La fessée à 500 euros : encore un adulte victime d'un enfant !

Emballement médiatique sur une info au moment où les députés vont devoir se prononcer pour ou contre l'interdiction de la fessée comme l'ont fait le plus grand nombre des pays européens.

Emballement médiatique sur une info au moment où les députés vont devoir se prononcer pour ou contre l'interdiction de la fessée comme l'ont fait le plus grand nombre des pays européens.

L'information concernant la condamnation d'un père à verser 500 euros pour avoir donné une fessée à son enfant a été relayée médiatiquement de la manière la plus invraisemblable quant à l'exigence normale de la vérification des faits avec respect du contradictoire. La présentation édulcorée va dans le sens d'une prise de position qui crée l'indignation et fait un maximum d'audience.

Or il est rarement précisé que la sanction reçue par ce père ne relève pas de l'article de loi sur la fessée puisqu'il n'a pas encore été voté, il relève des articles de loi sur la maltraitance pour violences à enfants.

Le magistrat a considéré qu'il ne s'agissait pas d'une banale fessée infligée dans l'exaspération du moment face à un enfant réfractaire aux ordres de l'adulte et qui peut se trouver en situation de danger. Il ne s'agirait donc pas de ce genre de fessée que l'opinion tolère et que les psys estiment ne pas porter grand préjudice quand elle reste exceptionnelle.

En l'occurrence, il s'agit bien de maltraitance, l'enfant a été emmené dans sa chambre et déculotté pour recevoir ce qui a été anatomiquement présenté comme une fessée. Or une des rares fois où la mère de l'enfant a été interviewée - sur France 2- l'on a appris que les magistrats avaient effectivement sanctionné « au moins 4 coups portés sur les fesses dénudées d'un enfant de 9 ans » qui refusait de dire bonjour à son Père. Ces coups ont laissé des rougeurs conséquentes puisque constatées le lendemain par la mère mais aussi médicalement pour que la plainte soit prise en compte par le tribunal correctionnel qui a sanctionné ce père.

Il y a effectivement maltraitance physique mais aussi psychologique parce qu'on le sait, cette partie du corps n'est pas neutre psychologiquement. Il faut donc ajouter pour l'enfant en plus de la douleur physique, l'existence d'un vécu - pour le moins d'humiliation - mais aussi de négation de sa pudeur.

En résumé le jugement est fondé sur un constat de maltraitance à la fois physique et psychologique dont les articles de presse ne donnent qu'une représentation sommaire.

Autre liberté d'interprétation des médias : on entend parler d'une amende de 500 euros sans préciser  qu' elle est accompagnée d'un sursis pédagogique. Ce qui veut dire que s'il ne recommence pas il ne les versera pas. C'est l'enfant qui doit être rassuré, et cela on l'a totalement oublié !

Mais en revanche, il été rappelé dans différents reportages que l'enfant n'avait pas été traumatisé – le chenapan - la preuve en serait selon certains commentateurs qu'il accepte sans problème de retourner en WE chez son père... peut-être tout simplement parce que désormais il se sait protégé par la Loi. C'est bien le mandat confié aux juges chargés de protéger les enfants !

Le plus choquant c'est que le père a été présenté comme une victime de son enfant, de son ex épouse, des supposés tenants de l'éducation laxiste1 et de la Justice… il se présentait la mine déconfite et nous prenait tous à témoin, avec de façon subliminale l'expression une injonction d'identification « Cela peut vous arriver à tous » !

Il a instrumentalisé les médias qui marchent à fond au niveau de l'audience, parce que le sujet est sensible et que chacun se sent concerné. Heureusement que pour une fois Laurent Ruquier a remis les pendules à l'heure dans « On n'est pas couché » en le mettant en bonne place dans son flopten de la semaine.

Inversion des culpabilités entre adulte et enfant une fois de plus... on oublie que c'est l'enfant qui a été victime de la violence froide d'un père, déclenchée par le refus de lui dire BONJOUR !

Cet événement a par ailleurs été récupéré comme étant l'illustration des dérives possibles d'une éventuelle poursuite judiciaire des parents utilisant la fessée comme référence éducative. On sous-entend dans certains reportages que les enfants pervers auraient la fâcheuse tendance d'accuser à tort les pauvres parents… on pense bien évidement au storytelling Outreau sur la possible malignité des enfants et qui est on le sait à présent un référentiel erroné.

Les psychologues interrogés sur ce sujet comme Didier Pleux ont pu évoquer l'échec de l'autorité que démontre la fessée mais aussi le risque d'utilisation de l'enfant comme otage lors d'une séparation.

La dérive de cette dérive est bien plus grave, car elle signifierait une fois de plus comme pour le SAP que l'on ne porterait plus attention à la parole d'enfant. Celle-ci  serait  inexistante si ce n'est que comme le transfert induit de l'accusation de l'un des deux parents. Sa plainte ne serait plus que l'instrumentalisation de l'enfant lors du conflit parental pour règlement de comptes par personne interposée.

Comment pourra t-il alors se plaindre d'une vraie maltraitance voire d'agressions sexuelles et être entendu ?

Alors, il faudra de nouveau être encore plus vigilant et être à l'écoute de la souffrance de l'enfant qui pourra être validée en tant que telle dans son authenticité victimologique par les spécialistes lucides et expérimentés.

Ce père me semble avoir enfoncé le clou de la confusion des plaintes au détriment des enfants dont la parole risque d'être de nouveau étouffée... c'est pourquoi, en tant que psychologue d'enfants, je me permets de lui dire que je ne le salue pas !

 

1J'y reviendrai dans un prochain billet consacré à l'ouvrage de Didier Pleux préfacé par Michel Onfray « Françoise Dolto, la déraison pure »

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