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Billet de blog 13 oct. 2012

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Procès des viols collectifs appelés "tournantes": des acquittements qui vous rappellent Outreau ? » L'avis de l'expert.

Fiasco judiciaire ! naufrage judiciaire ! on aurait pu croire que ces vocables étaient définitivement confisqués par l'affaire d'Outreau. Le fait qu'ils soient également utilisés pour qualifier le verdict de Créteil n'est pas neutre et Dominique Verdheillan n'avait pas besoin de préciser au journal télévisé de 13h sur France 2  (le 12 Octobre) que « ce fiasco et ce naufrage judicaire n'est pas sans en rappeler un autre »...le réflexe pavlovien avait déjà fonctionné.

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Fiasco judiciaire ! naufrage judiciaire ! on aurait pu croire que ces vocables étaient définitivement confisqués par l'affaire d'Outreau. Le fait qu'ils soient également utilisés pour qualifier le verdict de Créteil n'est pas neutre et Dominique Verdheillan n'avait pas besoin de préciser au journal télévisé de 13h sur France 2  (le 12 Octobre) que « ce fiasco et ce naufrage judicaire n'est pas sans en rappeler un autre »...le réflexe pavlovien avait déjà fonctionné.

Les avocats de la défense, dès le soir, ont renchéri sur LCI et ailleurs : pour l'un, le dossier a été bâclé... pour l'autre la justice s'est fourvoyée encore une fois, pour la troisième il était évident que le problème venait des experts qui ont estimé crédibles les deux victimes... suivez mon regard !

Au moins, dans cette affaire là, les confrères experts seront mis en cause de manière anonymes. Nul besoin de créer d'autres boucs émissaires : ceux d'Outreau - dont je suis ne sont-ils pas suffisamment emblématiques pour servir les stratagèmes de la défense ? Les contre-vérités diffamatoires d'un Dupond Moretti au sujet des experts d'Outreau sont toujours de service - même très mal payés - puisqu'il les a réitérées1 de manière abracadabrantesque dans son ouvrage sur la « Bête Noire » adulé par les médias, dont il est le meilleur client depuis quelques mois.

La réflexion de bons sens qui s'impose est encore et toujours la suivante lorsqu'un procès est médiatisé : à quoi bon désigner des experts pour valider la parole et le traumatisme d'une victime puisque c'est au moment du procès et souvent sans en tenir compte, que des profanes en jugeront sous la pression des avocats de la défense. C'est à ce moment là que l'on parlera de contradictions dans les dépositions et que les victimes seront traitées de menteuses parce qu'elles n' auront pas pu se souvenir de certains détails des viols en réunion, 13 années après la commission des faits dénoncés.

A quoi bon se former en permanence, affiner les méthodologies à partir du nombre considérable de cas étudiés au fil des années, échanger dans les congrès, publier des acquis de la recherche et de l'expérience. A quoi bon savoir et écrire dans nos rapports que la dissociation de la victime crée dans le contexte du stress post-traumatique une fracture dans sa mémoire repérable à l' IRM si on ne la croit pas lors du procès, parce que l'on peut trouver des contradictions dans les lieux et le dates évoqués, dans un contexte de si haute intensité émotionnelle que sont les Assises et ce, après des années de procédures éprouvantes.

J'ai fait l'expérience d'une pratique fort intéressante d'un Président de la Cour d'Appel de Douai (Michel Gasteau) qui demandait à l'expert de venir écouter la déposition de la victime avant de rendre compte de l'expertise afin d'expliquer aux jurés et aux magistrats les spécificités victimologiques de la déposition dans le contexte des assises et ce, bien sûr à la lumière de l'examen effectué en cabinet de psychologie.Il serait très profitable à l' équité d'un procès que l' avocat de la victime- qui se trouve dans un état d' extrême vulnérabilité et qui ne peut répondre de manière satisfaisante aux attaques des avocats de la défense- puisse demander aux Président des Assises que l' expert explique aux jurés le pourquoi de son attitude à ce moment du procès.On évitera que ne se développe, comme ce fut le cas pour Nina et bien d' autres victimes, mais aussi et surtout aux procès d'Outreau, la stratégie de l'inversion des culpabilités dont le ressort essentiel est l'instrumentalisation des médias.

Le contexte d'un procès d'Assises est d'autant plus stressant que les agresseurs présumés sont présents en nombre, comme c'était le cas, dans le procès de Créteil avec autant d'avocats de la défense. Le rapport de force était totalement inégalitaire face à ces deux jeunes femmes et leurs avocates. Ces victimes ont fait de nombreuses tentatives de suicide avant le procès et la dernière tentative est intervenue durant le procès, pour l'une d' entre elle.

Lors du procès d'Outreau les 12 enfants n'avaient que 2 avocats face à ce que Me Leduc-Novi a appelé une véritable armée2 de 19 avocat avec à leur tête la terreur des assises surnommé par ses pairs, Acquitator. Les enfants sont restés plusieurs heures à la barre, ils ont été harcelés de questions par 19 avocats ils ont été plus que malmenés comme l'a expliqué le Procureur Maurel aux inspecteurs de l' IGSJ 3. Ils ont été traités de menteurs parce que qu'ils se trompaient 5 ans après les faits et les journalistes présent comme Florence Aubenas entre-autres, ont trouvé leurs propos incohérents. Heureusement les jurés ont entendu les déposition des 7 experts dont les conclusions sont allées dans le même sens et 12 enfants ont été reconnus victimes de viols, agressions sexuelles et proxénétisme mais personne ne le sait car les médias qui avaient pris partis pour les accusés, ne pouvaient se déjuger et cette vérité judiciaire n'a jamais été relayée. Malheureusement de là est né le storytelling sur le mensonge supposé des enfants d'Outreau et la régression de la prise en compte de la parole de l'enfant s'est généralisée.

Au procès de Créteil, il était possible de s'identifier aux victimes adultes venues témoigner sobrement et avec pudeur de leur souffrance devant la caméra et de leurs difficultés à se souvenir 13 années après, des détails précis des viols collectif... ce que le téléspectateur pouvait aisément comprendre.

Ce témoignage de femmes blessées et le verdict inattendu ont interpelé l'opinion jusqu'à la classe politique dans les plus hautes sphères du pouvoir. Trois Ministres et non des moindres ont exprimé leur grande émotion. Chistiane Taubira Garde des Sceaux, Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits des femmes et Marisol Touraine , ministre de la santé, mais aussi Clémentine Autain elle aussi victime de viol.

Les 10 acquittements du procès de Créteil entrainent aujourd'hui un mouvement national non pas du côté des acquittés comme à Outreau mais du côté des victimes. A propos des acquittements, il est intéressant de lire la reprise d'une mise au point qu'un ancien président d'Assises a envoyé à la Chancellerie de l' époque et qu' aucun média n' a accepté de publier.

Plus de 35 associations féministes et de lutte contre le viol organisent une pétition en s'adressant directement au Chef de l'état et en lui demandant une réponse politique en faveur dutraitement judiciaire des  victimes de viols.C' est bien, et il faudrait que cette mobilisation permettent ensuite, comme ce fut le cas historiquement, que justice soit rendue également  aux enfants victimes de viols.

On connait les interventions politiques de l'affaire d'Outreau, elles ont totalement ignoré les 12 enfants reconnus victimes, mais ces derniers pourront se faire entendre bientôt. Le 22 Octobre les participants à la réalisation du film de Serge Garde « Outreau une autre vérité »  pourront assister à la première projection privée de ce film qui donne la parole au contradictoire, à savoir aux enfants victimes devenus majeurs et aux professionnels de l'affaire. Nous aurons à nouveau le sentiment de vivre en démocratie car tout ceux qui étaient dans l'obligation de se taire par omerta des médias, pourront enfin être entendus.

Il va falloir très bientôt, réviser toutes les idées reçues voire imposées sur l'affaire d'Outreau, d'autant que le film sera suivi par la publication de la contre-enquête de Jacques Thomet ex-rédacteur en chef à l' AFP qui s'intitule : « Outreau, une épouvantable imposture ».

1http://blogs.mediapart.fr/blog/marie-christine-gryson/010612/affaire-doutreau-eric-dupond-moretti-et-le-clignement-d-yeux

2http://www.jacquelineleducnovi.com/audition-outreau.php

3http://www.lasemainedansleboulonnais.fr/mediastore/NordLittoral/A2009/M01/Eric_Maurel.pdf

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