Saisine du CSA :Désinformation sur les experts d'Outreau

Le fait de ne montrer que deux experts psychologues au JT de 20h du 22, à savoir JLViaux et moi-même, seuls, est malhonnête, car nous étions 7 experts psychologues à avoir validé la parole des 12 enfants reconnus par la Justice, victimes de viols et proxénétisme. Comparaison inappropriée avec l'expert psychiatre récemment condamné au pénal.

 Lettre de saisine du CSA  de M-C.Gryson-Dejehansart , Psychologue Clinicienne , Expert Judiciaire ( 1989-2015)Formatrice-Essayiste

à Mesdames et Messieurs du CSA

 

J'ai l'honneur de saisir le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel suite à la diffusion réitérée d'images associées à des commentaires de discrédit à l'endroit des experts psychologues, par un récit tronqué, qui omet de rendre compte de la réalité judiciaire de la douloureuse affaire d'Outreau.

Ce samedi 22 septembre 2018, au JT du 20h de France 2 présenté par Laurent Delahousse un reportage sur cette affaire a été présenté en illustration de la condamnation d'un psychiatre expert dans l'affaire Alain Penin. Il lui a été reproché d'avoir estimé les risques de récidive limités et les parents de la victime ( la joggeuse de Marcq-en-Baroeul ) l'ont poursuivi en Justice, suite au viol et au meurtre de leur fille.

Le commentaire a alors été évoqué un « précédent » concernant les experts d'Outreau « qui se seraient trompés parce que les enfants ont menti. » J'apparais avec mon confrère JL Viaux à la sortie du Tribunal de St Omer en 2004 et tout aussitôt sont montrées les images – isolées et sorties du contexte – où mon confrère évoque les expertises payées au tarif de femmes de ménage.

Ce qui est problématique pour mon honneur et ma réputation, c'est l'aspect réducteur qui fait passer les experts pour des coupables et des incompétents alors qu'ils n'ont jamais fait l'objet, comme ce psychiatre, de poursuites pénales, n'ayant nullement failli à leur mission. En effet, les 12 enfants expertisés ont bien été reconnus victimes de viol, agressions sexuelles, corruption de mineurs et proxénétisme, et indemnisés comme tels. La preuve en est donnée par cette lettre du Président du Tribunal de Boulogne sur mer :

http://la-verite-abusee.pagesperso-orange.fr/documents/outreau_indemnites.jpeg

Il s'avère donc que :

          1-Les experts ne se sont pas trompés puisque les jurés les ont suivis. Ils ne se sont donc pas trompés en répondant positivement, avec des références scientifiques, à la demande du juge d'instruction sur la réalité des viols subis par les enfants puisque la Justice les a reconnus victimes.

        2- Le fait de ne montrer que deux experts, à savoir JLViaux et moi-même seuls, est malhonnête, car nous étions 7 experts psychologues à avoir validé la parole des enfants. Lorsque j'ai quitté le procès après des injures de la Défense qui bloquait de manière stratégique toute progression de mes dépositions avec de multiples fausses accusations, le Président a choisi non pas de me récuser comme demandé par la Défense, mais de nommer 5 autre experts qui ont tous confirmé mes conclusions.Il ne pouvait savoir sur l'heure que je n'étais pas en conflit d'intérêt comme le prétendait stratégiquement la Défense.

http://la-verite-abusee.pagesperso-orange.fr/balise-la-vie.html

https://fr.scribd.com/document/242852056/Jean-Claude-Monier-pdf

        3-Pour ce qui concerne l'identification des personnes dénoncées par les enfants, lorsqu'ils revivaient les viols en réunion, cela ne concerne pas les psychologues experts mais bien la Justice. En effet, cela relève de la décision des jurés de condamner ou d'innocenter les accusés, parfois au bénéfice du doute et en fonction des démonstrations de la Défense, quand il n'y a pas de preuves tangibles.

       .4-A propos du dérapage de Jean-Luc Viaux qui discrédite par maladresse notre travail : le passage est classiquement sorti du contexte : l'expert donnait une appréciation générale sur les expertises, il ne parlait absolument pas de celles des enfants d'Outreau comme l'isolation de sa phrase peut le faire croire. Il a été pour cette raison, auditionné par les magistrats de la Cour d'Appel de Rouen réuni en formation disciplinaire, qui ont jugé nos expertises en dualité, particulièrement fouillées et documentées :

http://demystifier-outreau.nerim.net/femmes-de-menage.html

 

En conclusion, je vous demande de rappeler à l’ordre la chaîne France 2, afin que les illustrations qu’ils entendent apporter à un sujet d’actualité judiciaire, ne soient pas l’occasion de porter atteinte à la vérité judiciaire d’une autre affaire et à la réputation des experts alors que les contours n’ont rien de similaire.

Je note avec gravité, que le fait de ne jamais préciser que les enfants ont été reconnus victimes est un manquement significatif au respect du contradictoire, qui débouche sur une évolution néfaste de la Justice car il y a une référence péjorative à l'égard de la parole des enfants et des victimes de viols en général.

C'est bien ce qu'a révélé récemment un article du MONDE qui a pu mettre en évidence que cela avait abouti à ce que nous constatons tous : les enfants ne sont plus protégés en cas de viols mais aussi les adultes et il y a 40 % de moins de condamnations pour viols qu'en 1994 alors qu'à l'époque seulement 10% des plaintes aboutissaient à un traitement judiciaire :

https://abonnes.lemonde.fr/police-justice/article/2018/09/14/en-dix-ans-le-nombre-de-personnes-condamnees-pour-viol-a-chute-de-40_5354839_1653578.html?

Il est aussi très problématique que de manière générale le contradictoire ne soit pas assuré par les médias. C'est une condition intrinsèque du bon fonctionnement démocratique et son absence a provoqué les excès et dérives de l'exploitation de cette affaire qui ont ébranlé les fondements de la Justice en France. Il faut rappeler qu' à l'époque il n'y avait pas de magistrat chargé de la communication du procès, celle-ci ne comportait que les déclarations de la Défense sur le trottoir... lors des premiers procès télé-réalité de la justice française. Pire, les médias ne rapportaient pas ce qu'il se passait dans l'enceinte du tribunal comme l'a dénoncé le procureur du TGI de St Omer Eric Maurel, devant la commission d'enquête de l'Inspection Générale des Services Judiciaires :

https://fr.scribd.com/document/242852847/Eric-Maurel-pdf

Or les enfants mineurs ne pouvaient porter leur souffrance devant les caméras et tous les professionnels concernés ( magistrats, experts, travailleurs sociaux, tuteur légal) étaient tenus par leur obligation de réserve.Vous trouverez dans vos archives mon courrier au CSA en date du 31 octobre 2005 auquel Dominique Baudis a donné une réponse le 10 Novembre 2010. Il y précise qu'il partage mes préoccupations ainsi que Patrick de Carolis, Président de France Télévision qui en avait reçu une copie. Je demandais déjà dans ce courrier le respect du contradictoire avec la diffusion de l'information sur la reconnaissance du statut de victime de tous les enfants d'Outreau après les délibérés des assises de Saint Omer, associée à celle concernant les acquittements.

Espérant obtenir une réponse favorable à ma demande, je vous prie de croire, Mesdames et Messieurs, etc.

MCGryson-Dejehansart

 

 

N.B.  Contrairement à l'aspect déterminant de l'expertise du psychiatre  concernant l'appréciation de la récidive d'Alain Penin, les expertises validant la parole des enfants n'étaient qu'une donnée du dossier parmi d'autres, de telle sorte que le procureur Morel de la Chambre de l'Instruction de Douai a estimé que le dossier "tenait "sans la prise en compte des témoignages des enfants:

https://www.youtube.com/watch?v=bP1MmPKIwoA

 

 

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