Outreau à l' heure de la belle ? ( suite)

 

Il semble bien qu' un nouvel intérêt s' éveille pour l' affaire d' Outreau, comme l' a écrit l' ancien Ministre Pierre Joxe, la semaine dernière, dans la revue " Après Demain", à l' heure où un certain nombre d' enfants concernés vont atteindre leur majorité.

Rappelons que le premier d' entre eux à être devenu majeur, a déjà tenté de soulever la chape de plomb en 2008, en appelant de nouveau à son secours le magistrat le plus critiqué de France : Fabrice Burgaud, et en déposant plainte avec ses avocats, contre le plus honoré : Yves Bot, ancien Procureur Général - aujourd' hui officiant à la Cour Européenne de Justice- qui avait présenté ses excuses aux accusés et donc influencé le verdict, avant le délibéré des jurés. Cette réaction extraordinaire de l'un des enfants d' Outreau, dans une affaire qui a bouleversé les consciences et la démocratie, a été proprement étouffée... par le silence des médias!

( cf " Outreau la vérité abusée" 12 enfants reconnus victimes, chapitre 5 partie III: "la France après Outreau, le référentiel d' état").

 

 

 

 

En 2010 , les choses semblent évoluer quelque peu, avec la discrète extinction des phénomènes d' aveuglement hypnotique liés aux images traumatiques des acquittés ...et toute l' exploitation médiatico-politique qui s' en est suivi.

Mon ouvrage est sorti fin Octobre 2009. J' ai refusé toutes les émissions télévisées dites" People" prévues par mon éditeur, par respect pour ma fonction dans cette affaire, mais aussi parce que, pour le moment, je suis la seule à remonter courant, du moins officiellement ...la noyade était assurée.

Le combat des images a été et reste définitivement inégal (c' est un euphémisme !) et c' est sur le terrain du rationnel et non pas de l' émotionnel que j'ai choisi d'oeuvrer, doucement mais sûrement, par le biais du crédit des professionnels.

Une interview vient d' être publiée dans la revue " Expert" ( Août 201), parue ce jour, peu après celle de la " Gazette du Palais" pour ne citer que les plus prestigieuses. Ma parole, qui porte modestement et partiellement la voix de ceux qui n' on pas pu s' exprimer jusqu' alors, ( les professionnels et les enfants) est progressivement redevenue audible.

 

Et l'intérêt des intellectuels- du moins ceux qui ont travaillé sur " l' intoxication médiatique" comme Frédéric Vallandré, Docteur en sciences humaines, s' éveille également à une autre lecture de l' affaire d' Outreau. Il a a été le premier à repérer que ce type d' affaire en affaiblissant la justice, affaiblit ( volontairement ?) la Démocratie, dans son ouvrage: " Justice mise en examen " chez Underbahn ( 2009).Après avoir écrit une note de lecture sur mon ouvrage, il vient de mettre en ligne sur le site " Enquêtes et débats" ( Outreau affaire classée ?) des extraits percutants de la procédure et des suites (dont les écoutes téléphoniques de Thierry Delay quand il dit à sa mère avoir vendu ses enfants en Belgique, et la plainte tardive de la fille de la personne décédée, en lien avec les accusés, au moment du premier procès d'assises à St Omer.)

 

 

J' ai aujourd' hui l' agréable sensation que l' on va retrouver le sens et la raison perdus à Outreau, que la distorsion des repères et des culpabilités, qui ont fait des enfants des êtres dangereux , va bientôt s ' amender et qu'ils vont retrouver leur place légitime de mineurs à protéger.

Mais pour y parvenir réellement, il faudrait, de toute urgence que leur statut de victimes reconnues judiciairement, puisse être protégé par la loi, car il y a à ce sujet, un vide juridique très dommageable. En effet, à l' heure actuelle, l'un des acquittés continue de dire et d' écrire qu'ils ont menti, portant ainsi préjudice à l' ensemble des enfants victimes d' abus sexuels, que l'on ne croit plus, en référence à l' affaire d'Outreau.

 

J' ai l' espoir qu' avec l'intérêt porté aux enfants d' Outreau par un personne de la qualité morale de Pierre Joxe, l' on puisse également redresser la distorsion des valeurs qui a fait passer dans le registre du MAL, l' intérêt pour l'enfant, par le biais d' une manoeuvre qui est un cas d' école, quant à la manipulation perverse des concepts. Ainsi, dans cette affaire, le BIEN reconnu de manière universelle, est brutalement devenu le MAL...et le malaise persiste, de par cette inversion profonde qui est totalement déstabilisante pour notre civilisation.

Comment est-on parvenu à un tel chamboulement de nos valeurs ? Prenons, pour la démonstration, le cas que je connais le mieux, à savoir le mien, il est représentatif puisque je fais partie des " Méchants":

 

Le fait d' effectuer des thérapies d' enfants victimes d' abus sexuels ( jamais reçus en expertise comme l'a prétendu la Défense stratégiquement) a fait de moi, comme le dit avec humour le Psychiatre Gérad Lopez " La méchante qui soigne le enfants".Le paradoxe résume bien le propos.

Or cette prise en charge dans un cadre associatif , gratuitement et bénévolement a un double objectif , éthique et déontologique :

-éthique : avec le souci de ne pas faire payer leur thérapie aux victimes, ce qui serait choquant car leurs indemnités - quand elle sont reconnues victimes judiciairement moins de 10 % des cas - ne leurs sont versées qu 'à leur majorité.( J' effectue pour ma part, les thérapies des abuseurs dans le cadre de mon exercice en cabinet libéral, le règlement faisant partie de la prise en charge)

-déontologique : avec l' obligation de la formation continue et de l' amélioration des compétences dans un domaine aussi sensible et dont les conséquences sont très graves. Quand on suit psychologiquement des victimes, on appréhende de mieux en mieux le traumatisme sexuel, dont les particularités évoluent dans le temps. Ces constats en prise directe avec la pratique qui illustre les recherches et la théorie, rend les experts psychologues - qui sont tous thérapeutes-plus compétents lors de leurs expertises, au moment où ils examinent la personnalité de la victime. Ils sont mieux à même de repérer l' instant "T " de la métabolisation psychique de leur éventuel traumatisme sexuel.

 

Je poursuis ma démonstration:

L' INTERÊT pour l' enfant au plan professionnel, sous -tendu par un réel souci éthique et déontologique, est devenu pour la stratégie de la Défense des accusés d' Outreau , un INVESTISSEMENT et ce terme d' investissement est devenu un pont conceptuel que j' appellerai PERVERS car il établit insidieusement et intentionnellement, un lien de dicrédit entre l' EXPERIENCE ( de l'ordre du cognitif) et la PARTIALITE ( de l'ordre de l' affectif)

 

Ainsi les personnes qui ont le plus d' expérience dans le domaine de l' enfance, deviendraient par cette manipulation perverse des concepts, les plus dangereuses car les plus partiales lorsqu' il s' agit d' abus sexuels.( J' avais 15ans d' experience pour les expertises d' enfants victimes d' abus sexuels à mon actif, référencées à des faits avérés.)

Et cela a marché à Outreau, grâce à l' empathie identificatoire à l' égard des accusés. Il a fallu quand même tordre le cou à la réalité et faire croire que j' étais une militante et que j' appelais les enfants expertisés " mes " enfants.On a même, dans la foulée, reproché également aux associations de défense des enfants leur militantisme ..comme si on reprochait à un enseignant d' être pédagogue ! La délirante recherche des coupables de substitution a débordé dans tous les sens, jusqu' à atteindre les politiques qui avaient fait voter des lois de protection des enfants ( Ségolène Royal et François Bayrou), stratégie exploitée au maximum, moment des élections présidentielles.

 

C' est en tant que Psychologue, mais aussi de citoyenne que je pense que nous sommes là au coeur d'un tournant de civilisation, car ce genre de glissement sémantique qui inverse les valeurs, ne s' applique pas qu' aux professionnels qui s' occupent des enfants, il se généralise à d' autres situations. Pour redresser la barre, nous avons donc besoin de tous : intellectuels, professionnels et politiques désintéressés, courageux et motivés... car le terrain est miné !

 

MCGryson-Dejehansart

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.