Outreau : F.Burgaud/B Tavernier, la mauvaise foi d'un grand Monsieur

Pierre Joxe, en habit d'avocat, venu dignement soutenir Fabrice Burgaud à l'audiencement de sa plainte, a assisté à un étonnant spectacle donné par  Bertrand Tavernier qui, cette fois-ci, n'en assurait pas la réalisation . Cela se passait le 3 décembre, au Tribunal de Grande instance de Paris, le cinéaste Bertrand Tavernier y est devenu l'acteur d'un mauvais film dont le texte écrit par son avocat, était pour le moins invraisemblable voire ubuesque. En effet, il a été dit que ce n'était pas le vrai juge Burgaud qu'on a envie d'exécuter quand on parle du juge d'Outreau, mais celui du film « Présumé coupable » ! Il aurait suffi de lui demander pour en être rassuré. Mais aucun regret, aucune excuse et pas même un regard ont été adressés au magistrat blessé qui rappelons-le encore, a sorti de l'enfer des viols en réunion, au moins 12 enfants reconnus victimes par la Justice.

Pierre Joxe, en habit d'avocat, venu dignement soutenir Fabrice Burgaud à l'audiencement de sa plainte, a assisté à un étonnant spectacle donné par  Bertrand Tavernier qui, cette fois-ci, n'en assurait pas la réalisation . Cela se passait le 3 décembre, au Tribunal de Grande instance de Paris, le cinéaste Bertrand Tavernier y est devenu l'acteur d'un mauvais film dont le texte écrit par son avocat, était pour le moins invraisemblable voire ubuesque. En effet, il a été dit que ce n'était pas le vrai juge Burgaud qu'on a envie d'exécuter quand on parle du juge d'Outreau, mais celui du film « Présumé coupable » ! Il aurait suffi de lui demander pour en être rassuré. Mais aucun regret, aucune excuse et pas même un regard ont été adressés au magistrat blessé qui rappelons-le encore, a sorti de l'enfer des viols en réunion, au moins 12 enfants reconnus victimes par la Justice.

Quelques mois auparavant, après avoir visionné - afin de le commenter pour l'émission C à Vous - le film tiré du livre de l'huissier Alain Marécaux, Bertrand Tavernier avait prononcé ces paroles terribles sur la mise à mort du magistrat : "Je ne suis pas pour la peine de mort mais quand on voit ce film on a envie d'exécuter ce juge d'Outreau ».

Il a soutenu que c'était ce personnage du film qui a réussi à forcer son émotion et provoqué sa colère et que c'est à lui qu'il s'en est pris, et non pas à la personne de Fabrice Burgaud. Or le rôle de Fabrice Burgaud est joué par un sosie qui porte son nom et qui mène  comme lui l'instruction de l'huissier accusé et condamné en première instance puis acquitté en appel.Pas un spectateur n' a douté de l' authenticité du copié-collé du juge réel et de l' acteur du film.

Quelle tristesse de voir dans cette XIIème chambre correctionnelle, Fabrice Burgaud une fois de plus accablé par des propos meurtriers émis cette fois par une personne qui est censée représenter la culture et la civilisation de l'intelligentsia française. Quelle tristesse de voir Bertrand Tavernier dépenaillé sans plus « faire artiste » dans cette salle du Tribunal et affalé comme un vieil Homme, mortifié de se retrouver sur le banc des prévenus. Il était habitué aux récompenses et aux honneurs tellement mérités pour l'œuvre admirable qu'il a accompli au service de la culture. Il a livré lors du procès de nombreuses anecdotes emportant quelque temps l'auditoire dans son monde, ce qui lui permettait sans doute de se rassurer en revêtant les habits de la personne publique qu'il est, respectée et écoutée, en haut lieu parfois.

C'est justement parce qu'il est un grand Monsieur que ses propos violents sont d'une lourdeur et d'une résonance considérables a précisé Me Jean-Yves Dupeux car il n'est pas n'importe qui. Et l'Avocat Général de renchérir en évoquant le terrible statut de bouc émissiare de Fabrice Burgaud :"Vous avez hurlé avec les loups et plus fort que les loups et vous avez blessé!" On aurait pu s' attendre à ce moment là à l'expression d'un regret... mais toujours rien... rigidifié dans la doxa d'Outreau qui a imposé la mise au pilori du magistrat. Ce maintien au pilori semble être un réflexe d'auto-protection car "cela peut vous arriver à tous" avaient dit par injonction d'identification Alain Marécaux et Dominique Wiel aux caméras des procès télé-réalités.

Le procès correctionnel du 3 décembre a traversé de grands moments surréalistes durant lesquels le cinéaste et son avocat se prenaient les pieds dans le tapis en démontrant l'inverse de ce qu'ils venaient de dire quant au destinataire de l'incitation au crime. Difficile, voire impossible de faire croire que lorsqu'il parlait de son indignation face au seul léger blâme que le juge d'Outreau avait reçu du Conseil Supérieur de la Magistrature, il parlait toujours du personnage du film, mais surtout pas de l'homme Fabrice Burgaud. L'explication donnée par Bertrand Tavernier a été la suivante : il s'est indigné face aux cartons qui sont présentés à la fin du film pour donner au spectateur la situation actuelle des personnages... Avec la sanction du CSM et donc la sanction du personnage du film et non pas de celle du vrai Fabrice Burgaud ! Abracadabrantesque!

Et puis il y a eu cet aveu à la fin de l'audience quand Bertrand Tavernier a été autorisé à parler une dernière fois pour sa défense, il a dit au milieu d'un florilège d'allusions à ses films et à d'autres et aussi à la vie en société en général : « Le film ne fait pas qu'attaquer Fabrice Burgaud..... »... Nous y voilà, il s'agissait donc bien de Fabrice Burgaud.

Le producteur du film Christophe Rossignon et le réalisateur Vincent Garencq cités comme témoins, semblaient, quant à eux, contrits et penauds...Non pas d'avoir provoqué ce déferlement de haine à l'égard de Fabrice Burgaud mais d'avoir mis Bertrand Tavernier dans un si mauvais pas.

Ils ne pouvaient que reconnaître qu'ils avaient forcé le trait pour la démonstration, ayant choisi de montrer l'huissier en allant dans l'extrême...il fallait «  montrer un homme jusqu'au fond du fond » ( geste à l'appui de Christophe Rossignon ). Mais seul face à lui, face à cet homme décharné, ne cessant de pleurer, et de tenter  se suicider, il y avait le juge présenté comme une machine implacable...comment alors ne pas focaliser de manière répulsive toute la colère produite par la compassion traumatique. Et pour qui s'intéresse à l'évolution de l'opinion dans cette affaire, la sortie du film a relancé de manière phénoménale les injures et les menaces  sur le web à l'endroit de l'ex -juge d'Outreau.Elles y sont encore et toujours à la moindre allusion sur cette affaire, sans aucune distance du rationnel, des phrases toutes faites presque pavlovienne qui évoquent le lavage de cerveau par l'image.Rien sur la lucide mise à distance des guignols de l'info par exemple "L'huissier se suicide le lundi et il est à la télé le mercredi".Il fallait faire du pathétique et culpabiliser tout ceux qui ne se révolterait pas contre les professionnels de cette affaire et en l'occurrence contre le bouc émissaire stratégiquement isolé.

Vincent Garencq a cité comme à chaque fois qu'il est question d' enfants victimes de pédophile, le suicide d'un instituteur qui allait être mis en examen après des révélations de cet ordre. On oublie de dire que chaque année plusieurs centaines de personnes, adolescents ou adultes se suicident suite à des actes pédophiles subis dans l' enfance.

Ni Christophe Rossignon, ni Vincent Garencq  n'a pu expliquer clairement pourquoi ils n'ont pas rencontré Fabrice Burgaud avant leur film, ni pourquoi ils n'ont pas adhéré à la demande de ses avocats de changer le nom du Juge. L'interrogation del'Avocat Général sur le côté moral et la responsabilité des effets désastreux sur sa vie n'a pas obtenu de réponse autre que « c'est du cinéma, c'est une recherche de l'émotion ... Le script est fictionnel etc...."Ils ont feint d'ignorer, mais ils étaient peut-être sincères, la portée destructrice de la manière dont le juge y est représenté et l'adhésion du public à ce qu'il pense être la réalité. A fortiori, les lycéens à qui l'on projette ce film dans le cadre du dispositif Cinéligue Lycéen et Apprentis au cinéma.

Comment leur faire savoir à ces lycéens que dans ce film on a imputé à Fabrice Burgaud une responsabilité qui n' est pas la sienne et qui permet de focaliser la critique sur une personne. Contrairement à ce qu'il y est dit, ce n' est pas lui qui a incarcéré les accusés mais le Juge des Libertés, ce n' est pas lui qui les a renvoyés aux assises mais les trois magistrats de la Chambre de l'instruction,toujours plus facile toujours de focaliser sur une personne plutôt que sur trois a insisté l' Avocat Général. C' est bien le mécanisme du bouc émissaire qui était à l' oeuvre.

Comment leur faire savoir à ces lycéens qui vont discuter sur la forme, que le fond est pétri de contre- vérités. Ainsi, avec le prétexte de la fiction on a pu présenter un enfant  victime sur un banc - alors qu'il était dans le box des accusés-  dans une salle toute calme, alors qu'il régnait une foire d' empoigne.La scène le montre face à un avocat très tranquille, alors qu'ils étaient 19 à l'interroger et non sans brutalité  pour certains d' entre eux, selon les témoins. cf La déclaration du Procureur Maurel à la commission d' enquête de l' Inspection des Services Judiciaires.

  

Je recommande le compte rendu d'audience de Jacques Cuvillier publié sur le Village de la Justice car les résumés des journaux sont très succincts1.

Rendons hommage toutefois à Pascale Robert-Diard dont l'objectivité, le sens du contradictoire et l'humanité lui ont permis de dépasser le déni consensuel et de faire titre sur « La blessure de Fabrice Burgaud »

Quant au chroniqueur judiciaire du Figaro que les magistrats appelaient déjà Durand-Dupond pour sa proximité avec Eric Dupond-Moretti bien avant qu'il écrive avec lui « Bête Noire », il a élégamment twité durant le procès « Joxe en robe et la psy Gryson rendue célèbre par le procès d'Outreau, en pantalon ».
Et dans son commentaire de ce jour, il cite la présence de l'un des fils du couple Delay Badaoui, d'un Président d'assises en précisant qu'il ne connait pas le dossier. Il s'agit de Michel Gasteau qui témoigne dans le film de Serge Garde « Outreau, l'autre vérité » ce film que l'Avocat Général et le Président ont évoqué durant l'audience... Bertrand Tavernier l'avait appris lors de cette même émission...il avait balayé l'information par un définitif  « C'est nul » or il a reconnu à l' audience... ne pas l'avoir vu!

Durand-Souflant re-cite l'expert - moi-même - en tant que professionnelle contestée, en se gardant bien d'évoquer- depuis 4 ans- l' existence de mon ouvrage « Outreau, la vérité abusée ». Ce travail a pourtant été à l'origine du film "Outreau, l' autre vérité" qui réhabilite Fabrice Burgaud. Christophe Rossignon aura peut-être regretté durant quelques minutes lors de ce procès de me l'avoir renvoyé1... en prenant conscience que ce film avait- de manière prévisible- provoqué un tel dérapage. Que l'auteur en soit Bertrand Tavernier, qui semble par ailleurs avoir été piégé, en donne  un éclairage puissant, et c' est sans doute bénéfique pour la ré-information sur l'affaire d'Outreau.

Soulignons que ce dernier m' a également renvoyé mon ouvrage sans la courtoisie de Christophe Rossignon qui s' en est expliqué dans un courrier. Un mois avant son procès, Tavernier s' est contenté de mentionner : " retour à l' envoyeur, colis refusé"comme si le contradictoire de cette affaire était devenu radio-actif ! Il a constaté à ses dépens que l'information partielle et partiale de l' affaire qu'il avait reçue passivement, et son mépris du contradictoire allaient sans doute lui coûter une condamnation en correctionnelle.

1http://blogs.mediapart.fr/blog/marie-christine-gryson/310811/presume-coupable-quel-souci-dauthenticite

1Voir plutôt Village de la Justice Jacques Cuvillier

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