Harry et Meghan, un Conte activateur de résilience universelle?

Les téléspectateurs ayant assisté au mariage de Harry et Meghan, se comptent en milliards, ce qui renvoie à un phénomène psychosocial digne de réflexions. Un tel investissement mondial révèle-t-il une nécessité de se faire du bien par la rémanence des images réactivant les facteurs de résilience créés par l'enchantement des contes merveilleux de l'enfance?

 

Peut-il de manière groupale, neutraliser cette mémoire traumatique qui existe à des degrés divers, en chacun de nous ? L'étude de ce mariage au sein de la couronne britannique, est une aubaine quand on a fait du Conte créatif un objet thérapeutique privilégié.

Mais d'abord, laissons parler les grincheux pour les oublier ensuite. Les réflexions sur les réseaux sociaux sont intéressantes… méprisantes parfois, signalant l'abrutissement médiatique des foules ou la plongée des peuples dans un piètre paradis artificiel. Il est facile de contrer la première assertion, car il n'y a pas à ma connaissance de perte de lucidité ni de robotisation des comportements après ce genre de spectacle. Quant au transport dans les paradis artificiels cela évoque instantanément les paroles de Bettelheim (Psychanalyse des contes de fées) expliquant les raisons du recours à la drogue retrouvées chez les patients qui n'ont pas « rêvé leur enfance » grâce à la lecture des contes.

Il faut aussi écouter ceux qui disent que, face à la misère du monde, ce déploiement de luxe est écœurant et indigne. Et là, ce sont les mariés eux-mêmes qui peuvent répondre : ils se sont l'un et l'autre, engagés dans des causes humanitaires. Les désormais Duc et Duchesse de Sussex essaient à leur niveau de venir en aide aux plus défavorisés, en mettant leur notoriété au service de leurs projets, dans les pays les plus déshérités. Même si cela pouvait apparaître politiquement incorrect, condescendant et rétrograde au plan socio-historique, cela n'a pu en rien noircir l'attractivité de cet événement mondialement regardé. Quand le Beau et le Bien s'associent harmonieusement, les philosophes et les psychologues se rejoignent pour y trouver un indiscutable bénéfice en termes d'équilibre humain. Ou bien... comment expliquer un tel investissement, je serais vraiment preneuse d'arguments autres que ceux déjà évoqués.

Et puis en face des détracteurs, et plus nombreux, il y a tout ceux qui disent, sous une forme ou une autre, que l'identification par procuration à ce vécu amoureux- à connotation mystique pour certains- dans la beauté idyllique du contexte, les rend plus vivants et plus sereins. Les plus enthousiastes étant, comme de bien entendu les britanniques, qui ressentent une grande et jolie fierté, de celles qui re-narcissisent puissamment, et ce, autant chez les adversaires que chez les partisans ou même les repentants du Brexit. On a beaucoup parlé de thérapie de groupe pour les sujets de sa majesté.

Et il y a aussi tous ceux qui se questionnent ... Voyons tout cela de plus près.

Envisageons d'autres événements mondialement regardés. Laissons de côté la politique et les jeux olympiques pour nous intéresser à celui qui crée une fièvre et une passion qui ne se démentent jamais chez ceux qui portent le nom de supporter. Il s'agit on l'a compris, des rencontres internationales de football dans le cadre de coupes du monde.On retrouve chez eux une joie intense, débordante mais sous tendue par la peur de la frustration, la peur  de la souffrance liée au vide dépressif en cas d'échec. Une euphorie basée sur la rivalité compétitive qui attend la résolution urgente d'une tension, actualisant toutes sortes de pulsions, et parfois agressives. Le non aboutissement libératoire, comme dans toute activité ludique addictive, induit le désir de répétition et chaque reconquête doit trouver un débouché  à forte valeur érotique dans la symbolique du but marqué. D'aucuns ont pu ainsi évoquer une expression du masculin dans son fonctionnement existentiel de reproduction au plan phylogénétique.

On pourrait alors en manière de complémentarité dialectique, et sans jugement de valeur, opposer à cet événement à caractère masculin, cet autre événement spectaculaire qu'est ce mariage, qui voit la résolution de la tension d'une manière toute différente. Elle ne renvoie ni à la force, ni à la compétence, ni à la stratégie et encore moins à la chance mais bien à l'apogée d'une attente : le pacifique et gracieux baiser des amoureux à la porte de l'église gothique flamboyant, entourée d'une cascade de fleurs. On serait alors d'avantage dans une référence à la symbolique érotique féminine en termes de phylogénétique. Ce qui ne signifie pas que la répartition majoritaire des téléspectateurs soit uniquement féminine, loin s'en faut, un journaliste sur BFM s'en est presque maladroitement excusé : « face à un si bel événement on se sent tous comme des midinettes ! » 

En l'occurrence, ce qui fait l'unanimité sans différenciation sexuée, c'est l'admiration de toutes les expressions artistiques, toutes les œuvres d'art qui relèvent de tous les domaines esthétiques de la créativité humaine. De plus, de manière anecdotique, on se retrouve devant le magnifique « château de Windsor occupant alors le centre du monde » (LCI) qui nous transporte dans les magiques reliquats mémoriels des contes merveilleux. Le bien-être sensoriel qu'il stimule, est tout autant masculin que féminin. C'est donc un très grand nombre de personnes dans le monde entier qui ont été touchées par ces images endorphiniques. Les rémanences qu'elles produisent rejoignent toutes celles des déclinaisons des Contes et autres fantaisies, tant au cinéma que dans les livres et les jeux vidéos pour les plus jeunes et les émotions positives qui les sous-tend. Et tous les enfants sans exception apparente, ont reproduit en dessin, un jour ou l'autre, les fameux créneaux des châteaux médiévaux.

Et lorsque l'on revient au souvenir du jour J, dans la Chapelle du Château, et que l'on s'arrête sur la lumière que transmettait le regard de Meghan dans le regard encore blessé de Harry lors du consentement, on ne peut que souscrire à l'analyse des contes de Grimm de Marc Girard qui y démontre - entre autre- la valeur réparatrice de l'amour. Lors de l'homélie, ce sera Martin Luther King qui sera invité par le brillant prédicateur afro-américain, pour parler du pouvoir rédempteur de l'amour qu'il met en lien avec l'amour divin. C'est en tout état de cause, cet amour réparateur qui fait - entre autre- la puissance des contes en tant que thérapie d'enfants psychologiquement abîmés. Les autres aspects ne seront pas rapportés dans cet article qui ne s'y prête pas.

Enfin, il semble bien que la célébration de l'union  de Harry et Meghan a actualisé - ou créé - chez nous tous, les facteurs de résilience qui ont été intégrés - ou non - aux âges de construction de la personnalité. Ils sont indispensables à la création de cet espace transitionnel - ou cet airbag de sécurité gonflé de merveilleux - qui protège et qui permet de faire face aux aléas douloureux de la réalité. Il faut reconnaître que le mariage d'un prince britannique et d'une actrice métisse américaine a donné, plus que les précédents événements royaux (1) ses lettres d'or à cette nouvelle éthique universelle qui sous tend les progrès de notre civilisation. Il a fait émerger des valeurs de générosité, de respect, de tolérance et de paix, car il a réuni deux cultures et deux origines, les plus éloignées que l'on puisse imaginer et ce, bien au delà du mythe du prince et de la bergère. On a entendu de nombreux témoignages dans ce sens. Pardon si cela semble excessif, l'euphorie est encore à l’œuvre ;-) et il n'aurait pas fallu attendre davantage pour écrire cet article !

Ma longue expérience en thérapie du psycho traumatisme par le Conte créatif et l'hypnothérapie dans le même registre, me conforte dans l'idée que nous tenons, avec ce fait de société, une matière à fabriquer de la mémoire résiliente qui pourrait inspirer nombre de projets, qui ne seraient pas uniquement à vocation thérapeutique.



'(1) https://blogs.mediapart.fr/marie-christine-gryson/blog/240713/du-royal-baby-au-conte-creatif-leuphorie-therapeutique

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