Marie-Christine Gryson-Dejehansart Aire sur La lys, le 8 Mai 2011

Psychologue Clinicienne

Expert Près la Cour d' Appel de Douai

 

Cabinet de Psychologie

18 Place Jehan d' Aire

62120 Aire sur la Lys

( et non pas Saint Venant)

 

 

Objet : Droit de Réponse concernant l' article «Outreau le poison du doute»

par Sophie Des Deserts publié dans le Nouvel Observateur du 5 Mai 2011

Envoi avec accusé de Réception au Service Juridique, à Sophie Des Déserts et à Laurent Joffrin Directeur du Nouvel Observateur.

 

Merci de publier le texte suivant :

 

Aucun contradictoire n' avait été relayé jusqu' à ce mois de Mai 2011 dans l' affaire d' Outreau.

Je pourrais apprécier que pour la première fois depuis 7 ans, des professionnels et un enfant victime de viols dans cette douloureuse affaire aient eu apparemment accès aux médias avec, en exclusivité, l' article de Sophie Des Deserts, publié à l' occasion de la prochaine sortie du livre de Chérif Delay, le 12 Mai aux éditions du Cherche Midi.

Malheureusement il s' avère que l' article est orienté de manière à tuer dans l' oeuf, l' émergence de leur parole. En effet, le terme odieux de «révisionnistes»- proche de celui qu' emploie Me Dupond-Moretti qui va jusqu'à parler de «négationnistes» -est relayé comme s' appliquant à l' ensemble de ceux qui portent un intérêt professionnel et/ou citoyen à l' expression de la vérité judiciaire des enfants.

 

Par ailleurs, la journaliste Sophie des Déserts est libre de reprendre à son compte et de manière offensante les arguments de discrédit de l' avocat Me Dupond-Moretti relatifs à ma personne, mon travail et mes motivations actuelles dans les suites de l' affaire d' Outreau.

Les conséquences en sont fort préjudiciables pour Chérif Delay ( enfant reconnu victime qui, devenu majeur, écrit pour sa réhabilitation) car mes expertises, tout comme celles des contre-experts, ont accrédité sa parole.

 

Faut-il rappeler ce qui a été dit à cette journaliste lors de l'interview, à savoir que mes motivations figurent clairement dans mon ouvrage «Outreau la vérité abusée»(*) publié en octobre2009 aux éditions Hugo et cie.

Il s' agit de dénoncer et expliquer le comment et le pourquoi de l'installation de l'omerta sur la vérité judiciaire des enfants d' Outreau (12 enfants reconnus victimes de viols, agressions sexuelles, proxénétisme et corruption de mineurs) afin que la référence à Outreau ne soit plus utilisée pour disqualifier la parole des enfants dans les affaires de pédophilie. La référence au prétendu mensonge des enfants d' Outreau, a fait régresser de manière catastrophique la protection et les droits des enfants dans le domaine de la pédocriminalité.

 

(*)Cet ouvrage a été présenté le 24 février 2011 lors de la Table ronde intitulée : «La parole de

l' enfant après la mystification d' Outreau» à l' Institut de Criminologie ( et non pas de Victimologie) de l' Université de Paris 2 Assas- Panthéon.

 

 

MCGryson-Dejehansart

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Tous les commentaires

Je trouve que Sophie des Deserts fait preuve de beaucoup de désinvolture de signer un article comme cela, sans avoir rencontré Marie Christine Gryson, ni Cherif, sans avoir rencontré l'écrivain qui a signé son livre.

Ma mère a 50 ans a avoué des viols dans son enfance, deux avocates pour enfants, qui ne la connaissaient pas étant enfant, m'ont quasi insultée lorsque je leur fis part de cela, en évoquant de faux souvenirs... Pourquoi ma mère aurait-elle inventé à 50 ans de faux souvenirs de viol dont elle avait gardé un souvenir très précis, n'avait jamais déposé plainte, n'en avait jamais parlé à personne, il avait fallu les alcooliques anonymes pour que ce souvenir non pas ressurgisse car elle n'avait jamais oublié mais qu'elle puisse prendre de la distance.

Après ces séances, elle arrêta l'alcool très facilement. Ces avocates pour enfants ne croyaient pas en la parole des enfants, j'ai compris par la suite leur rejet du problème, un jeune homme mourrut peu de temps après dans leur famille soi-disant par accident et je pense que c'était lié, car une personne avait tenté de me prévenir (mais je n'avais pas compris) des risques élevés de suicide chez lui dus à sa relation avec son père trop passionnelle du côté du père, trop possessif, le garçon ne réussissait pas à sortir de son emprise, à avoir une petite amie. Nous étions en 2003. 

A Lausanne, j'ai assisté à une séance en 2006, avec un psychologue très important là bas. Cela m'avait pris très peu de temps pour comprendre qu'un jeune  de 13 ans avait été abusé par son père, il en parlait d'ailleurs facilement, le psy en question au bout d'un an et demi d'analyse de l'enfant une ou deux fois par semaine en séance individuelle, n'était pas au courant, ne l'avait pas mis donc dans le dossier et renvoyait cet enfant chez lui chaque semaine.

Ce garçon avait abusé en toute logique d'un enfant plus jeune que lui lors du placement en foyer précédent. En toute logique car on sait que des enfants abusés peuvent abuser souvent par détresse psychologique. On avait mis un petit de 6 ans avec lui dans sa chambre à nouveau.  Car pas aucune info médicale dans le dossier. On en parle au psy, qui nous répond, mais même si cet enfant de 6 ans était sodomisé par le grand, arrêtez donc de parler de victime, cessez cette victimisation incessante, insupportable, il pourrait ne pas être une victime... Je vous défends d'employer de mot de victime, c'est ridicule. Vous lisez trop de magazines féminins. C'était d'autant plus choquant que ce pauvre petit garçon de 6 ans s'il se trouvait en foyer, c'est qu'il avait déjà suffisamment de problèmes comme cela pour en rajouter.

Je crois que les gens ne se rendent pas bien compte de la situation et qu'ils font trop confiance facilement. Je trouve l'article de Sophie des Deserts très lourd, très porteur de conséquences, et je ne sais pas si elle s'en rend compte.

J'ai rencontré un VIP de la pédiatrie suisse qui régna sur la psychologie infantile pendant 30 ans. Il était à la retraite depuis dix ans. Pour lui l'autisme était un retard mental, il n'y avait aucune thérapie possible. Lorsque j'abordais le chapitre des abus sexuels, il fit un blocage complet, devint presque agressif, et me répondit qu'il ne voyait pas pourquoi nous devions évoquer ce sujet. Je lui demandais s'il avait eu des cas, il me répondit; très peu. Il pensait aussi que toutes les thérapies pour aider les enfants victimes d'abus étaient du charlatanisme. Que cela ne servait à rien. Donc pas de thérapie.

J'ai également rencontré en 2004 je crois, le psy de la prison de Genève, je venais apporter des brochures pour les viols entre hommes. Il me répondit qu'en 20 ans à la prison, il n'avait jamais eu le cas d'un seul viol entre hommes, que le problème était très surévalué, que c'était une légende. Cela avec des cellules surpeuplées, de 5 hommes par chambre, dont beaucoup avec des passés traumatiques et venant de tous milieux, de tous pays.

Lorsque je donnais la réponse à un organisme, il faillirent s'étrangler de rage, car ils avaient des certificaux médicaux à l'appui pour prouver le contraire.

Il ne faut pas faire trop confiance dans ce que les professionnels vous racontent. Marie Christine Gryson me parait être une femme intelligente, il était de son devoir de relater un témoignage de meurtre si elle l'avait entendu, qu'aurait-elle dû faire? Se taire? Ne pas prendre au sérieux la parole des enfants?