur-mer plutôt que sur une autre alors que son accès depuis Saint-Mandé, son lieu de résidence, est si compliqué... L'enquête le dira. Mais pour l'heure, l'actualité donne à cette station balnéaire une notoriété dramatique dont elle se serait bien passée.

C'est avec le film « Le scaphandre et le papillon », tiré du livre de J.D.Bauby, enfermé dans son corps6 que les couleurs impressionnistes et la générosité de cette plage blanche avaient été magnifiées. Mais c'est depuis plusieurs siècles, qu'elle est le lieu d'accueil de ceux qui souffrent : les mineurs aux poumons silicosés et les tuberculeux dans un premier temps et puis à présent, tous les blessés de la vie par maladie ou par accident.

Dany Boon a donné le point d'orgue d'une vision caricaturale mais paradoxalement tellement chaleureuse de son climat aléatoire qui enchante tous ceux qui ne peuvent se payer la méditerranée. Et puisqu' « elle a été lavée au canard WC » au final, il n'y a rien à regretter... (Cf son sketch sur « Beurck » dans lequel il évoque le bleu, invraisemblable pour un ch'ti, de la mer méditerranée... Pour prendre un peu de distance).

En conclusion, je dirai une fois de plus que la psychologie ne s'est pas assez penchée sur la phénoménologie de l'existence d'un enfant pour une mère et sur l'impact éventuels des différents traumatismes sur son investissement.

Les enfants du coffre et de la baignoire7 sont des cas d'école auxquels peuvent s'associer celui-ci, car ce drame donne un éclairage renouvelé sur la symbolique originelle dont les enfants ont eu l'intuition innée pour leur conte créatif et pas seulement parce que la langue française associe dans ses sonorités la mer et mère. Le travail phylogénétique de Jung et l'approche thalassique sur nos origines de Férenczi rappelant les équivalences entre le liquide amniotique et la mer sont, aujourd'hui encore, des repères à ne pas négliger.

Une meilleure connaissance de cette relation mère-enfant pourrait être très utile à la prévention de tels passages à l'acte qui ne trouvent pas d'explications dans la misère ni dans la psychopathologie.

En l'occurrence la mère d'Adélaïde n'était pas habituellement maltraitante, son compagnon parle d'elle comme d'une mère « magnifique ». Il s'agit d'une femme d'un très bon niveau intellectuel et qui selon son avocate aurait en toute lucidité, du moins ce qu'elle en croit, euthanasié son enfant. La mise à mort d'un enfant en bonne santé, par celle qui lui a donné la vie, reste une des plus grandes tragédies humaines qui nous soit données d'étudier à nous, les professionnels de la psychologie – et pas seulement.

Mettons nous au travail pour y réfléchir tous ensemble, avec de vrais moyens afin de mieux protéger les enfants.

Faisons de 2014 l'année d'étude sur la maltraitance qui doit être reconnue "Grande Cause Nationale »! Il y a urgence !

______

1Je reçois en « groupe thérapeutique Conte » des enfants rassemblés autour de la même problématique selon la méthodologie du Conte créatif ( cf « L'enfant agressé et le Conte créatif » paru chez DUNOD en mai 2013

______

1Publié en début 2013 chez Dunod

2« Les oubliés, enfants maltraités en France et par la France » Seuil 2010

3http://www.dunod.com/auteur/pierre-lassus

4http://blogs.mediapart.fr/blog/marie-christine-gryson/170612/proces-marina-elle-niait-la-maltraitance-de-ses-parentsqui-l

5Dont le corps n'a toujours pas été retrouvé.

6Atteint du Locked-in syndrom après un accident cérébral

7http://blogs.mediapart.fr/blog/marie-christine-gryson/041113/le-bebe-du-coffre-le-bebe-de-la-baignoire-et-le-tabou-de-linceste-pour-frederic-mitteran

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