Droits de l'enfant: Agressions sexuelles présumées du père = Garde à vue de la mère !

La situation actuelle renvoie à une prise de conscience des dégâts psycho traumatiques des abus sexuels, et la parole des victimes adultes ou devenues adultes, est reçue aujourd'hui avec respect et bienveillance. Le Président et le Gouvernement sont bien décidés à agir de manière efficace. Il semble en réalité que les enfants soient oubliés.Pourtant Emmanuel Macron s'engage également sur le sujet.

 

 Le chef de l’État Emmanuel MACRON s'engage :

Dans un courrier en date du 19 octobre 2017, le Chef de Cabinet François-Xavier LAUCH nous écrit dans cet extrait :

«Le chef de l’État a pris connaissance avec la meilleure attention du témoignage que vous livrez à travers ces deux ouvrages, en tant que psychologue et expert judiciaire, sur la prise en compte dans notre société et par nos institutions, de la maltraitance infantile.

Parce que la lutte contre les violences faites aux enfants doit être poursuivie sans relâche, Monsieur Emmanuel MACRON tient à vous assurer de tout son engagement en faveur de l’amélioration de la connaissance des droits de l'enfant par le grand public »

Les livres « Outreau, la vérité abusée" et « L'enfant agressé et le Conte créatif » lui avaient été remis car il était important que le Président soit informé de la non validité du référentiel Outreau et qu'il sache que 12 enfants ont bien été reconnus victimes de viols, agressions sexuelles, corruption de mineurs et proxénétisme. En effet, ce référentiel erroné et l'omerta sur la vérité judiciaire des enfants est la clé de voûte de la régression de la prise en compte de la parole de l'enfant, comme je l'ai souvent précisé sur ce blog. Important aussi qu'il sache que des théories anti-victimaires ont été enseignées à l'École de la Magistrature- parfois en toute bonne foi- qui induisent le discrédit de la parole des enfants. Il faut évoquer d'abord l'utilisation de la notion fantasmes sexuels œdipien (Freud lui-même a reconnu dans une lettre à Fliess avoir créé cette notion pour sauver les pères incestueux). Il faut évoquer également le SAP (Syndrome d'Aliénation Parentale) qui a été proscrit des expertises par l'ancienne Ministre de l'Enfance et de la Famille Laurence Rossignol, mais il y a aussi, dans le même registre utilitaire, les concepts de Faux souvenirs et le Syndrome de Münchhausen par procuration.

La Justice est empêtrée dans ces entraves -qui dédouanent les agresseurs- que dénoncent tous les grands spécialistes pédopsychiatres et psychologues de l'enfance. En particulier les professionnels du REPPEA ( Réseau de Professionnels de la Protection de l'Enfance et de l'Adolescence) dont nous faisons partie.

Le courrier qui va suivre, illustre bien le calvaire de l'enfant qui révèle à son parent dit protecteur, tous deux devenant victimes de la méfiance de la Justice, qui en a tout simplement oublié le principe de précaution.Il s'agit  d'un dramatique SOS lancé par une maman en procédure depuis 4 ans, suite à des révélations d'attouchements sexuels de sa fille accusant son père. On verra que la mécanique judiciaire est la même que celle de centaines de cas semblables, que chaque professionnel de l'enfance qu'il soit indépendant ou rattaché à une association, reçoit et déplore, impuissant chaque année. Le plus choquant est que 26 courriers de la jeune adolescente aux juges des enfants et aux affaires familiales sont restés lettres mortes. C'est le vécu de la maman plus que désespérée qui est donc transcrit ici à sa demande, ce que nous avons accepté, car sa fille nous semble en grand danger si elle n'est pas écoutée et entendue.

 

Mon combat pour mon enfant...

Déjà quatre années de calvaire pour mon enfant

Tout a commencé le jour où ma fille, dans sa 12ème année, m'a annoncé en larmes avoir subi des attouchements sexuels à plusieurs reprises au cours de périodes de vacances de la part de son père dont j'étais divorcée. Cela a fait l'effet d'une bombe !!! J'avais très peur de ce qui lui arrivait car je ne savais que faire, j'étais tellement anéantie... par cette affreuse et horrible révélation

​Comment qualifier cette annonce d'ailleurs ? Il n'y a pas de mot.Ma fille, gentille de nature, ne pose pas de problème dans la vie de tous les jours et n'est pas une enfant qui a l'habitude de mentir.Comme le disent la plupart des personnes qui nous entourent ; ma fille est adorable et pleine de ​bonnes intentions.Alors l'état dans lequel elle est depuis 4 ans (période des faits) montre qu'un réel traumatisme s'est produit. Alors que ces faits avaient déjà eu lieu et que, sans en avoir connaissance, nous n'avions pas mesuré la gravité de la situation, nous avons souvenir qu'au moment de partir avec son père, elle tremblait de tout son corps, nous serrait la main très fort et répétait "me laisse pas partir avec lui, je t'en supplie".

Du statut de victime à celui d'accusée

Avec l'accord de ma fille, qui avait accepté de raconter les faits aux gendarmes, j'ai bien entendu déposé plainte pour attouchements sexuels. Nous avons d'abord été entendues séparément une première fois puis convoquées de nouveau la semaine suivante car la personne habilitée et formée n'était pas présente.

Un mois plus tard, nouvelle convocation de ma fille par la gendarme pour une audition filmée dite "sous Mélanie". Immédiatement après l'audition, les gendarmes (1 femme et 1 homme) m'ont fait un bref compte-rendu de l'entretien. La gendarme m'expliquant que ce n'était peut-être pas tout à fait des attouchements et que nous avions peut-être mal interprété alors que l'autre gendarme me disait que si je croyais ma fille et que j'en étais convaincu je devais continuer à protéger mon enfant. En pleurs, je leur expliquais que je croyais ma fille car je la vois tellement traumatisée.

Elle fait des cauchemars répétés car elle a peur qu'il vienne encore la nuit la toucher et la caresser aux parties intimes, à l'entrejambe et sous la poitrine. Elle éprouve aussi parfois un blocage pour s'alimenter. Elle expliquait se paralyser pendant qu'il la touchait, qu'elle ne pouvait plus bouger ni respirer tant elle était pétrifiée dans ces moments-là.
Entre temps, le père de ma fille déposait plainte à de multiples reprises pour non présentation d'enfant bien que depuis que ma fille m'avait dévoilé les faits je l'avais prévenu que je ne lui amènerai plus afin de la protéger.

Le cycle infernal des condamnations

Suite à ces dépôts de plainte j'ai subi 15 auditions, 1 rappel à la loi, une condamnation à 2 mois de prison avec sursis assortie de 2600 € de dommages et intérêts que la partie adverse a réclamés en raison du versement de la pension alimentaire versée par le père alors qu'il n'a pas pu voir sa fille.La pension alimentaire, étant une obligation légale, n'est-elle pas due intégralement même pendant que l‘enfant est avec l'autre parent ?
J'ai pu lire dans un article de presse qu'il n'y a pas de lien juridique entre l’exercice du droit de visite et d'hébergement et le paiement de la pension alimentaire. Le parent qui ne paie pas la pension, garde son droit de visite. Ceci ne peut lui être refusé. De même, le fait que ce droit ne soit pas respecté ne justifie pas la cessation de versement de la pension alimentaire.

Garde à vue

Enfin, tout dernièrement, j'ai été convoquée pour une garde à vue avec possibilité d'être retenue une journée voir deux, donc avec la nuit selon la volonté de la substitut du procureur. Cette épreuve a finalement durée 4 heures.Et ce n'est certainement pas fini car il continue à déposer plainte et menace ma fille en lui annonçant que sa mère irait en prison par sa faute, la traite de menteuse et de mytho.

Les 26 lettres de ma fille au JAF et la double peine pour ma fille

En juillet dernier, au regard des 26 lettres qu'elle a adressées au JAF et au Juge des enfants et de ses 4 auditions avec les juges où elle maintient chaque fois les mêmes faits précis et très circonstanciés sur les attouchements sexuels.3 ans 1/2 après les faits, le JAF a ordonné un lieu de rencontre afin de comprendre l'impact psychologique sur ma fille.

Un centre d'accueil vient donc d'être désigné pour qu'elle renoue une relation avec son père.On privilégie l'agresseur plutôt que la victime, on la contraint à lui refaire face, on la terrorise, on lui fait revivre ce qu'elle a subi et surtout on l'empêche de se reconstruire. A chaque fois que la procédure ou la justice l'oblige à rappeler les faits ou lorsqu'une situation y fait référence ses résultats scolaires sont en chute libre.

De multiples avis compétents ne sont pas pris en compte

Un grand nombre de médecins, psychologues, et enquêteurs sociaux missionnés par la justice ont constaté ​le traumatisme de ma fille.Après un an, elle a été convoquée par une psychologue expert judiciaire missionnée par la cour d'appel afin de faire des tests psychologiques dont nous n'avons jamais obtenu de rapport !
Mes demandes de suppression du droit de visite et d'hébergement du père adressées au juge aux affaires familiales et au juge des enfants n'aboutissaient pas,

- malgré des mesures d'investigation éducative dont les rapports demandaient la suppression du droit de visite et d'hébergement et la mise en place d'un lieu neutre,
- malgré les certificats médicaux établis au retour des séjours passées chez son père certifiant un état de dénutrition important (elle avait perdu 5 kg), une alopécie du cuir chevelu, un état anxio-depressif à plusieurs reprises, des pertes d'appétit, des plaques d'eczéma dans la pliure des bras et derrière les oreilles qui resurgissaient régulièrement...
- malgré les lettres des psychologues indiquant que la situation complexe avec son père perturbe l'équilibre de ma fille...qui a besoin de confier les effets perturbants qu’ont sur elle les agissements de ce dernier et la menace qu’elle ressent encore.

Un harcèlement permanent totalement gratuit

Comme si tout cela n'était pas suffisant, suite à la transmission d'une information préoccupante à l'égard de ma fille (et on ne sait pas par qui elle a été demandée ?), le département a procédé à l'évaluation médico-sociale afin de bien comprendre les difficultés familiales, d'évaluer le risque de danger pour l'enfant... Une enquête qui devait être menée avec ma fille et moi-même, et finalement qui s'est étendue aussi à mon époux et à notre enfant de 5 ans.Tout cela pour, 3 mois plus tard, aboutir à une simple lettre nous informant du classement sans suite de l'information préoccupante, ce dont nous n'avions jamais douté.

Des faits troublants

Oui un simple lettre alors qu’au regard du nombre d’informations relatives à ma situation personnelle et à celle de mon enfant que ces rapports contiennent (tests psychologiques et enquête sociale), ils auraient dû m'être communiqués dans le cadre de l’accès aux documents administratifs et malgré mes demandes, je n'arrive pas à les obtenir !!!De même mon dépôt de plainte d'origine pour attouchements effectué sur mon secteur de résidence et transmis normalement à la gendarmerie de commandement puis au lieu d'être envoyé au lieu de résidence du père est transmis à  M. puis à A. pour arriver à destination 1 000 kms plus loin 18 mois plus tard; ce dont personne ne s'est préoccupé alors que cela a permis à l'agresseur de prendre toutes dispositions pour nier les faits et préparer sa défense!

Tout ceci ne plus durer

Depuis les faits, nous avons dû engager un suivi psychologique ​de ma fille.
Aujourd'hui, elle souhaite oublier les attouchements sexuels subits par son père. Elle ne veut plus évoquer les faits, elle exprime une trop forte douleur à en reparler : "c'est comme si je le revivais... cela me fait trop de mal" dit-elle. Elle pense que si elle n'en parle plus, elle oubliera et sera normale dit-elle.À l'annonce du lieu de rencontre elle s'est effondrée en larmes et me répond "je ne veux pas le voir, je n'ai le droit de rien dire aux adultes, je n'ai pas le droit à la parole, je vais péter un plomb"...

Depuis 4 ans, elle dit préférer mourir plutôt que de retourner voir son père car elle ne veut plus subir...
Elle dit ne pas être comme les autres enfants depuis les révélations !

Notre combat est quotidien car la justice a considéré que l'infraction des attouchements sexuels est insuffisamment caractérisée, mais en parallèle on me condamne parce que je protège mon enfant ! Comment puis-je faire autrement? Même ceux qui me condamnent ne pourraient agir différemment. Je ne peux pas comprendre pas ce qui m'arrive.

Alors je lance un appel au secours à toutes les victimes et proches de victimes, aux médecins, aux spécialistes, aux psychologues,...à la justice et au gouvernement pour une mobilisation générale afin que de vraies mesures soient prises pour réellement protéger celles et ceux qui doivent l'être.

 

Une Maman

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