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C'est le S.O.S lancé par le docteur Gérard Lopez, qui n'est pas n'importe qui : il est psychiatre Expert près la Cour d'Appel de Paris, Président fondateur de  l'institut de Victimologie de Paris. Il travaille dans le service de médecine légale de l'hôpital Sud-Francilien. Il coordonne le diplôme universitaire de victimologie et le diplôme universitaire de psychotraumatologie de l'Université Paris-Descartes. Il est l'auteur de nombreux ouvrages de référence.

 Ce s.o.s, il commence à le lancer de vive voix sur les plateaux de télévision et les radios en venant présenter son dernier ouvrage intitulé « Enfants violés et violentés, le scandale ignoré » qui vient de paraître chez DUNOD.

Sera t-il entendu? Il faut l'espérer car on assiste à une indifférence totale à l'égard de l'enfant maltraité. Ce déni de la maltraitance a des fondements dans notre civilisations judéo-chrétienne nous précise t-il :

« L'apologie du sacrifice contribue à entretenir le déni de la maltraitance infantile qu'une lecture non sacrificielle de la Bible et des évangiles pourrait explicitement condamner »

ll en répertorie les autres « bonnes » raisons dont certaines ont déjà été développées dans les travaux de Pierre Lassus1, qui rappelle que l'enfant est d'emblée mortifère puisque son apparition nous signifie notre disparition à venir.

Et puis il y a eu le revirement de Freud, qui après avoir fait le constat de la destruction psychique causée par l'inceste a fait machine arrière pour les raisons analysées par Marie-Balmary2 et proposé ce que l'on appelle la deuxième théorie de la séduction. Le vécu d''inceste ne serait plus désormaisqu'un fantasme sexuel lié à l'oedipe. La parole des victimes a ensuite été étouffée durant des décennies.

Notons que la notion de « séduction » est un terme qui protège l'adulte de la visualisation de l'obscène et incongrue réalité crue que représente un viol d'un enfant par l'un des ses parents. Cela contribue grandement à masquer les réalité dérangeantes par l'euphémisme propre à notre manière de traiter ce type d'information.

Le point de vue adulto-centriste a largement supplanté celui de Ferenczi3 qui lui, partait de la réalité de l'enfant.

A cette première théorie anti-victimaire - selon ses termes - ont succédé un grand nombre théories sans fondement scientifique comme le SAP ( syndrome d' aliénation parentale) les faux souvenirs, la résilience mal comprise etc...

Gérard Lopez passe en revue l'ensemble des connaissances actuelles, de manière objective et déontologique, précisant qu'il s'agit d'une « approche éthique fondée sur la recherche scientifique ou a défaut fondée sur une éthique de la discussion qui constitue le guide de cet ouvrage qui récuse toutes les opinions fondées sur la conviction. »

Il va plus loin encore dans la précaution d'appréhension et d'explication :

« Cependant toutes les théories, même les plus affirmées nécessitent une étude éthique des pratiques de terrain parce qu'elles peuvent être mal comprises et détournées pour des raisons idéologiques. »

Cet avertissement sur l'importance de la vérification du terrain est fondamentale pour la praticienne que je suis. Le Sujet est toujours au devant de la scène et la compréhension de sa réalité psychologique ne peut se résoudre à l'application d'une théorie, même la plus affirmée. C'est d'ailleurs ce que nous enseigne l'approche phénoménologique. Cette attitude permet également l'éloignement de l'effet Rosenthal qui vise à ne trouver pertinentes que les informations qui confirment la théorie en laissant les autres arguments, hors du champs d'analyse.

Ce qui est très intéressant dans cet ouvrage c'est que toutes les données sur la régression de la protection des enfants ont pris en compte les causes dans une lecture des évènements qui est au plus près de la réalité du terrain des professionnels et non pas de ce que l'opinion ou les médias en ont dit. Prenons l' exemple qui nous concerne:

Ainsi après constat de la régression de la parole de l'enfant depuis Outreau, il a eu le courage d'organiser un colloque intitulé « La parole de l'enfant après la mystification d'Outreau » à l'Institut de criminologie de ParisPanthéon-Assas, après avoir lu « Outreau la vérité abusée ».

http://la-verite-abusee.pagesperso-orange.fr/documents/parole_enfant_mystification_outreau_2.html

Ce colloque a marqué un tournant quant à l'information des professionnels sur la réalité des souffrances des enfants victimes de viol et proxénétisme, totalement ignorés, et dont la parole a été bafouée par les médias. L'aîné des 12 enfants d' Outreau reconnus victimes, Chérif Delay qui a écrit « Je suis debout »4 a été traité de mythomane, la presse reprenant les arguments de la défense des accusés-acquittés.

Le colloque a permis  la dénonciation d'une nouvelle théorie anti-victimaire sur  « les carences affectives qui induiraient des accusations de viol » Ainsi, l'ona pu comprendre pourquoi le dépistage de la maltraitance sexuelle en particulier, a gravement pâti du storytelling d'Outreau qui a effacé la normale compassion empathique à l'égard des enfants. Il a été ancré dans les esprit que les enfants sont susceptibles de commettre des actes diaboliques, à savoir : de mentir... mais on doit les comprendre, n' est ce pas ? En réalité c'est parce qu'ils étaient carencés ! Ce storytelling défie la réalité judiciaire de cette affaire car 12 enfants ont été reconnus victimes de viols, agressions sexuelles, corruption de mineurs et proxénétisme.

Gérard Lopez cite des chercheurs qui continuent pourtant de travailler dans ce domaine pour alerter les pouvoir public. Les travaux de Anne TURSZ médecin chercheur à l'INSERM, sur le nombre estimé et le taux de victimisations publiés au Seuil en 2010 sous le titre « Les oubliés. Enfants maltraités en France et par la France » n'ont pourtant pas créé la prise de conscience espérée.

Le livre met l'accent aussi sur le fait que ces maltraitances sont d'autant plus ignorées et niés qu'elles se produisent en grande majorité dans « le secret des familles ». Il rappelle l'ampleur des dégâts traumatiques au plan de la santé mentale et physique qui est du même coup tout aussi ignoré, alors que c'est un problème majeur de santé publique.

En effet, les difficultés cognitives et affectives des enfants sont souvent associés à des troubles du comportement et une désadaptation sociale de l' adolescent. A cela s'ajoutent les conduites à risque mais aussi la prise de toxiques, et les tentatives de suicide, qui permettent d'affirmer que les décès liés à la maltraitance sont grandement sous-évalués.

L'ouvrage est très riche dans la mesure où il aborde également les « solutions possibles pour repérer, dépister ces violences et finalement améliorer les pratiques professionnelles. » Quant à l' évaluation, il a pu constater que les dispositifs actuels sont insuffisants et il rapporte une de mes préconisation qui serait  de filmer non seulement les auditions auprès des officiers de police judiciaire mais aussi les expertises dont les outils sont complémentaires. L'enfant a en effet tendance à minimiser les maltraitances voire à défendre ses parents, comme l'a fait la petite Marina face à la police ou les gendarmes.

http://blogs.mediapart.fr/blog/marie-christine-gryson/170612/proces-marina-elle-niait-la-maltraitance-de-ses-parentsqui-l

Le fait que ce livre soit destiné aussi à l'information des journalistes est fort utile dans la mesure où ils ont un rôle important dans la dénomination même des évènements. Citons par exemple ce que les manuels de psychiatrie appelaient jadis un « suicide altruiste » quand un parent emportait avec lui, ses enfants dans la mort. Aujourd'hui l'on parle de « drame familial »  la compassion allant d'emblée sur la souffrance d'un père le plus souvent, pour qu'il en arrive jusque là … on n'entend jamais les termes d'infanticide ou d'assassinat d'enfants (meurtre prémédité)… et pourtant c'est juste la réalité !

1 Lassus P, La violence en héritage, Paris, François Bourin, 2011

2 Balmary M, L' homme aux statues, Freud et la faute cachée du père, Paris, Grasset 1979

3 Ferenczi, Psychanalyse IV, œuvres complètes Paris Payot 1982

4 Chérif Delay

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Tous les commentaires

 

La mère et le beau-père de Typhaine, 5ans, morte sous leurs coups, viennent d'être condamnés à 30 ans de réclusion criminelle par la Cour d'Assises du Nord .Les jurés ont donc suivi les réquisitions de l' Avocat Général Luc Frémiot. Il faut dire que lui non plus n' est pas n'importe qui ... Procureur au Tribunal de Douai, il a ét le premier magistrat à imposer que ce soit le conjoint et non pas la femme battue qui quitte le domicile familial. Le premier à avoir obtenu l ' acquittement d'une femme battue qui avait tué son mari, rappelant par la même occasion qu'un acquittement n' est pas un innocentement.

Il faut rappeler aussi qu'ils avaient joué les parents éplorés devant les caméra en prétendant que la fillette avait été enlevée... montrant combien lorsqu'on est coupable il est aisé d'être convaincant.

Espérons que ce jugement de la Cour d'assises du Nord  réveillera les consciences endormies de nos concitoyens .