Christine Angot nous apprend l'humanité

La psychologue Marie de Hennezelle a écrit un livre magnifique qu'elle a intitulé « Ceux qui vont mourir nous apprennent à vivre »1. Ce titre consolateur neutralise la rupture mortifère et permet de visualiser des mains qui passent le relais d' une étincelle de lumière qui se transmet à tout jamais.

La psychologue Marie de Hennezelle a écrit un livre magnifique qu'elle a intitulé « Ceux qui vont mourir nous apprennent à vivre »1. Ce titre consolateur neutralise la rupture mortifère et permet de visualiser des mains qui passent le relais d' une étincelle de lumière qui se transmet à tout jamais.

Christine Angot a, comme toutes les victimes d'inceste cette connaissance de la mort psychique qui lui permet de parler de ce qui fait la vie, son talent d' écrivain lui ayant permis de dépasser la survie.

 http://blogs.mediapart.fr/blog/marie-christine-gryson/250912/christine-angot-inceste-et-exhibitionnisme-du-corps-cru

 Christine Angot était donc reçue par Laurent Ruquier pour son émission «  On n' est pas couché » ce samedi 22 mars pour parler de son dernier ouvrage "La petite foule". Elle y allait comme un brave petit soldat affronter le couple infernal Natacha Polony et Aymeric Caron qu'elle a réconcilié momentanément du fait de l'unanimité de leurs critiques. Christine Angot a su montrer mieux que personne que s' exposer à une critique n' est pas un contrat de culpabilité signé avec d' éventuels détracteurs.

Critiquer son expression littéraire tel qu'ils l'ont fait - cette expression qui est un espace transitionnel de réconciliation avec la vie- m' a semblé être en l' occurrence une effraction indigne et réductrice. Tout simplement parce que les arguments utlisés n' étaient pas ceux d' adultes partenaires à égalité de réflexion, mais celles du professeur de français à un élève de lycée voire de collège.

Juste un exemple : Au lieu de dire, avec le respect dû à l'univers de l' auteur : « Vous utilisez certaines tournures inhabituelles de la langue française comme l'ont fait beaucoup de vos prédécesseurs, pouvez- vous nous expliquer vos intentions ? ».

La critique d' Aymeric Caron a été : « Il y a des maladresses et même des fautes de français ! ».

C' est une invective qui écorche dans un rapport de domination ( sexiste ?)  qui n'est pas supportable  et qui ne pouvait l' être et pas seulement parce qu'elle a vécu un contre-sens générationnel. La réactivité de l' auteur nous permet de prendre conscience qu'effectivement ce n' est pas acceptable.

Natacha Polony pour sa part a tenté en vain le discours pédagogique qui voulait "enfermer" finalement tel ou tel aspect de "La petite foule " dans des cases intellectuelles pré-établies.

Laurent Ruquier venu à la rescousse comme prévu, a rétabli une rassurante objectivité de jugement qui a isolé les « agresseurs »tout en réussissant le coup de force de ne pas victimiser sa protégée.

 Au final, exprimer que l'on aime ou que l'on n' aime pas ce qu' écrit Christine Angot écrit est légitime, lui demander le sens de sa manière d' exprimer l' est tout autant. C' est à cela qu'elle a tenté de ramener le débat et elle a bien fait. Christine Angot s' est aussi permis la révolte et elle a eu raison. Elle seule pouvait être crédible dans cette attitude et elle nous a appris que l' effraction quelle qu'elle soit est tout... sauf de l'humanité.

 

 

1Spécialiste de la fin de vie, elle a accompagné François Mitterand avec qui elle avait beaucoup échangé sur le sujet..

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