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Billet de blog 9 avr. 2022

Le SAP ignore la psychologie de l'enfant traumatisé

Cet article est une mise au point qui fait suite aux articles concernant la remise en cause de l'utilisation du Syndrome d'Aliénation Parentale et de son promoteur Paul Bensussan,

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Suite aux articles concernant la remise en cause de l'utilisation du Syndrome d'Aliénation Parentale et de son promoteur Paul Bensussan, rappelons qu'il n' est pas un professionnel de l'enfance, est psychiatre et sexologue d'adulte. Il ne connaît pas les protocoles de tests des psychologues et il a eu l'outrecuidance de porter un jugement critique sur les 34 expertises des enfants d'Outreau - qui allaient toutes dans le même sens - alors qu'il n'avait nullement examinés les 12 enfants reconnus victimes de viols et proxénétisme.

Le fait qu'il ait propagé ses critiques dans les médias et à la Commission Parlementaire a effacé la vérité judiciaire des enfants d'Outreau. Cette affaire est devenue le référentiel-erroné - du prétendu mensonge des enfants en matière d'agressions sexuelles. Et je suis, pour ma part, citée par lui comme militante alors que je suis juste une spécialiste des enfants psychotraumatisés. (Expertises durant 26 années et thérapie depuis plus longtemps et Cabinet depuis plus longtemps encore).

Mon sujet : Il n'y a pas de rejet du Père sans fondement, il y a différents niveaux et différentes explications. La pratique de la psychologie de l'enfant au quotidien et le très grand nombre de cas de séparations traitées en expertise ou en cabinet, m'ont appris que même lorsque le père est sans reproche à tous les niveaux, on rencontre de manière presque systématique une réaction normalement traumatique de repli chez l'enfant, car son univers s'effondre avec la séparation parentale. Chronologiquement peu après l'annonce, l'enfant surtout très jeune et jusqu'à la pré-adolescence, régresse en mode survie et s'accroche au pilier stable, à savoir celui qui ne part pas ou à celui qui a été le plus maternant et c'est la mère dans la grande majorité des cas, c'est le père parfois, mais les cas sont beaucoup plus rares.

La séparation coupe l'enfant en deux psychiquement et il doit apprendre à se réadapter à cette nouvelle réalité, il faut être très vigilant car il souffre grandement au niveau existentiel. C'est particulièrement vrai quand l'enfant est isolé sans une fratrie de protection et sans grands parents. Le conflit de loyauté arrive parfois, mais plus tardivement, tout comme le besoin de protéger le parent isolé qui souffre également, quand il n'y a pas d'autres raisons objective de rejet de l'un des deux parents. Tout le travail du psychologue et d'accompagner l'enfant dans cette nouvelle réalité d'un vécu du  partage, pour qui ne le coupe pas en deux psychologiquement. Il faut renforcer son "moi " et construire avec lui - et avec les deux parents quand c'est possible- une enveloppe de sécurité pour qu'il puisse être convaincu du fait que sans déchirement et sans crainte, s'il va chez l'un, l'autre n'aura pas disparu : c'est souvent cette crainte inconsciente qui accompagne le repli régressif. On ne peut donc affirmer qu'il n'y a pas de fondement quand il y a rejet du père, car il y a toujours une explication au niveau de la psychologue de l'enfant traumatisé, que Paul Bensussan ne connaît pas… d'où les catastrophes que se succèdent, au grand désespoir des enfants, depuis qu'il intervient avec l'arme du SAP.

Il y a ensuite les explications liées au vécu conflictuel des séparations parentales lorsque l'enfant assiste à des disputes permanentes voire des violences verbales ou physiques de la part du père la plupart du temps. On dit que son traumatisme est aussi élevé qu'en temps de guerre. La régression de survie est alors d'autant plus importante avec accrochage à la mère qu'il a cru voir disparaître sous les coups du père. Les phénomènes dits d'emprise de la part de la mère qui retient son enfant près d'elle, se voient rarement et provisoirement quand celle-ci a beaucoup souffert de la trahison de l'homme qu'elle aimait.

Le suivi thérapeutique en vient à bout et les mères sont vite persuadées que l'enfant a besoin de garder une relation structurante avec son père. Ce n' est pas le cas évidemment lorsqu'on a affaire à une mère reconnue schizophrène, ce qui est donc très rare ! Notons que je n'ai personnellement jamais connu de cas de mère qui tue l'enfant pour en priver le père, alors que ce cas a été l'objet de plusieurs de mes expertises avec une absence de culpabilité du père estimant que la séparation justifie cet acte odieusement dramatique. ( Récemment dans le Pas de Calais, un père a mis le feu à sa voiture et ses enfants ont été brûlés vifs). Et enfin au dernier niveau, il y a le rejet du parent agresseur, objectivement dangereux, quand l'enfant a été victime de maltraitances psychologiques (humiliation, dénigrement, injures etc.) et physiques et bien évidemment lorsque l'enfant subit des agressions sexuelles. Le psychologue ou le pédopsychiatre consultés, peuvent évaluer le psychotraumatisme de l'enfant, son expression verbale et comportementale avec les outils élaborés et affinés depuis une trentaine d'années. Et c'est bien dans ces cas là que la mère devient protectrice ( parfois le père à l'égard d'un beau père agresseur) et qu'elle se retrouve confrontée à une menace d'emprisonnement pour non représentation d'enfants passant pour une mère aliénante, ce qui noie la réflexion et détruit le réalisme du bon sens des professionnels, eux-mêmes sous l'emprise du SAP qui est un facilitateur de décision. Fatales décisions pour la santé psychique des enfants qui se retrouvent soit chez l'agresseur soit en placement abusif dans les foyers de l'Aide à l'Enfance.

Comme tous les spécialistes je suis saisie mais ces situations plusieurs fois par mois depuis plusieurs années. Au final, il s'avère que le Sap, Syndrome d'Aliénation Parentale est un concept nul et non avenu, il relève d'un discours idéologique qui oublie et méprise totalement la psychologie de l'enfant et sa souffrance régressive, lors de la séparation de ses parents.

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